Peut-on tout adapter?
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Le Blues d’la métropole – comédie musicale sur l’œuvre de Beau Dommage en répétition.
À retenir
- Belles-soeurs - théâtre musical
- À partir du 29 mars au théâtre d'Aujourd'hui
- Le Blues d'la métropole - comédie musicale sur l'oeuvre de Beau Dommage
- À partir du 31 mars au théâtre Saint-Denis
À l'affiche la semaine prochaine: Belles-soeurs - théâtre musical et Le Blues d'la métropole - comédie musicale sur l'oeuvre de Beau Dommage. D'une pièce fondatrice du théâtre d'ici, de la trame sonore d'une génération, on a décanté des spectacles neufs, que l'on présente quasi concurremment.
L'occasion de poser la grande question est doublement là, profitons-en: peut-on tout adapter? Allons plus loin: est-ce bien nécessaire? Et puisqu'ils se sont commis, quelles ont été les solutions de René Richard Cyr et Daniel Bélanger pour leurs Belles-soeurs en chansons? Qu'a donc trouvé Serge Denoncourt pour ancrer les airs de Beau Dommage? À eux la parole.
«Non, tout n'est pas adaptable», tranche René Richard Cyr. Qui éclate de rire l'instant d'après et se ravise: «On peut tout essayer, mais c'est pas sûr que ça va être bon!» Il vient de passer une grosse heure et demie à enchaîner les entrevues en ce mardi de rencontre de presse pour présenter sa mouture des Belles-soeurs en théâtre musical et n'a plus de salive. Ça lui «fait faire des ballounes», dit-il. Mais ça ne l'empêche pas, quand vient mon tour, de penser tout haut à cent milles à l'heure. «Le danger, c'est l'effet de mode, hein? C'est dans l'air, le "musical", tout le monde en fait.»
De Joe Dassin à Shéhérazade en passant par Aznavour et Les Filles de Caleb, en effet, ça sent autant la recette que l'engouement pour le genre. «C'est comme si on pouvait faire Cré Basile en "musical". Ce n'est pas nécessairement souhaitable. Tout Tremblay n'est pas adaptable non plus. Je ne ferais pas À toi pour toujours ta Marie-Lou en chansons... peut-être en opéra...» Les Belles-soeurs, s'empresse-t-il de préciser, c'est pas pareil. «C'est écrit en musique, avec du beat. C'est annoté comme une orchestration: quintette, duo, l'Ode au bingo... Ça fait plus que s'y prêter, ça appelle le théâtre musical.»
«La réponse, c'est non. Tout n'est pas adaptable», lâche Serge Denoncourt, sans ambages et sans attendre, au beau milieu du café où nous nous rencontrons. Pour la première fois. Le théâtre n'est pas mon monde: c'est Beau Dommage qui m'amène. Mon Beau Dommage. «C'est mon Beau Dommage aussi!» Je lui dis que j'ai tiqué en apprenant que les chansons de Beau Dommage allaient devenir Le Blues d'la métropole, la comédie musicale. Tout de suite, j'ai vu un quai qui s'avançait et des pieds pendant au bout, une cabine téléphonique où ça allait sonner un coup, deux coups... Pour tout dire, j'ai vu «Québec Issime chante Beau Dommage»...
«Arrête!» Denoncourt grimace. «Si ç'avait été ça, j'aurais dit non. C'est pas une revue. C'est pas un spectacle de variétés. Le problème au Québec, c'est que tout se retrouve dans le même panier. Joe Dassin [Joe Dassin la grande fête musicale], c'était une revue, pas une comédie musicale. Les Belles-soeurs, c'est du théâtre musical. Aznavour [J'me voyais déjà], ça, oui, ça va être "Québec Issime chante Aznavour"... Les Filles de Caleb, on ne sait pas ce que ça va être. Moi, je pense que je monte une comédie musicale. Mais pas avec des paillettes.»
