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Vitrine du disque - 20 novembre 2009

Chanson
Chants de Plume
Les Denis Drolet
Spectra Musique /Sélect

Les brunâtres Denis Drolet qui enregistrent sur disque du Plume Latraverse? Oui, pourquoi pas. Grands fans du chanteur à la fois irrévérencieux et romantique, les deux humoristes ont chanté le pilier de la chanson québécoise sur scène à quelques reprises, dont aux dernières FrancoFolies. Sur Chants de Plume, les Denis Drolet ne font pas de blagues ni de sketchs, et ne se risquent pas dans l'adaptation ou le remodelage. Ils offrent plutôt des interprétations extrêmement fidèles des 12 pièces originales choisies — même la présentation graphique mime les derniers albums de Plume. Mêmes solos de guitare, même son de clavier, mêmes cris aux mêmes endroits. Chants de Plume n'est toutefois pas une compilation des tubes de Plume — pas de Bobépine, rien de Pommes de route — et mélange quelques titres plus connus (Rideau, Léon le caméléon, Chambre à louer) à d'autres plus obscurs (Mémoire courte, Bonne soirée, La Fête du mort). Voyons ça comme une main tendue à un public néophyte: des fois, ça prend un coup de main.
-Philippe Papineau

***
Folk-pop

The Fall
Norah Jones
EMI/Blue Note

C'est bien Norah Jones qu'on entend là, jolie voix perchée sur une rythmique pop imparable déployée à coups de basse électrique, de Wurlitzer et de synthétiseurs subtils, dans Chasing Pirates? Cheveux courts ou pas, le minois confirme. Avouons un étonnement positif, qui persiste tout au long de ce quatrième album, que l'artiste présente comme celui d'une transition. Car voilà le premier disque post-Lee Alexander pour Norah Jones, qui a quitté son amoureux, réalisateur et coauteur, après sept ans. Les textes de The Fall témoignent donc de ce chagrin d'amour. Mais plus largement, c'est d'une certaine rupture d'avec Norah Jones dont il est question: finies, les ballades au piano mâtinées de jazz. Nous sommes ici dans une forme d'expression qui touche davantage au rock délicat, à la pop, au folk et au country... Et c'est brillant. Bien fait, bien réalisé (Jacquire King — Tom Waits —), bien campé. Le disque d'une artiste qui a survécu à un succès monstre, qui n'a pas craint d'oser et qui s'en tire avec tous les égards.
-Guillaume Bougault-Côté

***
Folk-rock
The thigs we left behind
Blue Rodeo
Warner

Comment rafraîchir la proposition quand on est Blue Rodeo, qu'on a 25 ans de folk-rock dans les bottes et que les fans pareillement vieillissants se contenteraient volontiers de «more of the same»? En n'étant pas chiche: en 16 titres et 84 minutes de musique répartis sur deux disques, il y a le temps d'explorer l'inexploré, d'approfondir l'effleuré, mais aussi de piétiner ses propres platebandes. Ainsi obtient-on un bel orchestre en plus pour All the Things that Are Left Behind, des solos de guitare à rallonge pour l'incorrigible et parfois très inspiré Greg Keelor (l'électrique Venus Is Rising, l'acoustique Million Miles), les ajouts d'amis d'autres groupes canadiens (la flûte de Julie Fader des Great Lake Swimmers, par exemple, très planante dans You Said) et des variantes de tout ce qu'on a déjà aimé: du néo-Byrds avec ça d'épais d'harmonies (Never Look Back), du country-folk panoramique (Dont' Let the Darkness In Your Head), du Jim Cuddy incurablement pop (One More Night). Impossible d'exiger plus.
-Sylvain Cormier

***
Classique
Schumann
Quintette avec piano. Quatuor op. 41 n° 3. Marc-André Hamelin (piano), Quatuor Takács. Hyperion CDA 67631 (SRI).

Nouvelle association entre les Takács et Marc André-Hamelin, après leur rencontre musicale dans le cadre de l'intégrale Brahms. Ce très beau couplage de grandes ¶uvres chambristes de Schumann propose une version peu orthodoxe du fameux Quintette opus 44. Alors que les interprètes jouent en général le jeu de la gravité et d'une certaine épaisseur de son, l'approche d'Hamelin et des Takács est très droite, allante, presque sèche. Ce n'est pas tant la marche qui est plombée par l'ombre de la mort (ce mouvement sublime est un double hommage à la Marche funèbre de l'Héroïque de Beethoven et au Trio op. 100 de Schubert) que le second thème qui apparaît, frêle et vibré, comme illuminé dans une clairière. C'est dans la section Agitato qui suit que le pianiste québécois et les Takács donnent tout. La singularité de cette vision mérite l'intérêt des amateurs.
-Christophe Huss

***
Monde
Balkan Dance
Les Gitans de Sarajevo
Indépendant

Ils ont dans leur groupe l'histoire qui crée les légendes. Deux amis d'enfance de Sarajevo, séparés par la guerre, se retrouvent par hasard à Montréal sans savoir que l'autre habite ici. Parce que les Roms symbolisent la neutralité, ils adoptent leur répertoire, rassemblent des musiciens des Balkans et du Québec en démontrant que la musique réussit là où la politique échoue, sur le territoire de la paix interconfessionnelle. Quatre disques plus tard, les Gitans d'âme viennent de renforcer une section de cuivre comprenant maintenant trompette, saxo et tuba, en plus de donner la priorité au groove, d'où le nom de l'album. De la bonne grosse basse funky plus en évidence que jamais qui fait sautiller encore plus les rythmes asymétriques, de courts solos avec de fréquentes interactions, du chant qui bluese la cadence frénétique ou l'inverse et même une touche de flamenco dans la fête au village: le groupe est plus vitaminé que jamais.
-Yves Bernard

***
Chanson-Jazz
Toujours dimanche
Sophie Lemaire
Musinfo

Ce n'est pas qu'on s'ennuie en écoutant Toujours dimanche, mais on attend le lundi avec une certaine impatience. La voix de Sophie Lemaire est chaude et feutrée, et elle s'harmonise avec la couleur jazz qu'elle a choisi d'explorer dans ce premier album. On peut cependant regretter le fait que les pièces mettent peu en avant l'organe de cette chanteuse de formation classique, que l'on imagine puissant. Il y a trop de soupirs dans cette galette essentiellement composée de ballades. Pourtant, le talent de cette auteure-compositrice-interprète ne fait aucun doute. Sophie Lemaire a été sélectionnée par l'Opéra de Montréal pour participer à Apéro à l'Opéra et suivre une formation de plusieurs semaines au terme de laquelle les deux meilleurs candidats grimperont sur la scène de la Place des Arts. Elle ose prendre des risques et on lui souhaite de faire partie des finalistes.
-Yasmine Berthou
 
 
 
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