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Écrire, un geste naturel

À 19 ans, Olivia Tapiero capte le malaise qui l'entoure pour en faire un roman

Frédérique Doyon   14 novembre 2009  Musique
Olivia Tapiero a écrit son premier roman Les Murs d’un trait, à l’âge de 17 ans. Le livre a été salué par le prix Robert-Cliche.
Photo : Olivier hanigan
Olivia Tapiero a écrit son premier roman Les Murs d’un trait, à l’âge de 17 ans. Le livre a été salué par le prix Robert-Cliche.
On ne décide pas d'écrire un livre; on le constate une fois qu'il est fait. À peu de choses près, ce sont là les paroles déjà pleines de sagesse de la jeune auteure Olivia Tapiero, qui vient de publier chez VLB son premier roman.

Elle a écrit Les Murs d'un trait, en quelques mois, à 17 ans, pour en retravailler la forme pendant un an et demi. Une auteure naturelle, quoi, née de l'appel pressant de la littérature qui la tenaille depuis l'âge de 12 ans.

«Je l'ai réalisé à la fin: tiens donc, j'ai fait un roman. Mais je ne savais pas vraiment c'était quoi l'idée au départ...», dit-elle avec une timidité charmante et un léger accent français, hérité de ses parents franco-algériens-marocains.

Salué par le prix Robert-Cliche, ce roman entraîne le lecteur dans la tête d'une jeune femme déterminée à mourir, alors qu'elle est ballottée d'un hôpital à l'autre. Un sujet grave qu'elle jure ne pas avoir prémédité, bien qu'elle ait fait des recherches sur les milieux hospitalier et psychiatrique, alors qu'elle peaufinait la forme et la structure de son livre.

«C'est un malaise que je sens autour de moi; le roman est sorti de ce malaise», explique-t-elle. Loin d'elle aussi la prétention de maîtriser un sujet beaucoup plus grand qu'elle et de poser un regard moralisateur. «Je pense que les romans ne doivent pas l'être, ils le deviennent par la lecture peut-être.»

Et ce malaise déborde le penchant suicidaire qui terrasse les adolescents, ses pairs au moment d'amorcer l'écriture des Murs, pour rejoindre un mal de vivre plus profond et généralisé.

«Il y a un malaise avec le suicide mais aussi avec le langage — mon personnage ne croit pas aux mots — et dans les relations humaines. Et c'est une désillusion totale qu'on vit en même temps historiquement, avec une perte des idéaux, une chute de l'absolu.»

D'ailleurs, son héroïne est-elle vraiment suicidaire? On comprend qu'elle a tenté le coup fatal plus d'une fois, mais son désir de mourir va plus loin que sa propre mise à mort individuelle. Sa violence mentale est tournée vers la vie et toutes ses manifestations: l'émotion, la relation à l'autre, le plaisir de manger, de nommer les choses, la chaleur, la couleur. On ne saura jamais le nom de l'(anti)héroïne, ni celui des personnages qui l'entourent (sa mère, Dr G, l'Anorexique ou Cancer), ni l'histoire d'avant, les raisons qui motivent ce choix fatal, outre la haine de son corps, de sa chair et de tout ce qu'ils exhalent.

«Mon personnage, je ne voulais pas qu'elle ait de diagnostic, dit-elle. Pour moi, elle refuse la vie et ça se manifeste par une envie de mourir et un problème avec le corps (parce que la vie, c'est le corps), un refus des relations humaines (parce que la vie, c'est l'autre aussi). Et toutes ces manifestations font ce qu'on peut appeler des cas, des maladies, jusqu'à la maladie psychiatrique.»

Pas naïve la jeune femme qui entame son baccalauréat en littérature après une mineure en philosophie. Elle admet avoir carburé aux ouvrages de Sartre, de Bataille et de Platon pendant la rédaction de son roman. Une nourriture théorique qu'on sent dans la rationalité implacable de son personnage, dont le suicide si férocement souhaité prend une tournure quasi philosophique — et donc un peu désincarné.

Après ses tentatives de publication ratées du côté des éditeurs français («Syndrome du colonisé!», lance-t-elle en souriant), elle croyait plus ou moins à ses chances de remporter le prix Robert-Cliche. Mais peu importe, le processus de l'écriture était enclenché. Elle oeuvre déjà à un prochain titre, dont la gestation s'annonce beaucoup toutefois plus capricieuse. Indomptable écriture...






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