Raconter une histoire, impérativement
Cyr et Denoncourt ont ceci en commun qu'ils sont d'abord des metteurs en scène de théâtre. Ça rassure: ils ont le fil narratif tissé serré. «Ce qui était le fun pour moi en tant qu'adaptateur, explique René Richard Cyr, c'est justement de ne pas prendre chaque monologue et d'en faire un solo chanté. C'est pas des chansons à tout prix. Tel monologue, on le laisse théâtral. On n'est pas dans un film d'Elvis. C'est pas le gars qui dit: "Je t'aime!", et la chanson part et il chante: "Je t'aime!" Dans le théâtre musical, la chanson est là seulement si elle permet au personnage de révéler un peu de son secret. C'est pour ça que c'est bon, L'Homme de la Mancha: quand don Quichotte embarque dans la folie et le rêve, la chanson part et ça décolle, tu comprends? Avec un accordéon en arrière, on meurt tous.»
Denoncourt: «S'il n'y avait pas une structure dramatique solide, il n'y aurait pas Le Blues d'la métropole. J'ai besoin d'une histoire, moi, je veux savoir pourquoi la fille braille. C'est le livret de Michèle Grondin et Louisa Déry qui m'a convaincu. Elles ont été chercher l'histoire là où elle était déjà: dans les paroles des chansons. Beau Dommage, quand tu regardes ce que les chansons disent, tu trouves du drame. La musique, c'est folk-rock, c'est country-folk, c'est léger, mais il se passe des choses. C'est des comédies musicales de trois minutes. Et tu peux lire les chansons comme les épisodes d'une même histoire. Et ça marche parce que C'EST la même histoire. L'histoire de ce que vit une gang de jeunes au milieu des années 70. Où il est question de solitude, de peine, de mélancolie, de désillusion, d'une fille qui se noie. Il y a de la matière.»
Daniel Bélanger rejoint René Richard Cyr, qui en profite pour aller se chercher à boire. Les deux chansons proposées en avant-goût ont impressionné tout le monde, surtout la deuxième: le choeur grec de Tremblay est devenu gospel façon Bélanger. Le compositeur commente: «On dit toujours que Tremblay est musical, mais là je le sais, je le sens. C'est comme un choeur de religieuses pop. Les Belles-soeurs, c'est une pièce pop. Pour quelqu'un comme moi, qui ne connaît pas grand-chose à la comédie musicale, c'était parfait.» Cyr revient, à peine désaltéré. «Mais ce sont des comédiennes qui chantent, c'est pas les voix détecteurs de fumée des comédies musicales américaines...»
Écho chez Denoncourt: «On n'est pas dans la performance chantée, on est dans la performance jouée. J'ai pris des acteurs-chanteurs plutôt que des chanteurs à voix. Ç'aurait été ridicule, tout le monde aurait cherché son moment de gloire, alors que Beau Dommage, c'est le "blend" des voix. Les harmonies. Et l'idée même de s'effacer pour faire ressortir le jeu d'ensemble, c'est le théâtre. À un moment donné, c'est un clin d'oeil, il y a une fille qui se fait aller le trémolo et tous les autres font: "Ta gueule!"»
«Moi, c'est comme si je montais les Beatles, déclare Denoncourt avec la candeur d'un fan. Je monte une comédie musicale avec les chansons des Beatles du Québec. C'est pas rien. Quand les filles m'ont envoyé le livret, j'espérais vraiment que ce soit bon. Ça m'aurait rendu triste que ça trahisse Beau Dommage.»
René Richard Cyr sait pareillement qu'il a créé un livret à partir de pas n'importe quoi: «Se mettre à découper du Tremblay en chansons, c'est excitant et c'est épeurant aussi. Mais quand Daniel s'est essayé sur une toune et que j'ai entendu le résultat, j'ai fait: oh! Non seulement ça se pouvait, mais ça se pouvait que ce soit vraiment bon, notre affaire. Mais je ne veux pas vendre la peau de l'ours...»
