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Vitrine du disque - Vendredi 29 janvier 2010

Le Devoir   29 janvier 2010  Musique
Pop
Ma Bête fragile
Francis d’Octobre
Tacca / Select


Musicien d’expérience qui a roulé sa bosse avec plusieurs artistes en tout genre (des Tireux d’Roches à Alfa Rococo en passant par Catherine Major), Francis d’Octobre fait maintenant ses premiers pas en solo sous les projecteurs. Finaliste à Granby et aux Francouvertes, le multi-instrumentiste montre sur Ma Bête fragile un talent certain pour la formule pop et la mélodie gagnante.
Si Francis d’Octobre — de son vrai nom Roberge — n’a pas encore la même maîtrise ni la même puissance qu’un Yann Perreau, il sait nous chanter le refrain Velcro, qu’on fredonne de manière inexpliquée en faisant la vaisselle. Pas si loin des ritournelles de Chinatown, de la sensibilité de La Patère rose ou des expérimentations percussives d’Orange orange — Dom Hamel a coréalisé le disque — Ma Bête fragile ne compte vraiment pas de fausses notes, mais pèche sur la durée par un manque d’audace et de variété. Les textes à fleur de peau, multipliant les références au voyage et aux animaux, n’arrangent rien à l’affaire. Fragile indeed
Philippe Papineau

Francis d'Octobre




***

Coffret
STARMANIA L’INTÉGRALE
Édition 30e anniversaire
Michel Berger et Luc Plamondon
Warner
On a eu nos hauts et nos bas dans nos vies d’hôtesses des airs, Plamondon et moi, mais la parution de cette intégrale Starmania — la mouture studio d’origine, le premier spectacle au Palais des congrès en 1979, plus la reprise de 1988 au Théâtre de Paris — me fournit l’occasion de réaffirmer ceci: quel coup de génie! J’aurai eu beau m’en prendre au recyclage du père Hugo, railler Cindy-Cendrillon jusqu’à ce qu’éclate le porte-peton de vair, ça frappe: dès 1978, Plamondon avait vu la Star Ac’ et tous ses avatars dans son potage. Luc écrit dans le livret: «Par l’intermédiaire des mass media, et surtout de la télévision, la Starmania est devenue la maladie du siècle.» Visionnaire! Ce qu’il appelle sa «bande dessinée à peine futuriste» est aussi, merci au regretté Michel Berger, l’opéra pop le plus densément peuplé de grandes mélodies qui soit, chansons qui transcendent les interprétations, les meilleures (Diane Dufresne en Stella Spotlight) comme les pires (Richard Groulx en Zéro Janvier). Je m’incline.
Sylvain Cormier

***

Livre-disque
DES LENDEMAINS QUI SAIGNENT
Dominique Grange, Tardi et Verney
Casterman
Le bédéiste Tardi et sa compagne Dominique Grange auront donné le meilleur d’eux-mêmes à ce qui est devenu la mission d’une vie commune (après celle de bâtir famille): dire l’horreur de la guerre du point de vue du soldat, à travers la boucherie de 14-18, la Grande Guerre, soi-disant der des ders. Ce livre-disque poursuit l’opération dénonciation sur tous les fronts. Elle, l’irréductible de Mai 68, y chante sur fond de piano et d’accordéon des chansons douces et dures pour dire l’indicible, belles et terribles chansons de son cru (Petits morts du mois d’août) et du cru d’autrui (Le Déserteur, bien sûr, mais aussi Tu n’en reviendras pas d’Aragon et Ferré, et de saisissantes oubliées d’un certain Montéhus). Lui, il illustre, dessins magnifiques et horrifiants à la fois, paradoxe assumé. Entre les chansons, il lit aussi des extraits de ce qu’a écrit l’ami historien Jean-Pierre Verney dans leur diptyque bédé-livre d’histoire Putain de guerre! L’art et le devoir de mémoire n’ont jamais été mieux servis.
Sylvain Cormier

***

Classique
CHOPIN
Les Valses. Alice Sara Ott. DG 477 8095. Ingrid Fliter. EMI 6 98351 2.
Alice Sara Ott: retenez ce nom! La Germano-Japonaise risque fort de devenir l’une des vedettes pianistiques de la Deutsche Grammophon, notamment si les insistantes rumeurs de divorce entre Lang Lang et le label jaune se confirment — Lang Lang passerait chez Sony en corollaire d’un juteux contrat impliquant la Playstation. Alice Sara Ott a des Valses de Chopin une vision que je ne partage pas, mais qu’elle défend avec charme, sculptant ces pièces en mignardises de salon, avec des effets cinétiques astucieux, donnant l’impression d’un tourbillon (Opus 34 n° 3). Je préfère la folie rythmique des quelques valses enregistrées par Zoltan Kocsis et la simple respiration d’Alexandre Tharaud, mais Ott a du cran. Ingrid Fliter tente, elle aussi, de faire quelque chose, mais ne transparaissent que des effets pianistiques chichiteux… as usual (sur ledevoir.com/culture/musique, écoutez la nostalgique Valse en la mineur dans les trois versions).
Christophe Huss

Trois interprétations de Valse en la mineur de Chopin:

Alexandre Tharaud


Ingrid Fliter


Alice Sara Ott



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Classique
GOSSEC
Aux armes, citoyens! Musique royale et révolutionnaire pour vents. Les Jacobins, Mathieu Lussier. ACD2 2595.
On avait bien aimé chez Atma le disque de Mathieu Lussier consacré aux Quatuors avec basson de François Devienne, dit «le Mozart français». Suite logique des choses, voici un volume consacré à François Gossec (1734-1829), dit «le musicien de la Révolution», disque uniquement dédié à la musique pour vents (clarinettes, cors, bassons). Ces instruments sont étroitement associés aux «couleurs orchestrales françaises», ce qui explique par exemple l’orchestration de la Symphonie héroïque de Beethoven, qui voulait, à travers cette oeuvre, conquérir Paris. Gossec a été nettement sous-évalué, car associé à la musique révolutionnaire — que Lussier et ses amis nous donnent à entendre — supposée de moindre intérêt. On retient plutôt du CD des
Jacobins la faconde mélodique — parfois mozartienne — mais aussi et surtout les timbres
irrésistibles.
Christophe Huss

***

Bande originale
MUSIC FROM THE MOTION PICTURE I BRING WHAT I LOVE
Youssou N’Dour
Nonesuch / Warner
En attendant Badou, le prochain disque qui mélangera mbalax et reggae, le roi de la médina dakaroise lance la bande originale du film qui porte sur la période qui a suivi le lancement du disque Egypt, alors que l’artiste, qui s’était accordé le droit de chanter le sacré, était contesté par ses amateurs sénégalais, qui trouvaient la démarche blasphématoire. Mais les choses se sont réglées et, dans ce disque-ci, Youssou se permet d’autres louanges à Dieu et au prophète Mahomet. Deux seules pièces sont originales, la pièce thème, incantatoire et ponctuée d’une atmosphère de calme, de même que Yonnent, qui fait également plonger dans la spiritualité avec un synthé aérien qui rappelle l’ambiance d’une douce flûte. Les autres titres sont des reprises, parfois afro pop ou mbalax avec d’excitantes polyrythmies, parfois plus orientales avec orchestre, parfois plus dénudées. Du bon Youssou dans l’ensemble.
Yves Bernard
 
 
 
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