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Musique classique - Échos du Wigmore Hall

Christophe Huss   24 octobre 2009  Musique
Après les orchestres symphoniques, tels ceux de Chicago, d'Amsterdam, de Londres ou de Philadelphie, voici que des salles de concert publient des collections de disques. Le Wigmore Hall, salle mythique de Londres, est la plus active en la matière.

C'est à Paris au milieu du XIXe siècle, lorsque des progrès majeurs ont été réalisés dans la facture des pianos, qu'est née l'idée de construire des salles de concert attenantes aux manufactures ou aux salles d'exposition afin de démontrer la qualité des instruments. Les pianos Pleyel eurent leur salle, Gaveau aussi.

C'est dans le même esprit qu'en 1901 naquit à Londres le Bechstein Hall, attenant à la salle de montre des instruments du fabricant allemand. L'architecte Thomas Edward Collcutt, celui du fameux hôtel Savoy, conçut l'endroit, qui devint assez rapidement «la» salle de récital de Londres, prisée par tous les artistes pour son acoustique et la sensation d'intimité avec le public.

Avoir un récital à Wigmore Hall est un honneur. On y donne des concerts de musique de chambre, des récitals de piano, des soirées de lieder. On ne pouvait donc qu'espérer des miracles et des frissons en voyant arriver une étiquette de disques du nom de Wigmore Hall Live.

Le problème du choix

La collection a été lancée dès 2005. À la faveur d'un changement de distribution, Wigmore Hall Live, représentée désormais par SRI, fait enfin une entrée massive au catalogue. Les documents sonores, tous des vingt dernières années dans une bonne qualité sonore, émanent de deux sour-ces: les enregistrements effectués par la BBC pour les archives antérieures à 2004 et, depuis cette date, des captations par l'«équipement maison» installé lors de la réfection de la salle.

Wigmore Hall Live a publié une trentaine de disques. Nous en avons sélectionné et écouté la moitié, répartis entre disques de piano, concerts de quatuors et récitals de chant, ces derniers formant la part la plus substantielle du catalogue.

Le problème récurrent des éditions de ce genre est celui de la pertinence du choix. Il est assez difficile d'envisager qu'en puisant dans une telle caverne d'Ali Baba de grands concerts, on puisse publier des documents non essentiels. C'est pourtant parfois le cas ici. L'archétype de ces erreurs est le catalogue de piano. Nous avons écouté les concerts de deux légendes — Shura Cherkassky en 1993 et Mieczyslaw Horszowski en 1991 — et d'une nouvelle coqueluche des médias, Jonathan Biss. Les deux grands anciens ont rarement aussi mal joué, alors que la Sonate D. 959 de Schubert confirme, après son récital à Lanaudière, que la réputation de Biss est surfaite. Les quatuors sont heureusement mieux cernés. Nous avons écouté les récitals des quatuors Ysaÿe, Kopelman, Skampa et Elias.

Le jeune Quatuor Elias publie ici son premier disque. C'est un ensemble raffiné et virtuose, qui fait penser au Quatuor de Jérusalem, mais sans la même matière sonore. Le son du Quatuor Elias manque pour l'heure d'un peu de poids et de fondement.

Beaucoup plus impressionnant au chapitre des couleurs et de l'intensité, le Quatuor Ysaÿe donne, en 2005 et en 2007, de grandes interprétations des quatuors de Debussy et Fauré (l'opus 121, en mi mineur). Hélas, la prise de son est assez dure et le violoniste Guillaume Sutre respire très fort. Plus consensuelles, la couleur et la captation du Skampa Quartet (Quatuor K. 575 de Mozart, 2e Quatuor de Smetana et 8e de Chostakovitch) devraient rallier les suffrages. Ce quatuor tchèque s'affirme de plus en plus comme un sérieux rival pour les Prazak et Kocian, dans une approche plus «brute» qui sied bien à Smetana et à Chostakovitch. Pas incontournable, mais très bon.

Le meilleur CD du lot est celui du Quatuor Kopelman, qui, en 2006, présentait le Quatuor n° 3 de Tchaïkovski et La Jeune Fille et la mort de Schubert. Cet ensemble russe fondé en 2002 se signale par la rondeur de ses coloris. Les Kopelman sont en quelque sorte les «Prazak russes» du moment. Là aussi on entend des petits bruits d'inspirations, mais c'est moins gênant que chez le Ysaÿe.

Chanteurs

Le gros du catalogue est constitué de récitals vocaux et c'est aussi là que se trouve le grain à moudre. Le Liederabend est une discipline pour mélomanes esthètes. Alors que les éditeurs de disques publient majoritairement des anthologies monothématiques consacrées à un compositeur, les CD Wigmore Hall Live relayent les programmes — plus variés — de récitals et apportent quelque chose au catalogue. Il y a plusieurs prestations admirables à glaner.

Joyce DiDonato, mezzo à l'aube de sa gloire en ce soir de janvier 2006, s'associe à Julius Drake pour un récital Rossini, Fauré, Hahn et Michael Head autour de mélodies évoquant Venise. Programme intelligent, charme vocal, simplicité interprétative et franche recommandation.

En matière d'intelligence de programme, la soprano Felicity Lott ne craint personne. Fallen Women and Virtuous Wives témoigne de la curiosité, de la polyvalence et de la gouaille de cette chanteuse européenne polyglotte, encore en grande forme en cette soirée de juin 2005. Artiste en or, patrimoine de l'humanité pour son esprit et son aura: ce programme kaléidoscopique la représente bien et méritait d'être immortalisé.

Le baryton canadien Gerald Finley est l'un des chanteurs les plus intéressants en activité. Six mois après son inoubliable récital montréalais, il reprend à Londres War Scenes de Ned Rorem, qui nous avait glacé le sang. Juste avant: Chants et danses de la mort de Moussorgski! Ce n'est pas un disque de détente, mais il vaut le détour...

On retrouve les Chants et danses de la mort en conclusion du récital d'un phénomène vocal: la contralto polonaise Ewa Podles. Ceux qui la connaissent et l'apprécient ne laisseront pas passer cette occasion rare de l'entendre chanter Chopin, Rachmaninov, Tchaïkovski et Szymanowski. La présence scénique de cette artiste est indescriptible. Bien sûr, à 56 ans, elle tube de plus en plus ses sons dans le bas-médium. Ce n'est donc pas un CD pour néophytes, mais il s'y passe de grandes choses.

Enfin, Wigmore Hall Live est une source majeure pour se remémorer l'art de la mezzo Lorraine Hunt Lieberson, trop tôt disparue. Deux CD: un récital Mahler, Haendel et Lieberson, donné en 1998, et un Brahms-Schumann d'octobre 1999. Ce dernier est prioritaire pour apprécier l'humanité de cette artiste, alors surtout connue comme chanteuse haendélienne.

Cinq recommandations

WHL 004. Felicity Lott (soprano)
WHL 009. Joyce DiDonato (mezzo)
WHL 010. Quatuor Kopelman
WHL 024. Lorraine Hunt Lieberson (mezzo)
WHL 025. Gerald Finley (baryton)






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