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Vitrine du disque - Rien à sentir...

Être Marjo, tiens, quelque part au fin fond de ma retraite (temporaire?), il me semble que je recevrais cet album de Caroline Néron comme un prix de consolation. En tout cas, ça donne une idée de la place que la fière rockeuse occupa dans le paysage musical québécois des années 80 et 90, d'Illégal à Chats sauvages. Méchante grosse place. Tellement grosse que Marie-Chantal Toupin — la seule à avoir vraiment tenté de l'occuper ces dernières années — était toute petite dedans, malgré ses attributs naturels et leur mise en marché énergique.

chagrin a donné de sa couleur à chacune de ses pièces, écrites par Jesse D. Vernon, un musicien de Bristol qui fraie depuis quelques années dans le cercle de Portishead. Loin de la mouvance bristolienne des Massive Attack, Tricky et autres porte-étendards de la vague trip-hop, Vernon berce l'oreille avec une instrumentation essentiellement acoustique, qui touche juste ce qu'il faut, au gré d'effluves latines ou de cuivres languissants, de blues coulants qui viennent enrober la voix de crooner de Vernon. Le mixage a été confié à John Parish, réputé ingénieur qui a notamment travaillé avec PJ Harvey, Tom Waits et Eels, qui n'ont rien d'amateurs. Son travail donne une dimension remarquable à l'ensemble. Pas seulement pour les étoiles du matin, le disque pourrait accompagner tous les matins du monde, pour ses ambiances embrumées. Pour l'humilité du titre aussi, My Place In The Dust.

Bernard Lamarche

Ether Teeth

Fog

(Ninja Tune)

Cet album ne saurait mieux porter son nom, tant il touche à tout, de l'éthéré au rock (un peu) plus mordant. Rencontre franche entre le rock indépendant et la culture électronique, le second album d'Andrew Bowder, alias Fog, réserve encore son lot de surprises. Encore une fois, Fog allie la naïveté du rock indépendant avec la culture du turntablism: deux antipodes. Les scratchs, les échantillons (notamment de sons d'oiseaux sur See it? See it?) viennent agrémenter des pièces acoustiques, jouées au piano et à la guitare et où parfois la flûte traversière vient faire son tour. Bowder s'adonnait à une mouture post-rock (avec Lateduster, du Minnesota, sa contrée natale) avant de s'aligner sur la pratique de DJ. Si les ritournelles sont simples, les sonorités qui les supportent, elles, le sont beaucoup moins. Le disque fait maison détonne un peu par rapport à l'esthétique de l'étiquette Ninja Tune, mis à part l'éclectique formation Clouddead (sur Mush Records et Big Dada, le sous-label hip-hop de Ninja Tune). Justement, c'est un des MC's de Clouddead, Dose One, qui a introduit Fog chez Ninja Tune. La filiation est évidente. Du indie rock, Fog conserve une attitude lâche qui le sert tout particulièrement sur une pièce comme Cheerup Cheerily, toute en textures et en glitch malgré son titre. Une pièce comme What A Day Day a le côté sec du rock garage et un texte loufoque: «It's great to see the people that you saw yesterday /See them today, And say Hey! Hey they say and you go your own way / It's great to be the people that they saw yesterday.» À l'inverse, des plages planantes où on décèle les influences post-rock ont une belle ampleur sonore. Franchement, tout ce qui enlève de la fraîcheur à ce disque est le précédent du monsieur, l'éponyme Fog, tout simplement excellent dans son approche tous azimuts.

B. L.

Onze chansons pour faire pleurer les morts-vivants

Yesterday's Ring

(Dare to Care/

Local Distribution)

Preuve que The Sainte Catherines s'ouvre sur d'autres horizons, il faut prêter l'oreille à cette collection de chansons «folk-punk-country», comme le dit le communiqué. Soutenu par une instrumentation acoustique — guitares acoustiques, harmonica, violon, piano —, enregistré live entre amis, ce disque est le versant acoustique du groupe, auquel quatre membres ont prêté leur secours: Marc-André Beaudet, Frédéric Jacques, Louis Valiquette et Hugo Mudie (qui est aussi le fondateur de l'étiquette Dare to Care). Tout simplement excellent. Avec un sens bien réel de l'affliction pour faire brailler les mères, justement, comme le soutient un des titres: J'aurais jamais pensé faire une chanson pour faire pleurer les mères. On s'étonnera avec grand plaisir des versions revues et corrigées de Plein de tendresse (oui, oui, de Claude Dubois) et des Routes de l'ennui (de Gilles Valiquette). En anglais comme en français, l'énergie du punk relève la sauce d'un folk senti, rendu par des messieurs qui savent ce qu'ils font. Donne le goût de partir sur les grands chemins... ou de se pencher sur les coups que la vie peut porter, c'est selon. N'hésitez pas à vous le procurer, pour la musique, certes, mais aussi pour ceci: une partie des profits sera versée à l'organisme L'Anonyme.

B. L.
 
 
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