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    Le Metropolitan Opera au cinéma - Pour les yeux d'Elina

    18 janvier 2010 |Christophe Huss | Musique
    Elina Garança (Carmen) et Roberto Alagna (Don José) dans la production de Carmen du Metropolitan Opera dirigée par Yannick Nézet-Séguin.
    Photo: source metropolitan opera Elina Garança (Carmen) et Roberto Alagna (Don José) dans la production de Carmen du Metropolitan Opera dirigée par Yannick Nézet-Séguin.
    Les cinémas étaient remplis, samedi, pour assister en direct de New York à la représentation de Carmen, dans une nouvelle production payée par Jacqueline Desmarais et placée sous la direction de Yannick Nézet-Séguin.

    Il faut, une fois de plus, souligner que l'opéra au cinéma est une autre discipline artistique. La loupe portée sur un spectacle conçu pour une salle de 3000 places n'est pas sans entraîner des hiatus ou des défis, car la caméra au pied de la scène et le spectateur du second balcon n'ont pas les mêmes besoins en matière d'expression théâtrale.

    Les nouvelles productions commencent à prendre largement en considération les besoins de la «loupe» (la caméra). Entendre Carmen, dans la scène finale, chanter «Laisse-moi passer» alors qu'elle se roule au sol avec Don José est incongru... sauf pour la caméra à un mètre, qui nous place au coeur de la lutte.

    Beaucoup de choses dans cette représentation se sont passées dans les yeux bleus glacés de la belle Elina Garança. C'est cela que je retiens: ces yeux extraordinaires d'une Carmen; des yeux qui disent tout, du désir à la haine froide. Les spectateurs en salle ne peuvent pas le voir; le spectacle au cinéma repose sur ça!

    Privilégiés, les spectateurs dans la salle de cinéma? Pas forcément, puisqu'ils sont les otages de la réalisation de Gary Halvorson, qui se prend pour un virtuose et qui s'est «surpassé» dans le parasitage du spectacle à coup de montages hystériques (des plans d'une seconde parfois!), de travelling nerveux et de contre-plongées impossibles... sur des bottes, par exemple. De grâce: on aimerait assister à un spectacle, calmement documenté, pas faire la psychanalyse du réalisateur!

    La production de Richard Eyre participe de la «dézeffirellisation» du Met par Peter Gelb. Les productions luxuriantes de Franco Zeffirelli ont été la marque de fabrique du Met. Leur mise au rancart permet d'économiser de l'argent et de laisser les chevaux dans une étable au lieu de les mettre sur scène. Mais, pour que le Met reste le Met, il va falloir trouver des solutions de remplacement à forte identité. Cette Carmen vaut surtout pour le dispositif scénique très astucieux de Rob Howell; deux tiers d'arène qui, par rotation, ouvrent ou ferment la scène. L'image finale est aussi signifiante que superbe.

    Dans la mise en scène de l'Anglais Richard Eyre, étrange hasard, on retrouve bon nombre d'éléments, d'astuces et de ressorts dramatiques (de l'eau à la sortie de l'usine, une cigarière avec un bébé, une longue corde qui lie Carmen à Don José, le crêpage de chignon de la fin) absents des didascalies du livret, mais qui apparaissent dans deux spectacles donnés en Grande-Bretagne ces dernières années: celui de David McVicar à Glyndebourne et celui de Francesca Zambello à Londres.

    On trouve aussi quelques étrangetés (Carmen qui pousse le mauvais personnage, les contrebandiers qui rudoient leurs complices féminines dans la taverne, etc.) attribuables à Eyre. On n'a rien laissé passer à Luc Bondy dans Tosca, mais avec Richard Eyre, rien ne fait tiquer personne. D'ailleurs, tout le monde est «soooo wonderful», comme nous l'apprennent les entrevues de Renée Fleming à la pause.

    La nouvelle Carmen du Met est néanmoins un fort bon spectacle, avec une Elina Garança magnétique, un Roberto Alagna très physique (mais qui chante trop haut au IIIe et quand il veut au IVe), un remplaçant (Teddy Tahu Rhodes) excellent en Escamillo et Barbara Frittoli très à sa place en Micaëla. Yannick Nézet-Séguin, qui a, hélas, choisi la partition traditionnelle (avec récitatifs), dirige avec allant et logique l'excellent orchestre.

    Pour saisir toute la différence entre une «fort bonne» Carmen et une grande et saisissante représentation, achetez-vous le DVD de la production de Covent Garden avec Antonacci et Kaufmann, dirigée par Antonio Pappano et mise en scène par Francesca Zambello: «toute une performance», comme on dit au hockey!












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