Vitrine du disque - 19 mars 2010
Classique
BEETHOVEN
Concertos pour piano no 1 et 2.
Arthur Schoonderwoerd, Cristofori. Alpha 155 (SRI).
Voilà le dernier et meilleur CD d'une intégrale unique en son genre. Elle restitue les concertos de Beethoven dans le cadre d'un salon d'époque, avec un pianoforte (une copie, d'après Anton Walter) et des effectifs chambristes; un instrumentiste par partie, soit 18 musiciens. Se situe-t-on dans un musée de cire ou dans le cadre d'une expérience musicale intéressante? Dans le cas de ces deux premiers concertos, j'opte pour la seconde hypothèse. Les musiciens compensent de manière crédible la perte de volume et de rondeur par une interaction jubilatoire qui, à un instrument par voix, prend des allures nouvelles et extraordinairement lisibles, la configuration minorant la prédominance et le poids des cordes. L'esprit est l'atout majeur de ce CD marginal, à l'image du Rondo du 1er Concerto, qui devient un vrai allegro «d'esprit» et non une course de vitesse.
Christophe Huss
***
Monde
I SPEAK FULA
Bassekou Kouyate & Ngoni Ba
Sub Pop / Next Ambiance
Petit luth du monde mandingue, le ngoni est très répandu au Mali. Bassekou Kouyate, l'un de ses meilleurs interprètes, l'a révolutionné en lui ajoutant des cordes, en agrandissant son spectre harmonique, en l'électrifiant ou en créant un ngoni basse. Résultat: la formation du groupe Ngoni Ba, comprenant quatre ngoni. Quelle énergie! Si la musique demeure souvent campée dans l'esprit des traditions bamana et peules avec ses hommages, son caractère épique ou sa mélopée plaintive, les musiciens, Bassekou Kouyate en tête, se lancent souvent dans les rythmes les plus haletants. Il y a du rock dans l'attitude, l'attaque, l'étincelle du moment, la densité de la pulsion, la rapidité du jeu. Il y a aussi ces contrastes saisissants avec les airs plus lents, les cordes blues de Vieux Farka Toure, l'élégance de la kora de Toumani Diabate, ou les collaborations avec les autres invités. Une autre grande découverte du Mali!
Yves Bernard
***
Monde
RISE & SHINE
Sierra Leone's Refugee All Stars
Cumbancha
Avec son premier disque international, son reggae pluriel et ses chants de terrain enregistrés en exil dans les camps de réfugiés où il fut créé, le groupe Sierra Leone's Refugee All Stars s'est avéré un véritable coup de coeur en 2006. Le revoici, l'âme toujours plongée entre Freetown et Kingston, mais aussi à la Nouvelle-Orléans, où il a enregistré une partie de Rise & Shine avec des musiciens louisianais qui ajoutent des coups de trombones et... de planche à laver. À l'instar du premier album, la moitié du répertoire est reggae: du roots qui sonne fort avec des cuivres et qui fait danser avec sa cadence africaine ou sa guitare tournoyante, du reggae acoustique terreux, des paroles sensibles sur du reggae-ragga, du reggae folk autour du feu. Car la formation a réussi à préserver ce caractère spontané, volontairement presque désorganisé qui se dégage de plusieurs pièces à consonance roots, reggae ou pas. L'album est une vraie célébration de la vie.
Yves Bernard
***
Rock
Le Club alpin
Moussette
Indépendant
Au formatage radiophonique et à l'aseptisation de notre musique pop et rock, la formation Moussette est un des baumes les plus efficaces du moment. Le quintette mené par le chanteur Michel Moussette et où figurent entre autres deux musiciens d'Avec pas d'casque (le frère du chanteur, Nicolas, et Joël Vaudreuil) offre avec Le Club alpin une proposition audacieuse, quoique tout à fait accessible. Empreintes d'une séduisante nonchalance, les pièces du quatrième disque de ce groupe jusqu'alors plutôt confidentiel n'ont pourtant rien de paresseux, oscillant entre une pop intelligente (Feuilles vertes), de fines envolées exploratoires (Les Panneaux solaires), du rock déconstruit à la sauce Labyrinthes, de Malajube, et des relents «stoner». On vous avertit, on n'entend que dalle des textes, pourtant très forts en images, chantés avec une voix fragile de circonstance. À écouter en ligne ou à télécharger pour quatre maigres dollars au www.moussette.bandcamp.com. Sinon, à voir ce soir à 21h aux Chérubins, 6388, rue Saint-Hubert.
