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    Ariane Moffatt - Entre tout vouloir et tout avoir

    9 février 2010 |Sylvain Cormier | Musique
    En lice aux Victoires de la musique, Ariane Moffatt poursuit inlassablement sa conquête de l’Europe.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir En lice aux Victoires de la musique, Ariane Moffatt poursuit inlassablement sa conquête de l’Europe.
    • ARIANE MOFFATT TRIO
    • Le National, 11 et 12 février
    Sera-ce enfin la mise à feu de la fusée Ariane au-dessus de l'espace musical francophone d'Europe? Après huit ans de mise en place, la rampe est bâtie. Auréolée des prix Charles-Cros et Rapsat-Lelièvre, potentielle «révélation scène» aux prochaines Victoires de la musique, invitée par l'ami -M- en lever de rideau de sa première au Zénith de Paris, la belle machine à musique est prête à décoller. Ariane Moffatt s'offre au préalable une récréation montréalaise en trio, jeudi et vendredi au National. Et livre son rapport de mission.

    Des grandes fenêtres du restaurant Le Balmoral, angle Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, on voit des ouvriers travaillant au grand oeuvre du Quartier des spectacles. Exactement là où ils sont, à l'été 2002, Ariane Moffatt l'aquanaute clapotait dans son bocal de musique sur la grande scène des FrancoFolies de Montréal et triomphait dans la sueur et le bonheur. «C'est vraiment à ce moment-là que ça s'est passé pour moi au Québec. D'un coup, j'atteignais le grand public.» Rien d'aussi évident dans sa «longue conquête de l'Europe», comme elle dit en riant. «Là-bas, c'est vraiment du travail de fond.

    Il n'y a pas encore eu un grand déclencheur. On ne peut certainement pas encore parler de consécration. Elle n'est pas acquise, la victoire.»

    Convaincre en jouant

    Victoire comme dans... Victoires de la musique? Ariane éclate de rire. Puis redevient sérieuse. Qu'elle soit en lice pour l'un des prix qui comptent au gala de la chanson made in France, les Victoires de la musique, à titre de «révélation scène», est très important. D'autant que, trophée glané ou pas, elle aura sa «perfo» le 6 mars prochain: une prestation en direct de Je veux tout, flanquée à la face de la France. «La bonne nouvelle, c'est vraiment ça. Pour moi, c'est quand je peux jouer que ça se passe.»

    Indéniablement. C'est quand -M- l'a amenée à l'émission La Musicale sur Canal + pour partager avec elle La Bonne Étoile qu'Ariane s'est d'abord signalée à la frange branchée de la France. Plus récemment, c'est en «perfo» au Taratata de l'inénarrable Nagui qu'elle a transformé l'essai. «Mes spectacles à Paris m'ont donné une certaine visibilité [ainsi qu'une crédibilité critique certaine auprès de journalistes plus que respectés, notamment Valérie Lehoux de Télérama], mais ce n'est pas assez. À La Maroquinerie, au Bataclan, c'était super bondé à chaque fois, mais dans des intervalles énormes de temps. Ce n'est pas facile de se positionner en France. À moins de bénéficier d'un buzz...»

    Pas de buzz spontané

    Allusion fine au succès passablement fulgurant d'une autre chanteuse-musicienne québécoise en nomination aux Victoires (dans deux catégories). «Je n'ai pas connu le buzz spontané que ma jeune collègue est en train de vivre en ce moment...» Les médias français n'ont pas attendu longtemps pour apposer Ariane et Coeur de pirate. «Plus consistante que sa compatriote en vogue Coeur de pirate, mais moins captivante encore que la Française Daphné», tentait de cerner Olivier Horner dans le quotidien suisse Le Temps, en juin 2009. La citation fait sourire malaisément Ariane, qui commente: «C'est tellement français. Leur besoin de te mettre dans une case est extrême. Souvent, d'ailleurs, ça a joué contre moi. Ils se demandent où me placer. C'est de la folk ou de l'électro? Pop ou funky? Ça les mêle. Ça complique leur affaire.»

    Compliqué. C'est le fin mot. La carrière européenne d'Ariane Moffatt n'est pas simple. Depuis le début. «La première occasion aurait pu être tout de suite la bonne. Je devais jouer aux Francos de La Rochelle, au temps d'Aquanaute. Mais c'était l'année de la grève des intermittents [du spectacle], alors le festival n'a pas eu lieu.» D'autres occasions se sont présentées, des chances ont été saisies, progression il y a eu, mais en y mettant le temps. «Ce qui a été bien, c'est l'enchaînement des rencontres: Yael Naim, -M-, Albin de la Simone, etc. Ce qui a été parfois plus difficile, ç'a été jouer dans les FNAC seule au piano, ou bien me retrouver dans des gares sans chariots...» Le plus dur? «Le décalage. Attendre un an avant de sortir mon album, trouver chaque fois un nouveau label, refaire la pochette pour le marché français, recommencer tout le temps. Là, le fait que ça commence à vraiment se passer là-bas pour moi, ça veut dire que, pour le prochain album, il n'y aura presque pas de décalage: ça va sortir ici et en France en même temps. C'est bien mieux!»

    «Qu'est-ce que je fais là, moi?»

    Elle poursuit sur sa lancée, en verve. «Il y a des moments où je me suis dit: "qu'est-ce que je fais là, moi?" Me battre pour passer dans les radios en France, c'est ça, mon idée de faire de la musique? Qu'est-ce que j'allais chercher là? L'amour, la cote? J'ai beaucoup réfléchi à la démarche de l'artiste, et tout le reste autour. Je pense que si je fais tout ça, me déraciner, vivre à l'extérieur de ma vie intime pendant tout ce temps [six mois d'Europe en 2009], c'est pour la satisfaction de l'avoir fait: c'est mon côté tête dure. Gagner mon pari.»

    De quoi mesurer le plaisir que prendra Ariane au National jeudi et vendredi, alors qu'elle s'ébrouera en formule trio, avec les complices de la première heure Marie-Pierre Arthur et Joseph Marchand. «Vraiment, ça va être une récréation. Je vais m'éclater au piano. On va faire des chansons de Marie-Pierre, des reprises de chansons qui m'ont inspirée. Ça va être le contraire du stress de la France: un environnement de douceur et de simplicité. Deux soirées avec mes amis.» En mars, une tournée française est prévue. Une quinzaine de spectacles en 28 jours. Ariane ne baisse pas les bras. Si la Victoire ne suffit pas, elle les aura à l'usure. «Du moment que j'ai une scène, je sais que je peux les avoir.»


    En lice aux Victoires de la musique, Ariane Moffatt poursuit inlassablement sa conquête de l’Europe. Ariane Moffatt Ariane Moffatt












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