Coup de coeur francophone -- Jérémie Kisling au Lion D'Or - Le coeur pur du chanteur suisse
Quelque chose comme Tintin au Tibet à lui tout seul, version suisse romande. Un coeur pur. Un peu Tintin à la rescousse, un peu Tchang abandonné, un peu Haddock pour les gags salutaires, un peu le Yéti qui pleure à la fin. Il était un peu tout ça, Jérémie Kisling, hier au Lion D'Or, alors qu'il se produisait seul au piano ou à la guitare électrique (à un duo près avec Gaële), précédant en première moitié de programme double le groupe belge Suarez (toutes mes excuses à Suarez: j'écris ces lignes pendant leur spectacle, c'est la tombée qui leur tombe dessus). Surtout quand il a chanté J'ai mal.
C'est l'une des admirables chansons tristes du nouvel album de Kisling, son troisième, Antimatière. Une chanson terrible, une chanson d'homme en détresse comme un enfant: «Venez me porter / Faut me emmener / Loin de moi». Il n'y a pas que des chansons tristes sur Antimatière, mais ça a failli: les dernières années ont été crève-coeur pour Jérémie, tellement dépité par le (relatif) échec en France du précédent album, Le Ours, qu'il a pensé quitter le métier. Et puis non, la joie est revenue dans les chansons, entière comme le désespoir, et l'album se promène, bipolaire et extrême, entre les deux états.
Le spectacle aussi, à cela près qu'il est aussi marrant que bouleversant, le Lausannais: un instant il commente l'actualité locale («Vaccin? Pas vaccin? J'ai fermé la télé à l'hôtel.»), l'autre il évoque «des jours comme ça où j'ai l'impression d'avoir dix ans de plus que moi». Alors on rit et puis on pleure, et on trouve ça beau tout le temps. L'écriture est exquise à tous les détours, justesse de ton rimant avec délicatesse d'intention, et les mélodies passent le plus clair de leurs mesures à chavirer de majeur en mineur. La voix est caresse et plainte à la fois, quelque part entre le Bruce Huard de L'Amour s'en va et le Gilbert O'Sullivan d'Alone Again (Naturally). Douceur et douleur.
Jérémie semblait hier bien réconforté à l'idée que nous l'aimons toujours autant, et ce Lion D'Or plein de fidèles redoublait d'ardeur à l'étreindre, célébrant les chansons déjà chéries (Teddy Bear, Le Ours et la hirondelle, Tu guides mes pas, Carambar) avec le même abandon que les belles nouvelles, l'animalière Le Bec dans l'eau, l'insondable Antimatière, et même Par-dessus la terre, où Kisling incarne un Dieu le père bien malheureux. Puissions-nous déteindre. À lui le Québec, à lui la France!
C'est l'une des admirables chansons tristes du nouvel album de Kisling, son troisième, Antimatière. Une chanson terrible, une chanson d'homme en détresse comme un enfant: «Venez me porter / Faut me emmener / Loin de moi». Il n'y a pas que des chansons tristes sur Antimatière, mais ça a failli: les dernières années ont été crève-coeur pour Jérémie, tellement dépité par le (relatif) échec en France du précédent album, Le Ours, qu'il a pensé quitter le métier. Et puis non, la joie est revenue dans les chansons, entière comme le désespoir, et l'album se promène, bipolaire et extrême, entre les deux états.
Le spectacle aussi, à cela près qu'il est aussi marrant que bouleversant, le Lausannais: un instant il commente l'actualité locale («Vaccin? Pas vaccin? J'ai fermé la télé à l'hôtel.»), l'autre il évoque «des jours comme ça où j'ai l'impression d'avoir dix ans de plus que moi». Alors on rit et puis on pleure, et on trouve ça beau tout le temps. L'écriture est exquise à tous les détours, justesse de ton rimant avec délicatesse d'intention, et les mélodies passent le plus clair de leurs mesures à chavirer de majeur en mineur. La voix est caresse et plainte à la fois, quelque part entre le Bruce Huard de L'Amour s'en va et le Gilbert O'Sullivan d'Alone Again (Naturally). Douceur et douleur.
Jérémie semblait hier bien réconforté à l'idée que nous l'aimons toujours autant, et ce Lion D'Or plein de fidèles redoublait d'ardeur à l'étreindre, célébrant les chansons déjà chéries (Teddy Bear, Le Ours et la hirondelle, Tu guides mes pas, Carambar) avec le même abandon que les belles nouvelles, l'animalière Le Bec dans l'eau, l'insondable Antimatière, et même Par-dessus la terre, où Kisling incarne un Dieu le père bien malheureux. Puissions-nous déteindre. À lui le Québec, à lui la France!
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