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    Musique classique - Lang Lang face à Beethoven

    23 novembre 2009 |Christophe Huss | Musique
    Concert hors sériIe

    Beethoven: Sonates pour piano n° 3 et 23 «Appassionata». Albéniz: Iberia, livre I. Prokofiev: Sonate pour piano n° 7. Lang Lang (piano). Théâtre Maisonneuve, dimanche 22 novembre 2009. Diffusion sur Espace musique le 11 janvier.
    Les errances stylistiques du concerto de Prokofiev m'as-tu-vu et à l'eau de rose par Lang Lang il y a quelques jours à l'OSM ne m'inquiétaient pas outre mesure en vue du récital hors série présenté hier.

    Le fait de voir au programme les Sonates n° 3 et 23 de Beethoven me laissait présumer que l'ombre de Daniel Barenboïm, le mentor caché du pianiste chinois, auquel on doit probablement le meilleur de ce que l'on a entendu sous les doigts du jeune prodige, avait sans doute un rôle quelconque dans l'élaboration ou la préparation du récital.

    Barenboïm, plus que tout autre pianiste, a perçu que le mouvement lent prophétique de la 3e Sonate, opus 2 n° 3, est le premier grand chef-d'oeuvre de Beethoven. Pour un jeune pianiste, programmer la 3e Sonate est un acte rare; il faut avoir été initié. Je n'ai pu me défaire de l'impression que ce que j'ai entendu hier avait beaucoup à voir avec la vision du maître, notamment cette densité, ce soutien du son, cette manière de ne pas surjouer les oppositions dynamiques et ce tempo lancinant et concentré de l'Adagio.

    L'Opus 2 n° 3 préfigure même dans son Finale les ballades viennoises chères à Schubert. Beaucoup d'auditeurs ont dû découvrir hier la portée de cette sonate, comme Barenboïm m'avait ouvert les yeux en 1995 à la Cité de la Musique à Paris. Lang Lang l'a traduite avec son lot de prémonitions.

    L'Appassionata, aussi, tranchait, par sa tenue rythmique et le dosage des crescendos avec les indulgences que le pianiste s'était permises en concerto. Par contre, je n'ai pas été convaincu par le 2e mouvement, trop lent pour un Andante con moto. Le Finale fut spectaculaire, mais avec quelques «gestes pianistiques». Lang Lang, quand il se lâche et prend du plaisir, commence à taper du pied gauche. Dommage, car la technique éblouit.

    Faillite dans Albeniz

    Iberia est aussi une oeuvre chérie de Barenboïm. Lang Lang se penche sur le premier Livre. Mais il passe à côté, par excès de trituration. En quête d'un impressionnisme qui ne se dessine pas, il ne peut maintenir la ligne d'Evocación, trop distendue. Le Théâtre Maisonneuve, très sec, n'est pas la salle idéale pour ce répertoire, mais Marc-André Hamelin s'en était bien mieux sorti. Lang Lang ne crée pas les atmosphères de Triana et se met à parasiter El Corpus en Sevilla d'emblée avec des rubatos dans la marche.

    La grande surprise du récital est donc la faillite du pianiste dans la création des atmosphères d'Albeniz, mais aussi le fait que sa vélocité, dans la Sonate Appassionata comme dans la 7e Sonate de Prokofiev, est associée à un son plus vertical et moins massif que ce qui était espéré. Prokofiev fait se lever le public, mais Evgueni Sudbin, à Pro Musica en avril dernier, était plus dense, plus sardonique, plus évocateur (cf. le glas du 2e mouvement) et plus impressionnant.

    D'où une question: ce public en liesse, qui remplit Maisonneuve comme un oeuf et s'extasie à qui mieux mieux, où est-il quand Pro Musica invite Sudbin ou Hamelin? Sera-t-il là quand Denis Matsuev jouera le 3e Concerto de Rachmaninov le 14 mars avec Gergiev? Lang Lang n'est pas le seul prodige de la planète, mais il est assurément le mieux promu. Ça, on l'a compris cette semaine!












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