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Lhasa de Sela 1972-2010 - Départ prématuré d'une artiste marquante

Yves Bernard   4 janvier 2010  Musique
La chanteuse québécoise de renommée mondiale Lhasa de Sela photographiée en 2006. Le cancer du sein l’a emportée à l’âge de 37 ans.
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
La chanteuse québécoise de renommée mondiale Lhasa de Sela photographiée en 2006. Le cancer du sein l’a emportée à l’âge de 37 ans.
La nouvelle est finalement tombée par voie de communiqué hier soir. Après avoir combattu le cancer du sein durant plus de 21 mois, Lhasa de Sela, ce coeur absolu, est décédée à son domicile de Montréal le 1er janvier un peu avant minuit. Les rumeurs au sujet l'état de santé de Lhasa devenaient de plus en plus persistantes. Samedi, le journaliste Claude André a annoncé le décès sur sa page Facebook et Mike Pincus, le beau-père de l'artiste, a confirmé la nouvelle à l'agence de presse QMI.

Âgée de 37 ans, la chanteuse-auteure-compositrice a réussi à terminer un troisième album avant d'offrir deux concerts en Islande en mai dernier. Ces deux prestations auront été ses deux dernières. Pour des raisons de santé, Lhasa avait dû annuler une grande tournée internationale qui devait avoir lieu à l'automne dernier.

Âme bouillonnante, femme d'instinct et tête chercheuse, Lhasa a ouvert un monde et La Llorona, disque qu'elle a lancé en 1997, a changé le visage de la chanson immigrante du Québec. C'était l'année du Buena Vista Social Club, mais pour la première fois, une artiste d'ici qui s'exprimait dans une langue autre que celle de Tremblay et de Molière, ou de Cohen et de Shakespeare, allait vendre un demi-million d'albums à travers le monde. «La diversité n'est pas une exception, elle est la règle», avait-elle déjà confié. Pas étonnant qu'au cours des années, elle se soit réclamée aussi bien de la Callas que de Camarón de la Isla, voire de Tom Waits, de Beck, de Radiohead et de Brel.

Les circonstances de la vie l'avaient conduite à Montréal en 1991. Alors âgée de moins de 20 ans, crâne rasé, du front tout le tour de la tête, voix puissante, timidité apparente et serveuse à la Maison de la culture mondiale sur Saint-Laurent, elle chantait le soir et parvenait à subjuguer littéralement un auditoire peu habitué à une telle décharge émotionnelle. Elle interprétait alors avec une étonnante assurance des chansons de Billy Holiday et de Chavela Vargas, grande dame de la ranchera mexicaine.

On imaginait alors Lhasa mexicaine à cause des racines de son père et de cet air mélodramatique de pleureuse aztèque qui transparaissait nettement dans le premier disque. Mais elle jouait un personnage et n'était pas qu'une Chavela Vargas qui chante là où ça fait mal. Elle se sentait d'identité confuse, marchait seule, refusait de vivre au passé, se permettait de monter par-dessus les hautes marées, se donnait le vertige, traversait les frontières imposées, quitte à s'y brûler, mais pénétrait la vastitude de la vie, un thème central de son oeuvre. Puis, les lumières scintillaient à nouveau.

La Llorona avait révélé des rythmes mexicains des années 30 et 40, auxquels s'ajoutaient des accents tziganes et klezmer. Une rencontre déterminante allait ponctuer la personnalité du disque, celle d'Yves Desrosiers. En 2003, elle lance The Living Road, qui incarne le voyage vers l'identité d'une créatrice qui compose et chante dorénavant en trois langues, variant les atmosphères et se permettant d'utiliser plus d'instruments qu'auparavant. Nuevo tango, effluves mondiaux, intonations dylanesques, textures atmosphériques, ambiance de cirque, rappel mexicain, douce rythmique latine, étonnant dénuement et une touche d'électronique habillent la création. Chaque pièce est conçue comme un petit film, à l'image de sa vie.

