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Musique classique - L'opéra sacré de Bach

Christophe Huss   21 novembre 2009  Musique
Mardi, Kent Nagano ouvre le Festival Bach avec la Passion selon saint Mathieu
Photo : Baptiste Grison
Mardi, Kent Nagano ouvre le Festival Bach avec la Passion selon saint Mathieu

À retenir

    • LA PASSION SELON SAINT MATTHIEU
    • Avec Mojca Erdmann (soprano), Ingeborg Danz (mezzo), Christoph Prégardien (ténor), Tyler Duncan (baryton) et Reinhard Hagen (basse), le Choeur de l'OSM, le Choeur des enfants de Montréal, l'Orchestre symphonique de Montréal, sous la direction de Kent Nagano.
    • Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 24 et mercredi 25 novembre à 19h30.
    • À écouter:
    • Sur instruments anciens: Gustav Leonhardt, Deutsche Harmonia Mundi; Ton Koopman, Erato (Warner) et Nikolaus Harnoncourt (version 2001), Warner.
    • Sur instruments modernes: Peter Schreier et la Staatskapelle de Dresde, Philips.
C'est un monument de l'histoire, de la musique que dirigera Kent Nagano mardi en ouverture du Festival Bach: la Passion selon saint Matthieu.

Aucune source de l'époque ne nous informe sur la création de la Passion selon saint Matthieu. Les spécialistes ne s'entendent même pas sur la date. Celle de 1729 a été souvent citée, mais beaucoup pensent aujourd'hui que l'oeuvre a été jouée le Vendredi saint de l'année 1727.

Toutefois, le fait le plus important est bien que cette partition de trois heures est sans équivalent dans l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach, non seulement par sa durée, mais aussi par son ampleur sonore et des procédés d'écriture. Un seul exemple: les paroles prononcées par Jésus sont traitées en un récit instrumenté, avec des instruments à cordes, alors que le récit de l'évangéliste est soutenu par la traditionnelle basse continue. Le musicologue Jacques Chailley effectue ici très judicieusement le rapprochement avec le traitement des personnages sacrés à l'opéra.

Chailley s'est par ailleurs attaché à rechercher une symbolique des nombres dans cette oeuvre, avançant que «Bach enrichit ses ariosos d'une signification symbolique en comptant soigneusement pour chacun le nombre de notes de leurs basses continues, et fait systématiquement en sorte que ce nombre corresponde exactement à la référence d'un psaume approprié au texte».

Une telle analyse, intellectuellement fascinante mais sans conséquence sur la perception musicale, dépasse évidemment le cadre de cette présentation.

Un récit dramatique et poétique

Si la Passion selon saint Matthieu est plus longue que la Passion selon saint Jean, c'est aussi parce que le texte de Matthieu est plus développé que celui de l'évangile de Jean.

Au texte évangélique s'ajoute un texte écrit par un librettiste nommé Picander. Ce procédé se rattache à la tradition du traitement poétique du sujet de la Passion du Christ, dont le plus connu, avant Bach, est celui de Barthold Heinrich Brockes, mis en musique par Haendel, Telemann et Keiser et utilisé par Bach lui-même dans la Passion selon saint Jean.

Le texte de la Passion selon saint Matthieu est donc particulier, alternant ces textes poétiques créés par Picander, les passages évangéliques et des chorals. La fonction des chorals est de donner le commentaire de l'humanité chrétienne sur l'action en train de se dérouler (C'est moi qui devrait expier; Homme, pleure sur ton péché; Que ce châtiment est étrange, etc.)

La particularité de la Passion selon saint Matthieu est le double choeur. Chaque choeur est associé à un orgue, ce qui correspond à la configuration de l'église Saint-Thomas de Leipzig, avec deux instruments placés à droite et à gauche des fidèles. L'effet stéréophonique est donc aussi important dans la Passion selon saint Matthieu que l'effet quadriphonique des groupes de cuivres dans le Requiem de Berlioz, joué en septembre dernier. On notera que ce jeu spatial est plus marqué dans cette Passion que dans les oeuvres sacrée composées par des compositeurs italiens pour la basilique Saint-Marc de Venise, car, ici, l'auditoire était littéralement pris en sandwich entre les sources sonores.

On notera également que Bach avait rassemblé tous les musiciens qu'il avait pu trouver à Leipzig, comme Haydn le fit plus tard à Londres. Cette considération permet de mettre un sérieux bémol sur les tentatives d'exécutions «minimalistes» de la partition.

La Passion selon saint Matthieu de Bach est à la fois un sommet et un aboutissement du genre, puisque l'usage liturgique de passions en musique est tombé en désuétude peu après. L'oeuvre de Bach elle-même fut oubliée, jusqu'à sa résurrection, un siècle plus tard, sous la direction de Félix Mendelssohn. La vraie popularisation au XXe siècle est le fait des grands chefs, tels Wilhelm Mengelberg à Amsterdam (qui la programmait chaque année) et Wilhelm Furtwängler à Berlin.

Un festival

Les concerts de mardi et mercredi ouvrent le troisième Festival Bach de Montréal, qui se tiendra du 24 novembre au 5 décembre. Cette édition se signale par la présence du prestigieux porte-parole et parrain de l'événement, Ton Koopman. On l'entendra jouer L'Art de la fugue au clavecin avec sa femme, Tini Mathot, dimanche 29 novembre, et donner un récital d'orgue le lendemain. Koopman et Mathot se produiront en soliste à l'OSM, dans le Concerto pour deux clavecins de Carl Philip Emanuel Bach, mardi et mercredi de la semaine prochaine.

Parmi les autres événements du festival, nous avons déjà souligné la venue du pianiste Evgueni Koroliov dans les Variations Goldberg, celle de l'Akademie für alte Musik Berlin en clôture de la manifestation, le 5 décembre, ainsi que la présentation de la Messe en si par l'ensemble Caprice dans un endroit pour le moins inattendu: la fonderie Darling. Cela se passera le 3 décembre.

Lors de la présente semaine, après les deux concerts de l'OSM, mardi et mercredi, nous pourrons entendre les six Concertos brandebourgeois par l'Orchestre de chambre McGill jeudi et un concert Haendel des Idées heureuses vendredi.

Attention: les concerts de la Passion selon saint Matthieu débutent à 19h30.

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  • Louis-Marie Papineau-Leroy
    Inscrit
    jeudi 26 novembre 2009 18h17
    La disposition des choeurs à Saint Marc
    Je me demande quelle source permet au journaliste C.Huss d'écrire que le public original des "sacrae symphiniae" n'était pas " pris en sandwich" (belle expression !) lui aussi (par les choeurs notamment). Connaîtrait-il une source musicologique qui fait autorité de manière unanime ou ne fait-il alors que nous dévoiler son opinion, laquelle, dans le contexte, donne à Bach un mérite inédit.

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