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Musique classique - Evgueni Koroliov, aux prises avec la musique

Christophe Huss   4 décembre 2009  Musique
Le pianiste Evgueni Koroliov est un de ces artistes qui vous invitent à les rejoindre dans leur monde.
Photo : Festival Bach
Le pianiste Evgueni Koroliov est un de ces artistes qui vous invitent à les rejoindre dans leur monde.

À retenir

    • Variations Goldberg. Collège Marianopolis. 4873, avenue Westmount, à 19h30. 514 843-3414.
    • Vient de paraître en DVD: Les Variations Goldberg (2008). Medici Arts 2057238 (distr. Naxos)
    • Trois CD Bach: Suites françaises et L'Art de la fugue chez Tacet, Inventions et Sinfonies BWV 772-801 chez Haenssler.
Le Festival Bach, qui tire à sa fin, accueille ce soir un artiste rare et précieux: le pianiste Evgueni Koroliov.

Seront-ils là ce soir, au concert des Variations Goldberg par Evgueni Koroliov, ceux qui criaient «youpi» il y a 15 jours, en s'esbaudissant devant les prouesses digitales de Lang Lang? Sans doute non. Tout comme il y a peu d'accros d'Occupation double qui suivent religieusement les entrevues de l'émission Contact de Stéphan Bureau. Après tout, c'est la même discipline — du piano dans un cas, de la télévision dans l'autre —, mais ce n'est tout simplement pas la même chose.

Interrogé par Le Devoir quant à savoir s'il se considère comme un artiste exigeant à écouter, Evgueny Koroliov n'élude pas la question: «Ce que je sais, c'est que lorsque j'arrive sur scène, j'ai une énorme tâche à accomplir. À ce moment-là, je n'ai pas d'énergie pour tenter de séduire ou charmer; je suis aux prises avec la musique, cela m'accapare totalement et je le prends très au sérieux. Le public le sent et le respecte et, à la fin, il me remercie d'avoir mené ce combat pour la musique.» Koroliov consent que «cela demande sans doute un peu plus de concentration», mais s'amuse en lâchant: «Mais, au fond, qu'en sais-je, je ne suis pas mon public!»

Cet ascète, né en 1949, est en quelque sorte l'anti-Lang Lang par excellence, un de ces artistes qui, comme Brendel ou Arrau, vous invitent à les rejoindre dans leur monde; un monde de maîtrise et d'emprise intellectuelle et digitale absolue. Ce n'est pas pour rien, non plus, que nous nous sommes alors demandé s'il jouait souvent des concertos, en anticipant la réponse: «L'orchestre rajoute une problématique, car il faut trouver une langue musicale commune avec le chef. Je joue des concertos de temps en temps, mais ce n'est pas mon rêve de me produire avec orchestre.» Koroliov ne lâchera aucun nom de chef avec lequel il se sent à l'aise, mais avoue qu'il aime les grands concertos de Bach, de Mozart et de Beethoven, ainsi que le 1er de Brahms et le 3e de Bartók.


Bach, le compagnon

Bach est sur son chemin depuis longtemps. C'est dans Bach qu'il connut la notoriété, lancée par l'affirmation du compositeur György Ligeti: «Si je ne pouvais avoir qu'une seule oeuvre avec moi sur une île déserte, je choisirais L'Art de la Fugue de Bach de Koroliov, car si j'étais seul, mourant de faim et de soif, c'est ce disque que j'écouterais en boucle jusqu'à mon dernier soupir.» On se doute que l'aura d'une telle caution a beaucoup joué. On a retrouvé cette concentration, cette maîtrise de la forme, cette densité dans les Variations Goldberg, Le Clavier bien tempéré et des Suites françaises alliant simplicité et raffinement extrême.

Bach valut à Koroliov une autre rencontre, alors qu'il était étudiant à Moscou. L'immense Maria Yudina avait entendu parler de ce jeune pianiste qui s'intéressait à Bach. «Je n'ai pas été à vrai dire son élève. Elle en eut peu d'ailleurs, car chaque fois qu'elle avait une position officielle, elle ne la gardait pas longtemps, pour des raisons politiques, car elle était une croyante déclarée, ce qui n'était pas bien vu du temps de Staline.»

Aux yeux de Koroliov, Yudina «n'a jamais changé; elle était vraie, authentique, dans la vie comme dans son jeu. Sa pensée pouvait être géniale ou absurde, mais elle y croyait.» Ses contacts avec elle étaient autant des entretiens que des leçons particulières, des rencontres gardées secrètes.

De Yudina interprète de Bach, Koriolov préfère Le Clavier bien tempéré et la Fantaisie chromatique et fugue. Il révère ses enregistrements de sonates de Beethoven. C'est un grand monsieur, avec une histoire, qui nous visite ce soir.
 
 
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