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    Entrevue avec Isabelle Boulay - Du sucre à la crème sur la table (tournante)

    20 novembre 2009 |Sylvain Cormier | Musique
    Chansons pour les mois d’hiver, d’Isabelle Boulay, est un album pour avoir un peu plus chaud quand il fait froid.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Chansons pour les mois d’hiver, d’Isabelle Boulay, est un album pour avoir un peu plus chaud quand il fait froid.
    Au recto de la pochette, il y a le titre, Chansons pour les mois d'hiver, et le nom de la chanteuse: Isabelle Boulay. En fond, très discrètement, texture sépia, l'évocation de sapins. Dans le livret, de même facture, les textes, les crédits. Zéro photo. Nulle part la belle Isabelle souriant à belles dents. «C'était pas nécessaire», laisse-t-elle tomber, de son côté d'une grande table à manger de l'auberge Saint-Gabriel. «C'est pas que je trouve que le monde m'a assez vue. Je vais être sur la pochette de mon prochain album. Ce disque-là, c'est comme du sucre à la crème. Du chocolat chaud. C'est comme quand tu donnes des biscuits ou des bonbons aux patates. Tu mets pas ta photo dessus. Tu veux juste que ce soit bon, et puis que ça fasse du bien aux gens.»

    L'album réconfort. Une nouvelle sorte de disque pour la saison d'hiver. Il y a des disques de Noël, les faciles avec le beau sapin roi des grelots et autres petits papas au nez rouge, et les moins faciles parce que dénichés dans les tréfonds de la mémoire chansonnière, Le Premier Noël de Claire Pelletier, par exemple. Il y a, rareté, l'album de nouvelles chansons de Noël: celui de Maryse Letarte, Des pas dans la neige. Il y a parfois des albums de chansons qui célèbrent l'hiver, nomment l'hiver. Et dorénavant, il y a celui-là. Pas un album de berceuses, même si ça berce. Pas un album qui donne envie d'aller jouer dans la neige non plus, même si ça doit être particulièrement bon à écouter après.

    Chansons pour les mois d'hiver est un album pour avoir un peu plus chaud quand il fait froid. Un album pour se blottir. S'envelopper dedans. C'est l'album d'Isabelle Boulay la maman du petit Marcus, un an. L'album de gros bon sens d'une mère comblée: puisqu'elle ne nous laissera pas prendre le petit Marcus dans nos bras à tour de rôle, elle offre à la place un album de chaleur humaine. «Pour se réchauffer quand c'est l'hiver dehors, mais pas seulement ça. C'est la saison que le coeur traverse. Un coeur en hiver.» En France, la compagnie de disques n'a pas trop compris: l'hiver chez vous n'est pas l'hiver chez nous, lui a-t-on signifié. «Je suis têtue. Ça va sortir quand même, en édition limitée. Je leur ai dit que L'Été indien de Joe Dassin, c'est pas juste bon pendant l'été indien!»

    Un titre de Chansons pour les mois d'hiver dit précisément ça: le Hors-saison de Francis Cabrel. Ça parle de la saison morte dans une station balnéaire. Au figuré, de la morte saison de l'âme. Valable à longueur d'année. C'est vrai de tous les choix d'Isabelle pour l'album: la Marie-Noël de Claude Gauthier et Charlebois, l'immortelle Je reviens chez nous de Ferland, L'Amitié, avec sa «saison des amitiés sincères» que chantait Françoise Hardy, ont la même fonction que Tennessee Waltz, le succès de Patti Page, la même intention que Schefferville, le dernier train, la chanson la plus terriblement triste et belle du catalogue de Michel Rivard. «Nourrir la flamme. Maintenir en vie.»

    Isabelle Boulay s'est extirpé tout le Patsy Cline du fin fond d'elle-même pour interpréter Schefferville. C'est toute sa Gaspésie, du Chandler de la Gaspésia au Murdochville de la mine, qu'elle se sort du corps. «Je prenais l'autobus scolaire pour aller à la polyvalente. J'entre dans l'autobus, il y a une nouvelle personne assise à ma place. Je m'assois à côté. Elle dit: "Je m'appelle Francesca Blouin, pis j'arrive de Schefferville." La chanson de Michel, pour moi, c'est elle. Et c'est la Gaspésie aussi. Des déplacés de villes qui ont fermé, y en a eu chez nous. En racontant leur histoire, la chanson fait mal, mais elle réconforte. Elle est nécessaire.»

    Le mot revient. Nécessaire. «J'ai posé la question autour de moi avant de faire le disque. Est-ce que c'est vraiment pertinent, ou c'est juste moi qui pense que ça peut être bon? J'ai pas besoin de me plaire à moi-même. J'aime ça, chanter, physiquement, mais j'ai juste à rester chez nous et chanter à Marcus, c'est correct. Dans ma carrière de chanteuse, plus ça va et plus j'ai le souci des gens. Sans prétention aucune, il faut que ça fasse du bien aussi à d'autres que moi.»

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    Chansons pour les mois d'hiver

    Isabelle Boulay

    Chic musique/Audiogram - Select












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