Concerts classiques - Le piano lumière
Double événement à l'OSM hier soir, avec le retour du pianiste Till Fellner dans le 1er Concerto de Beethoven et, avant cela, la création de la dernière oeuvre en date de Gilles Tremblay. Le compositeur a créé L'Origine, commande de Radio France, sur un poème de Fernand Ouellette, un ami de 50 ans. Le poème De L'Origine est extrait du recueil L'Inoubliable, Chronique III, publié en 2007, et porte en lui des potentiels d'ouvertures sonores («espaces», «univers», «vastitude») peu exploités par Gilles Tremblay.
Le plus marquant dans ce modeste succès d'estime, fut le dithyrambique préambule de Kent Nagano, qui a réussi la prouesse d'englober dans les mêmes louanges, et sur le même plan, Jacques Hétu et Gilles Tremblay! Je suis heureux pour lui qu'en dirigeant L'Origine, Kent Nagano voit les «couleurs de la nature du Québec», un «espoir qui vient du Nouveau Monde» et un «privilège». Après tout, il faut de l'imagination pour faire chef d'orchestre dans la vie!
L'Origine, comme le récent opéra de Gilles Tremblay, se refuse à réaliser la fusion de la voix et des instruments, qui se côtoient sans se nourrir, à l'exception notable et étonnante de la phrase «dans une jubilation à secouer la mémoire» sur un tumulte opposant le bois et le métal. Comme toujours, la vraie fascination du compositeur va au traitement des percussions, qui marquent leur territoire dès l'entrée démesurée par rapport au reste. On y ajoutera quelques couleurs intéressantes de cors. Mais, hélas, la musique n'ajoute strictement rien au profond poème mystique de Fernand Ouellette. Au contraire... Michèle Losier, dans une déclamation d'une substance musicalement inintéressante, a été impeccable.
L'Origine a été vite oublié et éclipsé par la prestation lumineuse de Till Fellner. À mon avis, ils sont quatre au monde (Lupu, Uchida, Fellner, Helmschen) à pouvoir déployer un Beethoven d'un raffinement aussi épuré de tout effet pianistique, d'une telle fluidité et égalité.
Respiration juste, phrasés parfaits, lecture idéale des nuances; Fellner a irradié le 1er Concerto de Beethoven de son talent. On a notamment remarqué l'interprétation pertinente de ces ponctuations sous forme de traits qui, chez Beethoven, sont synonymes de tenuti brefs.
Fellner a aussi fait ressortir avec vivacité le côté scherzando du Finale. Impeccable accompagnement de Kent Nagano, hormis une certaine perte d'allant au milieu du volet initial dans les deux minutes précédant la reprise.
La 2e Symphonie de Brahms a fait l'objet d'une lecture très similaire à celle du Festival de Knowlton, l'été dernier, avec deux derniers mouvements énergiques et réussis et deux premiers volets peinant à trouver une respiration ample, régulière et unitaire. Il est vrai que le défi est d'importance et que cette symphonie galvaudée représente un casse-tête d'exception au sein du répertoire germanique, notamment en termes de pulsation et de phrasés.
À noter, hier, d'inhabituels petits hiatus de mise en place, notamment dans la cohésion entre les cordes et cuivres et à l'intérieur des pupitres de cuivres.
***
LES GRANDS CONCERTS
Tremblay: L'Origine (création mondiale). Beethoven: Concerto pour piano n° 1. Brahms:
Symphonie n° 2. Michèle Losier (mezzo), Till Fellner (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano.
Salle Wilfrid-Pelletier, lundi 15 février 2010. Reprise ce soir et diffusion en direct sur Espace Musique.
Le plus marquant dans ce modeste succès d'estime, fut le dithyrambique préambule de Kent Nagano, qui a réussi la prouesse d'englober dans les mêmes louanges, et sur le même plan, Jacques Hétu et Gilles Tremblay! Je suis heureux pour lui qu'en dirigeant L'Origine, Kent Nagano voit les «couleurs de la nature du Québec», un «espoir qui vient du Nouveau Monde» et un «privilège». Après tout, il faut de l'imagination pour faire chef d'orchestre dans la vie!
L'Origine, comme le récent opéra de Gilles Tremblay, se refuse à réaliser la fusion de la voix et des instruments, qui se côtoient sans se nourrir, à l'exception notable et étonnante de la phrase «dans une jubilation à secouer la mémoire» sur un tumulte opposant le bois et le métal. Comme toujours, la vraie fascination du compositeur va au traitement des percussions, qui marquent leur territoire dès l'entrée démesurée par rapport au reste. On y ajoutera quelques couleurs intéressantes de cors. Mais, hélas, la musique n'ajoute strictement rien au profond poème mystique de Fernand Ouellette. Au contraire... Michèle Losier, dans une déclamation d'une substance musicalement inintéressante, a été impeccable.
L'Origine a été vite oublié et éclipsé par la prestation lumineuse de Till Fellner. À mon avis, ils sont quatre au monde (Lupu, Uchida, Fellner, Helmschen) à pouvoir déployer un Beethoven d'un raffinement aussi épuré de tout effet pianistique, d'une telle fluidité et égalité.
Respiration juste, phrasés parfaits, lecture idéale des nuances; Fellner a irradié le 1er Concerto de Beethoven de son talent. On a notamment remarqué l'interprétation pertinente de ces ponctuations sous forme de traits qui, chez Beethoven, sont synonymes de tenuti brefs.
Fellner a aussi fait ressortir avec vivacité le côté scherzando du Finale. Impeccable accompagnement de Kent Nagano, hormis une certaine perte d'allant au milieu du volet initial dans les deux minutes précédant la reprise.
La 2e Symphonie de Brahms a fait l'objet d'une lecture très similaire à celle du Festival de Knowlton, l'été dernier, avec deux derniers mouvements énergiques et réussis et deux premiers volets peinant à trouver une respiration ample, régulière et unitaire. Il est vrai que le défi est d'importance et que cette symphonie galvaudée représente un casse-tête d'exception au sein du répertoire germanique, notamment en termes de pulsation et de phrasés.
À noter, hier, d'inhabituels petits hiatus de mise en place, notamment dans la cohésion entre les cordes et cuivres et à l'intérieur des pupitres de cuivres.
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LES GRANDS CONCERTS
Tremblay: L'Origine (création mondiale). Beethoven: Concerto pour piano n° 1. Brahms:
Symphonie n° 2. Michèle Losier (mezzo), Till Fellner (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano.
Salle Wilfrid-Pelletier, lundi 15 février 2010. Reprise ce soir et diffusion en direct sur Espace Musique.
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