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Peter Gabriel, baroque et cérébral

Un album de reprises sans guitares ni batterie

Guillaume Bourgault-Côté   12 février 2010  Musique
La réussite du huitième album solo de Peter Gabriel tient tant à la manière qu’à la matière.
Photo : Agence France-Presse Thomas Coex
La réussite du huitième album solo de Peter Gabriel tient tant à la manière qu’à la matière.

À retenir

    Scratch My Back

    Peter Gabriel

    Universal

    En magasin dès mardi
En un mot? Remarquable. Le dépouillement, les arrangements, le répertoire, le chant: la réussite du huitième album solo de Peter Gabriel tient tant à la manière qu'à la matière, et au goût juste d'un artiste qui adore les nouveaux concepts.

Celui-là n'est pas mal du tout: reprendre une douzaine de chansons pop, rock et folk d'une douzaine d'artistes établis, les déconstruire pour ensuite bâtir des versions sans guitares ni batterie, que des cordes classiques, quelques vents et un piano. Baroque, pas rock. Très loin du son des So, Us et Up, ses trois derniers albums. Des arrangements en apparence sobres, mais extrêmement travaillés, conçus comme de petits films où explosions dramatiques et sensibilité retenue se côtoient.

Ça va donc de David Bowie (Heroes) à Radiohead (Street Spirit), de Paul Simon (The Boy in the Bubble) à Arcade Fire (My Body Is a Cage), de Neil Young (Philadelphia) à Bon Iver (Flume), de Randy Newman (I Think It's Going to Rain Today) à Talking Heads (magnifique Listening Wind). Lou Reed (The Power of the Heart), Elbow (Mirrorball), The Magnetic Fields (The Book of Love) et Regina Spektor (Après moi) sont aussi revisités par Gabriel.

Et chaque fois, c'est la surprise. Celle, en somme, de découvrir une nouvelle chanson. Prenons Paul Simon: sur Graceland, The Boy in the Bubble est interprétée uptempo, avec une certaine exubérance. Et bien Gabriel la prend à l'envers. Sa voix se pose doucement sur des accords de piano arpégés et épurés: quelques cordes surgissent, puis les vents. Mais délicats. Gabriel révèle ainsi la richesse du texte, l'émotion du propos. Il repense la chanson, la remodèle et l'amène ailleurs.

Peter Gabriel évolue ainsi d'une pièce à l'autre. Les transformations sont parfois plus subtiles (Neil Young, Radiohead), mais il y a toujours ce cadre baroque qui change les textures, les couleurs. Et sa voix, aussi, que l'on découvre dans plusieurs registres d'émotions (au bord des larmes dans Flume, en falsetto sur Street Spirit, puissante quand il le faut, retenue ailleurs).

Émotions? Dites donc, c'est curieux, mais on ressort aussi du nouveau Gabriel avec l'impression d'un travail très cérébral. Et c'est peut-être au fond ce que l'on aime le plus dans ce nouveau projet, cet équilibre entre ce qui vient du coeur et ce qui vient de la tête.

Entre les crédits essentiels (réalisation de Gabriel et Bob Ezrin, arrangements de John Metclafe), mentionnons que le projet s'accompagnera d'une réponse de chaque artiste dont Gabriel a choisi une chanson: les 12 enregistreront en échange un morceau de Gabriel pour compléter le diptyque Scratch My Back - I'll Scratch Yours...
 
 
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  • fruitloops - Inscrit
    12 février 2010 17 h 38
    Une belle leçon...
    ... contre l'overproducing.

    Évidemment, ça prend une tounne inspirante et un interprète inspiré au départ.

    Suis tombé hier sur une vielle tounne de Bob Dylan, It's All Over Now,Baby Blue, reprise par Van morisson en studio. Une simplicité et une exécution magnifiques. pour les intéressés:
    http://www.youtube.com/watch?v=IaVIJ1n9NHs
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