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Belles-soeurs - théâtre musical
À partir du 29 mars au théâtre d'Aujourd'hui
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Le Blues d'la métropole - comédie musicale sur l'oeuvre de Beau Dommage
À partir du 31 mars au théâtre Saint-Denis
L'occasion de poser la grande question est doublement là, profitons-en: peut-on tout adapter? Allons plus loin: est-ce bien nécessaire? Et puisqu'ils se sont commis, quelles ont été les solutions de René Richard Cyr et Daniel Bélanger pour leurs Belles-soeurs en chansons? Qu'a donc trouvé Serge Denoncourt pour ancrer les airs de Beau Dommage? À eux la parole.
«Non, tout n'est pas adaptable», tranche René Richard Cyr. Qui éclate de rire l'instant d'après et se ravise: «On peut tout essayer, mais c'est pas sûr que ça va être bon!» Il vient de passer une grosse heure et demie à enchaîner les entrevues en ce mardi de rencontre de presse pour présenter sa mouture des Belles-soeurs en théâtre musical et n'a plus de salive. Ça lui «fait faire des ballounes», dit-il. Mais ça ne l'empêche pas, quand vient mon tour, de penser tout haut à cent milles à l'heure. «Le danger, c'est l'effet de mode, hein? C'est dans l'air, le "musical", tout le monde en fait.»
De Joe Dassin à Shéhérazade en passant par Aznavour et Les Filles de Caleb, en effet, ça sent autant la recette que l'engouement pour le genre. «C'est comme si on pouvait faire Cré Basile en "musical". Ce n'est pas nécessairement souhaitable. Tout Tremblay n'est pas adaptable non plus. Je ne ferais pas À toi pour toujours ta Marie-Lou en chansons... peut-être en opéra...» Les Belles-soeurs, s'empresse-t-il de préciser, c'est pas pareil. «C'est écrit en musique, avec du beat. C'est annoté comme une orchestration: quintette, duo, l'Ode au bingo... Ça fait plus que s'y prêter, ça appelle le théâtre musical.»
«La réponse, c'est non. Tout n'est pas adaptable», lâche Serge Denoncourt, sans ambages et sans attendre, au beau milieu du café où nous nous rencontrons. Pour la première fois. Le théâtre n'est pas mon monde: c'est Beau Dommage qui m'amène. Mon Beau Dommage. «C'est mon Beau Dommage aussi!» Je lui dis que j'ai tiqué en apprenant que les chansons de Beau Dommage allaient devenir Le Blues d'la métropole, la comédie musicale. Tout de suite, j'ai vu un quai qui s'avançait et des pieds pendant au bout, une cabine téléphonique où ça allait sonner un coup, deux coups... Pour tout dire, j'ai vu «Québec Issime chante Beau Dommage»...
«Arrête!» Denoncourt grimace. «Si ç'avait été ça, j'aurais dit non. C'est pas une revue. C'est pas un spectacle de variétés. Le problème au Québec, c'est que tout se retrouve dans le même panier. Joe Dassin [Joe Dassin la grande fête musicale], c'était une revue, pas une comédie musicale. Les Belles-soeurs, c'est du théâtre musical. Aznavour [J'me voyais déjà], ça, oui, ça va être "Québec Issime chante Aznavour"... Les Filles de Caleb, on ne sait pas ce que ça va être. Moi, je pense que je monte une comédie musicale. Mais pas avec des paillettes.»
