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Vitrine du disque - 4 décembre 2009

Le Devoir   4 décembre 2009  Musique
Rock
Boni Suba
Boni Suba
La Tribu / Dep

D'emblée on se méfie. Dans le communiqué de La Tribu, qui vient de signer la jeune formation Boni Suba, composée de six Montréalais de 23 ans, il est écrit en haut de page: «Ils ne ressemblent à personne. Ils ont des choses à dire.» Deux qualités effectivement toujours recherchées... mais pas trouvées sur ce premier disque. En écoutant les quatre musiciens et les deux MC du groupe, on pense rapidement à Red Hot Chili Pepper, à du Jean Leloup époque Les Fourmis, au côté reggae d'un Paul Cargnello, au rendu rappé d'Omnikrom et consorts. Quant au propos, bof, entre quelques «heille le gros» et «yo dude», Boni Suba est, disons, davantage cégépien qu'universitaire. Ce sont des tounes de party semi-engagées, aux thèmes usés, chantées par des p'tits gars bien élevés. Le funk-rap de Boni Suba ne peut pas remplir les promesses de sa maison de disques, mais il a le mérite de soulever une grosse dose d'énergie, qui doit prendre tout son sens sur une scène.
- Philippe Papineau

***
Monde
Nha Sentimento
Cesaria Evora
Lusafrica

Si la diva aux pieds nus a souvent chanté la mer, sa musique coule depuis toujours comme un long fleuve tranquille. Parfois blues de la fatalité, fait de morna mélancolique et profonde, parfois au pas de rythmes chaloupés plus rapides sur les cadences de la coladeira, parfois avec des touches latino. Même si quelques vagues apparaissent çà et là dans le répertoire, Cesaria demeure toujours Cesaria, en toute simplicité et en donnant le temps de respirer. C'est encore le cas ici. Si Nha Sentimento est davantage ponctué de coladeiras et de toutes les teintes de musiques capverdiennes délicatement rythmées, Cize demeure en avant. Des violons orientaux ou une clarinette glissent sur le chant, un autre violon surfe en douceur sur une musique insouciante, un accordéon rappelle Madagascar, une batterie sautillante et plutôt discrète apparaît avec bonheur: rien toutefois pour perdre les repères de la grande dame. Et c'est très bien ainsi.
- Yves Bernard

***
Chanson
Six
Claire Pelletier
Ouïe-dire - Sélect

Entre ce que Claire Pelletier et son compagnon-collaborateur Pierre Duchesne veulent de la carrière de Claire Pelletier et ce que j'en souhaite, moi, il y a une distance, parfois grande. Moi, parce qu'elle peut tout chanter magnifiquement, je la veux chanteuse populaire suprême, Monique Leyrac à la place de Monique Leyrac. Ma lubie. Elle et lui suivent leur chemin, qui passait jusqu'ici par un monde de légendes médiévales et de contes anciens. Mais les voilà téléportés sur la voie goudronnée du présent, agressés comme les visiteurs du film de Poiré, réagissant au «paysage en péril» et au «lit à sec» de La Romaine. Les chansons — écrites surtout par Michel X. Côté et Sylvie Massicotte — parlent de désenchantement. Ce faisant, des arrangements neufs servent des mélodies neuves et, mine de rien, cette Claire Pelletier se rapproche de la mienne. Planétaire, mais populaire. La voix est voie d'accès, les airs pénètrent, la musique est grave et belle, et ce sixième album, à ma portée. À portée de tous, en vérité.
- Sylvain Cormier

***
Électro-Jazz
Caravan Palace
Caravan Palace
Café de la danse / Wagram Label / La Tribu / Dep

Elle s'avère lointaine l'époque où le swing dominait en roi et maître sur les planchers de danse. Avec un penchant pour le jazz manouche, le groupe français Caravan Palace, popularisé dans l'Hexagone grâce à Internet, réinvente et réinvite avec fracas le genre dans nos discothèques. Bienvenue dans un tourbillon festif où le scat côtoie le «scratch» et où le charleston se danse sous les stroboscopes. Des rythmes électro incendiaires enflamment, de la guitare pimpante à la Django Reinhardt, du violon survolté à la Stéphane Grappelli ou de la clarinette désinvolte à la Benny Goodman. Quelques mélodies se distillent plus langoureusement en un trip-hop qui, contrebasse lourde à l'appui, chatouille la nostalgie des cabarets burlesques. Certains effets peuvent être jugés racoleurs par les puristes, mais le résultat est si jouissif, si vivifiant, si euphorisant, et cet improbable mélange semble si étrangement couler de lui-même qu'on craque et qu'on se déhanche.
- Étienne Plamondon Émond

***
Classique
Schubert
Six moments musicaux. Impromptus op. 90. Allegretto D. 915. David Fray (piano).
Virgin Classics 6944890.

Ce disque prêtera assurément à controverse. David Fray n'est pas un artiste middle of the road. On l'avait compris lors du concours de Montréal, où il avait glané le 2e prix. Curieusement, Virgin a tenté de positionner ce grand romantique comme un spécialiste de Bach. Ce nouveau CD, enfin consacré à Schubert, sera donc une révélation pour beaucoup. L'approche des Moments musicaux n'est absolument pas celle que je préconise ou ressens, mais elle est tellement bien réalisée que je me rends: chapeau l'artiste! La musique de Schubert devient ici le reflet d'une âme torturée. Fray tend à creuser, voire à déconstruire, la musique dans une démarche exploratoire. Pour soutenir un tel pari, il faut avoir quelque chose de plus: un toucher riche, un sens du son et de la résonance. Et c'est là que David Fray marque son territoire. Cette magie romantique scrutatrice s'écoute en silence à la lueur de la bougie, au coin du feu... Elle devient alors hypnotique et poignante.
- Christophe Huss

***
Classique
Adams
Doctor Atomic Symphony (2007)
Guide to Strange Places (2001)
Orchestre symphonique de St. Louis, David Robertson. Nonesuch 468220-2.

Il a réussi! Lors d'un entretien accordé au Devoir au début de l'année, John Adams avait parlé de cette Doctor Atomic Symphony, tirée de l'opéra et dont il n'était pas satisfait dans sa configuration initiale. D'une partition de 45 minutes, il avait tiré, lors d'une révision, un condensé de 25 minutes. «Et je crois que ça marche!», nous avait-il dit. Rassurez-vous, John Adams, et réjouissez-vous, mélomanes: ça marche très bien. Articulée en trois volets enchaînés, la Doctor Atomic Symphony est fidèle à l'atmosphère de suspense oppressant de l'opéra. La grande idée du compositeur est d'avoir compris que la fin de l'opéra (un compte à rebours) ne ferait pas une bonne conclusion de symphonie. Il bâtit donc le troisième volet autour du thème du grand monologue de son caractère principal. L'oeuvre est un coup au plexus, une grande oeuvre orchestrale, où Adams met de l'eau dans son vin répétitif. La partition en complément est plus attendue mais efficace.
- Christophe Huss
 
 
 
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