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Vitrine du disque du 28 mai 2010

Le Devoir   28 mai 2010  Musique
Disque
Disque
Big band: Lulu Hughes & The Montreal All City Big Band/ Lulu Hughes & The Montreal All City Big Band/ Star / Sélect:Ce coup-ci, s'est-elle dit, c'est le disque à bibi. Lulu par Lulu. Advienne que pourra. Et pour ce qui est de pouvoir, Lulu Hughes, elle peut. Tasse-toi, Aretha. J'exagère? Si peu. Lulu est une sorte de Janis, on l'a tellement dit qu'on oublie de le redire: une white'n'wild mama de tous les diables, une irrépressible, une nature, une vraie de vraie. Le problème jusqu'ici a été celui de la transposition sur disque de cette nature. L'éponyme premier disque solo, très chanson, en français, l'éteignait. Le deuxième, offensive funk-rock-électro qui lui allait mieux, est mort dans l'œuf, mauvais karma. La troisième fois sera la bonne, s'il y a une justice. En tout cas, pas de faux-fuyants: c'est bel et bien la Lulu de la scène, no holds barred, avec le Montreal All City Big Band pour lui pétarader ça géant. Elle chante ce qui lui chante, d'Alice (Cooper) à Elvis et d'Otis à Led Zep, les «brass» brassent à pleines brassées, Lulu hulule à pleins poumons, c'est quitte ou double et c'est ça qui est ça.


Sylvain Cormier



Lulu Hugues: My Handy Man, Ain't Handy No More



***

Country

Haunted Woman

Ladies of the Canyon

Kindling / Warner

On se dit: c'est du bonbon pour bibi, ces quatre sauterelles d'Anglos from Montréal qui se la jouent country, avec Rick Haworth et Luke Doucet qui font des guitares. My kind of people, a priori. Ladies of the Canyon est leur nom, marque de bon goût, non? La référence au titre fameux du troisième album de Joni Mitchell ne peut m'échapper et ne m'échappe pas. Le concept de pochette non plus, façon Best Little Whorehouse in Texas, Dolly et Burt en moins. Les accoutrements, moitié Stevie Nicks moitié Courtney Love, genre punkettes de luxe, ne peuvent que séduire l'amateur de bas résille. Et pourtant, je résiste. Je tique, même. C'est trop exprès. Quand j'écoute, ça se confirme: les mam'zelles sont certes capables d'harmoniser joliment, les timbres caressent dûment, les ballades acoustiques séduisent plutôt (surtout Lonely Town, ma préférée), mais pour l'ensemble du lot, c'est franchement trop country à numéros. Trop Dixie Chicks du Nord. Mais qu'importe l'aval local: tout le Canada va tomber dans le Canyon.

S. C.


Ladies of the canyon: Follow Me Down



***

Classique

Corelli

Trois albums: Sonate da Chiesa (Opus 3), Enrico Gatti et Ensemble Aurora. Arcana 2 CD A 402. Douze Sonates de l'Opus 5. Enrico Gatti. Arcana 2 CD A 423. «Mr Corelli in London», Maurice Steger, The English Concert. Harmonia Mundi HMU 907 523.

Trois albums dédiés à Arcangelo Corelli (1653-1713), catalyseur de la musique baroque italienne, qui fit évoluer notamment le jeu du violon. Le violoniste Enrico Gatti, dans les recueils Opus 3 et 5 (deux albums en réédition), revient à une simplicité expressive et à un intimisme courageux quand on sait de combien de fioritures inessentielles la musique de Corelli a été parée. Violoniste subtil, élégant, Gatti redonne au temps toute sa valeur et le nourrit de sonorités admirables. À l'inverse, le flûtiste à bec Maurice Steger défend des élucubrations ornementées inspirées par l'Opus 5 à ses successeurs actifs à Londres. Steger reste un soliste stupéfiant, mais le CD est quasiment inaudible tellement la prise de son est proche et agressive

Christophe Huss


Corelli La Follia, Enrico Gatti


***

Classique

Lupu

Complete Decca solo recordings. Decca 10 CD 478 2340.