Née dans un hameau des Catskill, un prénom en l'honneur de la capitale du Tibet en guise de rêve, une enfance entre les États-Unis et le Mexique, entre villes et villages, parcs de roulottes et terrains de fortune, elle avait le coeur morcelé dans une double identité, se sentant de nulle part avec un accent bizarre partout ou elle passait.

Sur The Living Road, la voix de Lhasa commence à se transformer. Issue de l'école des bars et habituée à s'époumoner pour toujours tout donner, la chanteuse apprend à se retenir pour tenir le coup plus longtemps. Par la suite, on l'entendra même interpréter du Fairouz, un chef d'oeuvre de délicatesse.

Après The Living Road, Lhasa sent l'appel d'une nouvelle muse: la langue anglaise, son premier idiome, celui qui lui permet d'assumer le poids des mots et qui la rend plus spontanée. Elle vit maintenant son identité américaine qui lui vient de sa mère. Dans ses pièces, on perçoit moins la rigidité de la structure et davantage l'intimité de celle qui se dévoile doucement. Et elle chante plus haut.

Elle fait paraître à la fin du printemps dernier, un disque homonyme, entièrement en anglais, autoproduit, mâtiné de folk créatif, de jazz délicat, de valse et d'accents country. Si la chanteuse s'y fait parfois sensuelle, elle ne peut cacher sa profondeur. Qu'aurait-elle réservé si elle ne s'était pas éteinte aussi rapidement? Assurément toujours ce même coeur saignant, plusieurs autres révolutions sur elle-même et l'ouverture constante de cette route hors norme à suivre pour ces créateurs déracinés ou réenracinés. Passée dans l'au-delà, elle demeure un véritable modèle pour un monde nouveau. Une lueur éternelle.
La chanteuse québécoise de renommée mondiale Lhasa de Sela photographiée en 2006. Le cancer du sein l’a emportée à l’âge de 37 ans. Lhasa de Sela Lhasa de Sela Lhasa de Sela
 











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  • Pierre Jacques Lefebvre
    Abonné
    lundi 4 janvier 2010 01h22
    doute,trop rapide,manque de suivi?.......
    J'ai connu plusieurs femmes aux prises avec ce genre de cancer et elles s'en sont toutes sorti. Non pas sans séquelles,mais en vain,elles sont encore ici. Est-ce un manque de suivi? N'est- pas trop court pour un cancer du sein de donner la mort avec tout ce que l'on possède comme moyens?Alors que notre premier minisre vent le diamant du Québec à des intérêts privés (bien commun) .(Son ) ministère n'aura su sauver la vie de cette personne qui était et le sera encore un diamant de notre culture émergente .LE COEUR ME LEVE ET JE SUIS PROFONDEMENT TRISTE.La devise du Québec n'est elle pas (je ne me souviens pas-j'ai oublié).MOI 'JE N'OUBLIERAI PAS.JE PLEURE.PJL.

  • Sylvain Cormier
    Abonné
    lundi 4 janvier 2010 02h26
    Les mots justes...
    Salut Yves Bernard, et toute mon admiration. Pas facile de trouver des mots qui soient à la hauteur.

  • Pierre Samuel
    Abonné
    lundi 4 janvier 2010 06h44
    L.étrangère de l'au-delà...
    Bon voyage à cette belle bohémienne à la voix ténébreuse ! Son cri profond était celui de tous les déracinés de la terre ! Repose en paix, magnifique gitane !

  • Christiane Gervais
    Abonnée
    lundi 4 janvier 2010 08h11
    Quand les mots savent dire...
    Merci de ce touchant hommage, il rend la vérité il rend bien le coeur et la vérité de madame de Sela!

  • Sanzalure
    Inscrit
    lundi 4 janvier 2010 08h52
    La voix du coeur
    Dès la première fois où je l'ai entendue, sa voix m'a transpercé et elle résonnera encore longtemps dans le coeur de plusieurs d'entre nous...

