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    Musique classique

    Jacques Hétu, le peintre des sons

    11 février 2010 |Christophe Huss | Musique
    Le prolifique compositeur québécois Jacques Hétu s’est éteint mardi à l’âge de 71 ans. Il avait reçu le prix Hommage lors du gala des prix Opus, le 31 janvier dernier.
    Photo: François Pesant - Le Devoir Le prolifique compositeur québécois Jacques Hétu s’est éteint mardi à l’âge de 71 ans. Il avait reçu le prix Hommage lors du gala des prix Opus, le 31 janvier dernier.
    Loin des canons et écoles de l'avant-gardisme, Jacques Hétu a su développer une voix propre et intelligible, écrivant une musique sans concession mais accessible à tous, à travers un langage harmonique particulier et une grande sensibilité à la couleur.

    Son Concerto pour deux guitares op. 77 a été créé le 14 janvier par Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre métropolitain, mais Hétu est mort avant la création de sa 5e Symphonie, le 3 mars, par l'Orchestre symphonique de Toronto. L'OSM a prévu de présenter en septembre Sur les rives du Saint-Maurice, une oeuvre orchestrale datant de 2008.

    Né pour la musique

    Jacques Hétu est né à Trois-Rivières, le 8 août 1938, dans une famille bourgeoise aisée. À l'âge de quatre ans, il est fasciné par le gramophone de ses parents. Son premier grand choc musical sera la Symphonie inachevée, dans l'interprétation de Serge Koussevitzky à Boston.

    Pensionnaire dans un couvent, à l'âge de 15 ans, au lendemain d'un récital d'orgue de Raymond Daveluy, il tente de reconstituer de mémoire ce qu'il a entendu. «Un de mes copains m'a dit: "Ce que tu fais là, ce n'est pas tout à fait normal"», se rappelait-il lors de discussions que nous avons eues. «J'ai appris les notes; six mois plus tard, j'avais une caisse de compositions dont douze valses et un poème symphonique. La musique était mon monde; j'ai décidé de devenir compositeur.»

    À partir de l'âge de 15 ans, il apprend la musique et se plonge dans le Traité d'orchestration de Berlioz. À Montréal, Jacques Hétu travaille la composition avec Clermont Pépin, son maître à penser. À Paris en 1962 et 1963, il se parfait en orchestration avec Henri Dutilleux et en analyse avec Olivier Messiaen.

    Une vie et l'essentiel

    Jacques Hétu a composé environ 80 oeuvres, «en exprimant quelque chose et en m'exprimant moi», une ligne de conduite définie dès ses débuts. Son nom a été remarqué lorsque Glenn Gould a joué ses Variations opus 8 en 1967. Hétu a écrit pour la voix (sur des poèmes de Nelligan), pour l'orchestre et surtout pour des instruments variés en concerto: «Mon goût pour le concerto a un rapport direct avec le genre dramatique: le soliste, c'est un chanteur; le concerto est une mise en scène musicale», un succédané d'opéra, en quelque sorte.

    Hétu est un compositeur harmonico-mélodico-coloriste. Sa recherche des couleurs est une obsession héritée de Dutilleux, le noyau de son inspiration est une mélodie, et l'harmonie, la signature de son univers sonore.

    Il nous avait confié qu'il composait à partir d'une courte idée mélodique. «J'élabore quinze ou vingt mesures et, si je suis satisfait de ce départ, je compose la toute fin, les dernières notes. Là, à partir du plan global, je compose la partie centrale, celle où je m'étends le plus.» Hétu considérait son langage, fait d'accords parfaits majeurs et enrichis d'autres sons, comme «simple mais sophistiqué». «Cela prend une vie à explorer pour ne retenir que l'essentiel», c'est-à-dire trois ou quatre accords insérés dans un langage qui bouge à tout moment.

    Avec consistance, au fil des Images de la Révolution, de Clartés de la nuit, des Abîmes du rêve et de nombreux concertos, Hétu a établi un héritage cohérent, éloquent, raffiné, clairement identifiable. Un vrai patrimoine. Le nôtre.












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