On ne peut que se désoler de voir Radu Lupu se taire ainsi, lui qui n'a plus enregistré depuis plus de dix ans. Pourtant, son plus récent récital montréalais, lors duquel il joua le 1er livre des Préludes de Debussy, montre que le pianiste roumain a encore raffiné son art et sa quête de sonorités. Pour aviver les regrets, Decca réédite l'intégrale de ses enregistrements en solo et adjoint son premier enregistrement de concerto (le 3e de Beethoven avec Foster), jamais réédité en CD et si vieux (1970) que Lupu n'était pas encore barbu! Dommage que les CD ne soient pas emballés dans des pochettes carton reproduisant les couvertures originales, comme le fit DG pour son coffret Richter. Le contenu est évidemment important et Schubert prend la moitié de la place. On retrouve également les importants Brahms de jeunesse et cet étonnant CD de sonates de Beethoven avec une Sonate Pathétique comme momifiée. Grand pianiste et coffret bienvenu...

C. H.

Radu Lupu, Schubert: Moments Musicals #3


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Trad

Pièces sur pièces

Duo Duval Boulanger

Indépendant

Habitués des sessions du Vices & Versa, ces deux musiciens délaissent les grands groupes pour mieux pénétrer l'intimité et la pureté d'une musique trad qui accorde toute la place aux flûtes traversières et aux flageolets de Jean Duval, de même qu'au violon et à la podorythmie de David Boulanger. Si le contraste entre les vents plus aériens et les cordes plus terreuses est frappant, les rôles peuvent être inversés, d'autant que les deux complices se livrent à de nombreux unissons. En duo ou avec des invités à la guitare, au piano, à la guimbarde et à la turlutte, Duval et Boulanger explorent les transitions dans les suites rythmiques croches ou carrées et les modes plus rares, jusqu'à l'esprit oriental. Un style est privilégié: le brandy hypnotique si contagieux. D'autres comme la galope, les airs lents et la valse-clog ponctuent également ce très beau disque avec finesse, même dans les emportements.

Yves Bernard


Duval-Boulanger: Brandys en tournée


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Monde

Aksil

Élage Diouf

Tacca Musique / Sélect

Alors qu'il chauffait les peaux et qu'il chantait en wolof avec son frère au sein des Colocs dernière mouture, on l'appelait El Hadji. Puis, le nom de famille s'est imposé: Diouf, pour bien marquer la fierté de l'appartenance des frangins sur une musique métisse fort bien fagotée. Voici maintenant le Élage nouveau au nom francisé en guise d'ouverture à un monde qu'il a lui-même assimilé. Aksil! Bienvenue! Entrez dans ma musique!, clame le titre de son premier effort solo. Si le fond wolof perdure, le québégalais ouvre toutes grandes les portes à ses complices: Leloup, Mike Sawatski, Jenny Salgado de Muzion et consorts. Le disque révèle des voix et des claques très présentes, des percussions brésiliennes qui marquent la cadence africaine, une cornemuse dans la complainte, du reggae sautillant, du roots, du folk, du funky, du rap en espagnol, du country blues qui retrouve ses sources et surtout, de la chanson parfaitement contagieuse.

Y. B.


Elage Diouf: Fayar


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Pop

The Big Machine

Émilie Simon

Universal Music Group / DEP

Difficile de nier le talent d'Émilie Simon, sa voix capable de voltiges éthérées autant que de puissance, et un son distinctif qui évite les pièges convenus. Avec The Big Machine, créé entre Montréal et la Grosse Pomme, elle voit grand et entonne une pop beaucoup plus assumée, presque exclusivement anglophone (à part quelques paroles en français ici et là). Des traits audacieux, à sa mesure, il y en a, dans Chinatown notamment, étrange croisement entre Goldfrapp et Kate Bush qui résume assez bien l'humeur de cet album. Mais The Big Machine déverse aussi une pop dans ce qu'elle peut avoir de plus formaté (The Cycle) et d'enflure détestable (des pointes dans Nothing To Do With You). Ou est-ce le côté assez hétéroclite de la galette qui dérange l'oreille? On hésite entre saluer l'audace des accents cabaret et condamner la dispersion. Peut-être faut-il plus de temps pour le digérer et pour monter avec elle la haute marche de l'impératrice pop...

Frédérique Doyon

Emilie Simon: Chinatown


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