Philippe Papineau
***
Instrumental
Antonio 2
Antonio
La Tribu / Dep
David Brunet, que l'on connaît d'abord comme réalisateur de disques (Coeur de pirate, Tricot Machine, Daniel Boucher), lance mine de rien son deuxième disque avec son projet de musique instrumentale Antonio. Brunet reprend là où son premier opus nous avait laissés, dans une trame sonore un peu western et psychédélique. Mais sur ce récent effort, tout explose: c'est une véritable fanfare sur le LSD. Le chef d'orchestre, ses 18 musiciens (beaucoup de cuivres) et quelque 25 choristes nous plongent quelque part entre la B.O. d'un film des années 1970 mettant en vedette Donald Pilon, du Ennio Morricone, des airs à la Mission impossible et les criardes voix féminines sur Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Les orgues vibrent rondement, les xylophones sautillent, le mélodica chante, les bongos jouent aux espions. Le tout n'est pas sans humour, mais est fait avec le plus grand sérieux. Il ne reste plus qu'à prendre ces 12 morceaux et de s'en faire son propre cinéma!
Philippe Papineau
***
Country'n'western
THE GREAT LOST HITS
George Jones
Time-Life - Warner
George Jones, c'est le country'n'western coupé en brosse. Le paradis sur Terre quand l'amour est à la maison (fringant Love Bug), le fin fond de l'enfer quand l'amour court la galipote (inconsolable Say It's Not You), et un dollar l'heure pour nourrir la famille (factuel Small Time Laboring Man). C'est la vérité vraie de la vie de l'Américain moyen, telle que décrite ici de 34 façons, le sanglot dans la glotte et le trémolo dans les bottes. Ces enregistrements, qui couvrent la période 1965-1971 de la longue carrière de Jones (soit les disques parus sur l'étiquette Musicor de Pappy Daily, pas du tout «perdus» mais dans les limbes contractuels), en disent long sur l'Amérique de ces années trop souvent perçues à travers des filtres de couleurs. Tout le monde n'était pas psychédélique au temps de Hendrix et des Beatles, loin de là. Et les rednecks n'abattaient pas systématiquement les chevelus à moto comme dans Easy Rider. Dylan aimait George Jones, Emmylou Harris aussi, et il y avait de quoi.
Sylvain Cormier
BEETHOVEN
Concertos pour piano no 1 et 2.
Arthur Schoonderwoerd, Cristofori. Alpha 155 (SRI).
Voilà le dernier et meilleur CD d'une intégrale unique en son genre. Elle restitue les concertos de Beethoven dans le cadre d'un salon d'époque, avec un pianoforte (une copie, d'après Anton Walter) et des effectifs chambristes; un instrumentiste par partie, soit 18 musiciens. Se situe-t-on dans un musée de cire ou dans le cadre d'une expérience musicale intéressante? Dans le cas de ces deux premiers concertos, j'opte pour la seconde hypothèse. Les musiciens compensent de manière crédible la perte de volume et de rondeur par une interaction jubilatoire qui, à un instrument par voix, prend des allures nouvelles et extraordinairement lisibles, la configuration minorant la prédominance et le poids des cordes. L'esprit est l'atout majeur de ce CD marginal, à l'image du Rondo du 1er Concerto, qui devient un vrai allegro «d'esprit» et non une course de vitesse.
Christophe Huss
Beethoven: 1er Concerto pour piano - Finale
Monde
I SPEAK FULA
Bassekou Kouyate & Ngoni Ba
Sub Pop / Next Ambiance
Petit luth du monde mandingue, le ngoni est très répandu au Mali. Bassekou Kouyate, l'un de ses meilleurs interprètes, l'a révolutionné en lui ajoutant des cordes, en agrandissant son spectre harmonique, en l'électrifiant ou en créant un ngoni basse. Résultat: la formation du groupe Ngoni Ba, comprenant quatre ngoni. Quelle énergie! Si la musique demeure souvent campée dans l'esprit des traditions bamana et peules avec ses hommages, son caractère épique ou sa mélopée plaintive, les musiciens, Bassekou Kouyate en tête, se lancent souvent dans les rythmes les plus haletants. Il y a du rock dans l'attitude, l'attaque, l'étincelle du moment, la densité de la pulsion, la rapidité du jeu. Il y a aussi ces contrastes saisissants avec les airs plus lents, les cordes blues de Vieux Farka Toure, l'élégance de la kora de Toumani Diabate, ou les collaborations avec les autres invités. Une autre grande découverte du Mali!
