Télévision - Félix par Félix
À retenir
- Félix
- Artv
- Dimanche 25 octobre à 19h
En mars dernier, lorsque le vétéran réalisateur Jean-Claude Labrecque a présenté son plus récent documentaire dans le cadre du Festival international du film sur l'art, le titre était plus long, d'intention manifestement poétique: Félix Leclerc, pieds nus dans l'aube. Pour sa première diffusion à la télé, dimanche à l'enseigne d'Artv, Labrecque a remodelé sa figure de proue, allant à l'essentiel: Félix. Tout court. Et tout plein. C'est mieux, je trouve, car ce film, c'est littéralement Félix par Félix.
Certes, il y a de l'habillage, il y a Labrecque qui est allé tourner des plans magnifiques à l'île d'Orléans, à la maison de Vaudreuil, à Québec, il y a même des reconstitutions dont je me serais franchement passé — un acteur joue le présentateur de Félix à l'ABC de Paris en 1950, un autre incarne un forgeron sorti de l'enfance à La Tuque, etc. —, mais l'heure appartient en propre à Félix Leclerc. À ce qu'il donna à voir aux caméras de toutes les époques, les photographiques, les télévisuelles, les cinématographiques, remarquable synthèse d'archives de famille, de l'ONF, de Télé-Québec, de l'INA en France, de Labrecque lui-même, qui consacra en 1967 un premier film à Félix (La Vie, avec Jean-Louis Frund). Mais surtout à ce qu'il donna à entendre, et pas seulement les chansons. Le Félix de Labrecque, c'est celui qui parle.
C'est la grande force du film: Félix Leclerc en est le narrateur, de la même façon que les Beatles sont pour ainsi dire les seules voix d'Anthology, leur grand ¶uvre biographique de 1995. Pas de proches, pas d'amis célèbres, pas de parents, pas d'exégètes patentés: rien d'autre que cet homme a priori timide et privé, qui ne trouva pas moins, en mille et une entrevues, les mots qu'il fallait pour dire «la brutalité du trottoir qu'on appelle la vie», pour évoquer le Canadien français las du «mur d'indifférence» local, débarquant à Paris et trouvant là le «champagne» qu'on ne lui servira jamais vraiment ici. C'est le conteur Félix qui brille ici, maniant l'anecdote avec la même souplesse que sa guitare, et c'est l'homme au rendez-vous de l'histoire, militant sur le tard mais décisivement: «Avec les années, c'est devenu de plus en plus clair qu'il fallait prendre parti.»
Au moment du FIFA, Labrecque confiait à Franco Nuovo, en entrevue au magazine Je l'ai vu à la radio, qu'il «devait» ce film à Félix. «Leclerc, après avoir vu [La Vie], se trouvait pas ben drôle. [...] Il m'a envoyé une petite lettre et m'a dit: "Cet hiver, passe donc avec tes Kodak, on va refaire la bande-son, on va parler de poésie, de tout le monde." Ça n'a pas été possible...» Quatre décennies plus tard, Labrecque a patiemment «tissé une bande-son», véritable devoir d'amitié. Et de mémoire. Les enfants, ajoutait-il, ne connaissent pas Félix Leclerc. «Ce film est un petit peu pour le futur.»
Certes, il y a de l'habillage, il y a Labrecque qui est allé tourner des plans magnifiques à l'île d'Orléans, à la maison de Vaudreuil, à Québec, il y a même des reconstitutions dont je me serais franchement passé — un acteur joue le présentateur de Félix à l'ABC de Paris en 1950, un autre incarne un forgeron sorti de l'enfance à La Tuque, etc. —, mais l'heure appartient en propre à Félix Leclerc. À ce qu'il donna à voir aux caméras de toutes les époques, les photographiques, les télévisuelles, les cinématographiques, remarquable synthèse d'archives de famille, de l'ONF, de Télé-Québec, de l'INA en France, de Labrecque lui-même, qui consacra en 1967 un premier film à Félix (La Vie, avec Jean-Louis Frund). Mais surtout à ce qu'il donna à entendre, et pas seulement les chansons. Le Félix de Labrecque, c'est celui qui parle.
C'est la grande force du film: Félix Leclerc en est le narrateur, de la même façon que les Beatles sont pour ainsi dire les seules voix d'Anthology, leur grand ¶uvre biographique de 1995. Pas de proches, pas d'amis célèbres, pas de parents, pas d'exégètes patentés: rien d'autre que cet homme a priori timide et privé, qui ne trouva pas moins, en mille et une entrevues, les mots qu'il fallait pour dire «la brutalité du trottoir qu'on appelle la vie», pour évoquer le Canadien français las du «mur d'indifférence» local, débarquant à Paris et trouvant là le «champagne» qu'on ne lui servira jamais vraiment ici. C'est le conteur Félix qui brille ici, maniant l'anecdote avec la même souplesse que sa guitare, et c'est l'homme au rendez-vous de l'histoire, militant sur le tard mais décisivement: «Avec les années, c'est devenu de plus en plus clair qu'il fallait prendre parti.»
Au moment du FIFA, Labrecque confiait à Franco Nuovo, en entrevue au magazine Je l'ai vu à la radio, qu'il «devait» ce film à Félix. «Leclerc, après avoir vu [La Vie], se trouvait pas ben drôle. [...] Il m'a envoyé une petite lettre et m'a dit: "Cet hiver, passe donc avec tes Kodak, on va refaire la bande-son, on va parler de poésie, de tout le monde." Ça n'a pas été possible...» Quatre décennies plus tard, Labrecque a patiemment «tissé une bande-son», véritable devoir d'amitié. Et de mémoire. Les enfants, ajoutait-il, ne connaissent pas Félix Leclerc. «Ce film est un petit peu pour le futur.»
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