  • Lalielm
    Inscrit
    lundi 4 janvier 2010 12h17
    Triste nouvelle des étoiles...
    Ben oui, triste nouvelle,
    le monde des artistes talentueux vient de perdre une si touchante étoile...
    Lhasa de Sela, américano-mexico-canadienne de 37 ans,
    était une belle artiste du voyage, de l'émotion, du blues, du doute
    et des cinq continents.
    Elle chantait en anglais, espagnol, français.
    Une déracinée qui se soignait par la musique et l'écriture.
    Tu l'aimais toi aussi.

    Extrait de "La Marée Haute":

    "La route chante quand je m'en vais,
    Je fais trois pas, la route se tait.
    (...)
    Sur la marée haute je suis montée,
    La tête est pleine mais le coeur n'a pas assez.
    Mains de dentelle, figures de bois,
    Le corps en briques, les yeux qui piquent.
    Mains de dentelle, figures de bois,
    Je fais trois pas... et tu es là."

    On est si triste, moi.

  • Yves Claudé
    Inscrit
    lundi 4 janvier 2010 12h58
    Querida Lhasa
    Querida Lhasa,

    Gracias por tu corazón inmenso que todavía late y para siempre en el infinito del amor que a todos diste. ¡Tu voz, tus canciones “a marea alta”, para enterrar la tristeza, para alumbrar horizontes de esperanza!

    Merci pour ton cœur immense qui bat encore et pour toujours dans l’infini de l’amour qu’à tous tu as donné. Ta voix, tes chansons « à marée haute », pour ensevelir la tristesse, pour éclairer des horizons d’espoir !

    Yves Claudé - 4 janvier 2009

  • Robert Caron
    Inscrit
    lundi 4 janvier 2010 13h35
    Une perte énorme!
    Je suis en train d'écouter son dernier CD et je relis des articles du Devoir et je réalise que son départ constitue une perte énorme pour le Québec et ailleurs (qui allaient la déccouvrir). Je l'écouterai encore longtemps...

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    lundi 4 janvier 2010 13h37
    Grand deuil.
    C'est une grande perte pour nous tous, de toutes les cultures, car elle incarnait justement la beauté que l'on peut trouver dans chacune d'elles. Ce décès prématuré nous lance un cri de mort... et de vie: il faut continuer, avec acharnement et sans répit, à combattre le cancer qui nous enlève des êtres chers bien trop tôt et bien avant qu'elles puissent mener à bien leur vocation. En sa mémoire, on peut contribuer au fonds pour combattre le cancer - sa mort nous rappelle combien c'est important.

  • Anne-Soph
    Inscrit
    lundi 4 janvier 2010 16h27
    Poussière d'étoile
    Lhasa est morte vendredi et mon corps en tremble. Cette femme est une lumière, elle a percé des âmes et fait danser des corps. Repose en paix, chère voyageuse.

  • André Bourbonnais
    Abonné
    lundi 4 janvier 2010 21h47
    Joournée
    Merci pour cette précieuse première page
    De quoi réfléchir à la fragilité.
    Très belle image choisie. Pleine de tendresse et de joie pour ce texte sensible.
    L'image et le témoignage me sont restés (et me resteront)
    gravés dans ma mémoire toute la journée

  • Geoffroi Garon
    Inscrit
    mercredi 6 janvier 2010 00h01
    Médias sociaux et rumeur
    Voici un billet qui présente l'évolution de cette rumeur devenue réalité.

    <a href="http://geoffroigaron.com/2010/01/chroniques/les-me médias sociaux et le décès de Lhasa de Sela</a>

  • Francois
    Inscrit
    jeudi 7 janvier 2010 19h06
    C'est inqiétant
    Ça soulève beaucoup de question qu'une jeune femme soit décédé d'un cancer. Je me demande quel est la cause de plus en plus de jeune gens sont atteint du cancer. La qualité de l'environnement, l'alimentation seraient- elles la cause de touts ces maux? Où est-ce seulement génétique?

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