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    La mort rattrape Mano Solo

    Le chanteur français perd son long combat contre la maladie

    11 janvier 2010 |Le Monde | Musique
    Manu Solo, en spectacle à l'Olympia de Paris en 2005. Le chanteur a connu le succès avec La Marmaille nue en 1993, album où il raconte la délinquance ayant marqué son adolescence.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Guay Manu Solo, en spectacle à l'Olympia de Paris en 2005. Le chanteur a connu le succès avec La Marmaille nue en 1993, album où il raconte la délinquance ayant marqué son adolescence.
    «J'ai tellement parlé de la mort, que j'ai cru la noyer, la submerger de ma vie, l'emmerder tant et tellement, qu'elle abandonne l'idée même de m'emmener avec elle», chantait Mano Solo en 1997 sur l'album Je sais pas trop. La mort aura pourtant fini par le rattraper. Le chanteur à la voix déchirante et reconnaissable entre mille est décédé, hier, à Paris des suites de plusieurs anévrismes à l'âge de 46 ans.

    Atteint du sida depuis de nombreuses années, il avait été hospitalisé après son dernier concert à l'Olympia à Paris, le 12 novembre. «Il a lutté courageusement pendant deux mois et jusqu'au bout contre plusieurs anévrismes», a indiqué sa famille. Fils du dessinateur Cabu et d'Isabelle Monin, co-fondatrice du magazine consacré à l'écologie La Gueule ouverte, Mano Solo était né le 24 avril 1963 à Châlons-sur-Marne. C'est sa mère, sous son pseudonyme d'Isamona, qui a annoncé sa mort sur le forum de ManoSolo.net: «Il ne viendra plus. Il ne viendra plus nous invectiver. Il ne viendra plus nous encourager. Il ne viendra plus nous donner tout ce qu'il avait: son talent, sa force, son élan, sa générosité», écrit-elle.

    Son oeuvre engagée et musicalement riche lui a valu trois disques d'or. Il a connu une grande popularité au Québec dans les années 1990. Il a participé aux Francofolies de Montréal en 1994, 1996 et une dernière fois en 2000.

    Au fil de ses albums (une dizaine), il a réussi à marier la chanson réaliste et le rock indépendant, avec des sonorités variées issues du tango, du flamenco, de la java parisienne, de rythmes africains et du jazz manouche. C'est en 1993 qu'il rencontre le succès avec La Marmaille nue, un album où le chanteur, alors âgé de trente ans, raconte notamment la drogue et la délinquance de son adolescence. «À quinze ans du matin / J'ai pris par un drôle de chemin / Des épines plein les bras / Je me suis troué la peau mille fois / À dix-huit ans du matin / J'étais dans un sale pétrin / Jouant du poing, de la chignole, de la cambriole, du vol des bagnoles / Ça fait du temps, maintenant, inexorablement», lance-t-il dans la chanson À quinze ans du matin. Un album qui s'écoulera à plus de 100 000 exemplaires.


    Poète de la scène française

    Visage anguleux, look un peu punk — il était flanqué sur scène de sa chienne, un berger allemand — Mano Solo se situait «entre Damia et Tom Waits» comme l'écrivait Le Nouvel Observateur. Il s'impose comme un poète sur la scène française, n'hésitant pas à dire sa douleur dans ses chansons ni à aborder les thèmes sociaux les plus durs. Mais c'est surtout dans la maladie qu'il puise son inspiration. Atteint du sida, contracté dans les années 1980, l'artiste choisit de le dire: «J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est que je ne suis plus séropositif. La mauvaise, c'est que j'ai le sida!», lance-t-il au public en octobre 1995 un soir de concert au Bataclan. Dans une interview publiée en 1997 par Le Nouvel Obs, il raconte ce qu'il a ressenti lorsqu'il a appris sa séropositivité: «En une seconde, j'ai basculé dans un autre monde, je n'étais plus le même homme. Et puis, surtout, une oppression: je crois que j'ai perdu ma liberté, ce jour-là. L'insouciance, la liberté de se tromper, de perdre du temps.»

    Le succès est également au rendez-vous pour Les Années sombres, en 1995, et Mano Solo s'installe dans le paysage musical français, où il est suivi par de nombreux fidèles. Au fil des années, ses albums se font plus politiques, notamment avec l'album Les Frères Misère réalisé avec son groupe Les Chihuahuas. «Il ne suffit pas de s'offusquer / Quand on tue un étranger / De dire que la France à la merde au cul / Qu'à Orange Toulon ça pue / Il ne suffit pas de s'étonner devant les scores de Le Pen», chante-t-il ainsi dans Il ne suffit pas. Si ses albums se font plus engagés, ils sont aussi plus positifs (Dehors): «Le son du tambour est mon meilleur ami / Chaque jour il me ramène la vie / Il bouscule mon sommeil me promet monts et merveilles / Et donne au temps sa propre mesure / Cicatrisant toutes les blessures.»

    À la sortie de son dernier disque, Rentrer au port, en septembre, il expliquait sur Europe 1 son besoin de parler sans détours des choses de la vie: «On se met à travailler un peu désespérément en se disant: "Est-ce qu'on va avoir quelque chose à dire?" Et puis finalement oui, parce que de toute façon on vit.»

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    Avec l'Agence France-Presse












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