Yves Bernard
Bassekou Kouyate: Musow
Monde
RISE & SHINE
Sierra Leone's Refugee All Stars
Cumbancha
Avec son premier disque international, son reggae pluriel et ses chants de terrain enregistrés en exil dans les camps de réfugiés où il fut créé, le groupe Sierra Leone's Refugee All Stars s'est avéré un véritable coup de coeur en 2006. Le revoici, l'âme toujours plongée entre Freetown et Kingston, mais aussi à la Nouvelle-Orléans, où il a enregistré une partie de Rise & Shine avec des musiciens louisianais qui ajoutent des coups de trombones et... de planche à laver. À l'instar du premier album, la moitié du répertoire est reggae: du roots qui sonne fort avec des cuivres et qui fait danser avec sa cadence africaine ou sa guitare tournoyante, du reggae acoustique terreux, des paroles sensibles sur du reggae-ragga, du reggae folk autour du feu. Car la formation a réussi à préserver ce caractère spontané, volontairement presque désorganisé qui se dégage de plusieurs pièces à consonance roots, reggae ou pas. L'album est une vraie célébration de la vie.
Yves Bernard
Sierra Leone Refugee All Stars: Living Stone
Rock
Le Club alpin
Moussette
Indépendant
Au formatage radiophonique et à l'aseptisation de notre musique pop et rock, la formation Moussette est un des baumes les plus efficaces du moment. Le quintette mené par le chanteur Michel Moussette et où figurent entre autres deux musiciens d'Avec pas d'casque (le frère du chanteur, Nicolas, et Joël Vaudreuil) offre avec Le Club alpin une proposition audacieuse, quoique tout à fait accessible. Empreintes d'une séduisante nonchalance, les pièces du quatrième disque de ce groupe jusqu'alors plutôt confidentiel n'ont pourtant rien de paresseux, oscillant entre une pop intelligente (Feuilles vertes), de fines envolées exploratoires (Les Panneaux solaires), du rock déconstruit à la sauce Labyrinthes, de Malajube, et des relents «stoner». On vous avertit, on n'entend que dalle des textes, pourtant très forts en images, chantés avec une voix fragile de circonstance. À écouter en ligne ou à télécharger pour quatre maigres dollars au www.moussette.bandcamp.com. Sinon, à voir ce soir à 21h aux Chérubins, 6388, rue Saint-Hubert.
Philippe Papineau
Moussette: Feuilles vertes
Instrumental
Antonio 2
Antonio
La Tribu / Dep
David Brunet, que l'on connaît d'abord comme réalisateur de disques (Coeur de pirate, Tricot Machine, Daniel Boucher), lance mine de rien son deuxième disque avec son projet de musique instrumentale Antonio. Brunet reprend là où son premier opus nous avait laissés, dans une trame sonore un peu western et psychédélique. Mais sur ce récent effort, tout explose: c'est une véritable fanfare sur le LSD. Le chef d'orchestre, ses 18 musiciens (beaucoup de cuivres) et quelque 25 choristes nous plongent quelque part entre la B.O. d'un film des années 1970 mettant en vedette Donald Pilon, du Ennio Morricone, des airs à la Mission impossible et les criardes voix féminines sur Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Les orgues vibrent rondement, les xylophones sautillent, le mélodica chante, les bongos jouent aux espions. Le tout n'est pas sans humour, mais est fait avec le plus grand sérieux. Il ne reste plus qu'à prendre ces 12 morceaux et de s'en faire son propre cinéma!
Philippe Papineau
Antonio: Bichebeat
Country'n'western
THE GREAT LOST HITS
George Jones
Time-Life - Warner
George Jones, c'est le country'n'western coupé en brosse. Le paradis sur Terre quand l'amour est à la maison (fringant Love Bug), le fin fond de l'enfer quand l'amour court la galipote (inconsolable Say It's Not You), et un dollar l'heure pour nourrir la famille (factuel Small Time Laboring Man). C'est la vérité vraie de la vie de l'Américain moyen, telle que décrite ici de 34 façons, le sanglot dans la glotte et le trémolo dans les bottes. Ces enregistrements, qui couvrent la période 1965-1971 de la longue carrière de Jones (soit les disques parus sur l'étiquette Musicor de Pappy Daily, pas du tout «perdus» mais dans les limbes contractuels), en disent long sur l'Amérique de ces années trop souvent perçues à travers des filtres de couleurs. Tout le monde n'était pas psychédélique au temps de Hendrix et des Beatles, loin de là. Et les rednecks n'abattaient pas systématiquement les chevelus à moto comme dans Easy Rider. Dylan aimait George Jones, Emmylou Harris aussi, et il y avait de quoi.
Sylvain Cormier
George Jones: Small Time Laboring Man
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