Raconter une histoire, impérativement
Cyr et Denoncourt ont ceci en commun qu'ils sont d'abord des metteurs en scène de théâtre. Ça rassure: ils ont le fil narratif tissé serré. «Ce qui était le fun pour moi en tant qu'adaptateur, explique René Richard Cyr, c'est justement de ne pas prendre chaque monologue et d'en faire un solo chanté. C'est pas des chansons à tout prix. Tel monologue, on le laisse théâtral. On n'est pas dans un film d'Elvis. C'est pas le gars qui dit: "Je t'aime!", et la chanson part et il chante: "Je t'aime!" Dans le théâtre musical, la chanson est là seulement si elle permet au personnage de révéler un peu de son secret. C'est pour ça que c'est bon, L'Homme de la Mancha: quand don Quichotte embarque dans la folie et le rêve, la chanson part et ça décolle, tu comprends? Avec un accordéon en arrière, on meurt tous.»
Denoncourt: «S'il n'y avait pas une structure dramatique solide, il n'y aurait pas Le Blues d'la métropole. J'ai besoin d'une histoire, moi, je veux savoir pourquoi la fille braille. C'est le livret de Michèle Grondin et Louisa Déry qui m'a convaincu. Elles ont été chercher l'histoire là où elle était déjà: dans les paroles des chansons. Beau Dommage, quand tu regardes ce que les chansons disent, tu trouves du drame. La musique, c'est folk-rock, c'est country-folk, c'est léger, mais il se passe des choses. C'est des comédies musicales de trois minutes. Et tu peux lire les chansons comme les épisodes d'une même histoire. Et ça marche parce que C'EST la même histoire. L'histoire de ce que vit une gang de jeunes au milieu des années 70. Où il est question de solitude, de peine, de mélancolie, de désillusion, d'une fille qui se noie. Il y a de la matière.»
Daniel Bélanger rejoint René Richard Cyr, qui en profite pour aller se chercher à boire. Les deux chansons proposées en avant-goût ont impressionné tout le monde, surtout la deuxième: le choeur grec de Tremblay est devenu gospel façon Bélanger. Le compositeur commente: «On dit toujours que Tremblay est musical, mais là je le sais, je le sens. C'est comme un choeur de religieuses pop. Les Belles-soeurs, c'est une pièce pop. Pour quelqu'un comme moi, qui ne connaît pas grand-chose à la comédie musicale, c'était parfait.» Cyr revient, à peine désaltéré. «Mais ce sont des comédiennes qui chantent, c'est pas les voix détecteurs de fumée des comédies musicales américaines...»
Écho chez Denoncourt: «On n'est pas dans la performance chantée, on est dans la performance jouée. J'ai pris des acteurs-chanteurs plutôt que des chanteurs à voix. Ç'aurait été ridicule, tout le monde aurait cherché son moment de gloire, alors que Beau Dommage, c'est le "blend" des voix. Les harmonies. Et l'idée même de s'effacer pour faire ressortir le jeu d'ensemble, c'est le théâtre. À un moment donné, c'est un clin d'oeil, il y a une fille qui se fait aller le trémolo et tous les autres font: "Ta gueule!"»
«Moi, c'est comme si je montais les Beatles, déclare Denoncourt avec la candeur d'un fan. Je monte une comédie musicale avec les chansons des Beatles du Québec. C'est pas rien. Quand les filles m'ont envoyé le livret, j'espérais vraiment que ce soit bon. Ça m'aurait rendu triste que ça trahisse Beau Dommage.»
René Richard Cyr sait pareillement qu'il a créé un livret à partir de pas n'importe quoi: «Se mettre à découper du Tremblay en chansons, c'est excitant et c'est épeurant aussi. Mais quand Daniel s'est essayé sur une toune et que j'ai entendu le résultat, j'ai fait: oh! Non seulement ça se pouvait, mais ça se pouvait que ce soit vraiment bon, notre affaire. Mais je ne veux pas vendre la peau de l'ours...»
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Belles-soeurs - théâtre musical
À partir du 29 mars au théâtre d'Aujourd'hui
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Le Blues d'la métropole - comédie musicale sur l'oeuvre de Beau Dommage
À partir du 31 mars au théâtre Saint-Denis
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