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Disque - Fred Fortin: retour aux premières amours

Philippe Papineau   26 septembre 2009  Musique
Il aura bien fallu attendre cinq ans, mais voici qu'arrive enfin le quatrième et plus récent disque de Fred Fortin. Après avoir pris quelques mois pour enregistrer et tourner pour le Français Thomas Fersen, le chanteur originaire du Lac-Saint-Jean lance Plastrer la lune, qui marque pour l'auteur-compositeur-interprète un retour aux sources: des récits de personnages et un esprit musical davantage bricolé.

Chez les amateurs de musique alternative, la chanson authentique et coriace du vétéran Fred Fortin fait souvent office de référence. Oscillant toujours entre la douceur et le rock, dans une poésie touchante mais pas vraiment lustrée, le natif de Dolbeau roule sa bosse depuis 1996, date où il a lancé son premier disque, Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron. Souvent bassiste, parfois batteur, Fortin a aussi travaillé avec plusieurs groupes et artistes, dont Galaxie 500, Gros Mené, Les Breastfeeders et Mara Tremblay.

Fersen, Star Académie et Bobbie

Plastrer la lune marque un revirement évident pour le père de famille de 38 ans. Son dernier disque, le magnifique Planter le décor, nous plongeait dans un univers sonore sombre et planant, en mode mineur, et dans des textes personnels à la première personne. Rappelons-nous Mélane, Scotch et Châteaubriand. L'époque est terminée. « Je me suis imposé d'autres paramètres pour aller chercher d'autres choses, précise Fortin, assis dans un café de la rue Amherst, en face de son local de répétition. Dans Planter le décor, il y avait bien des sonorités qu'on entend aujourd'hui chez d'autres groupes, c'est dans l'air du temps. Et c'est sans dénigrer le mood de personne, que ce soit celui de Patrick Watson ou de n'importe qui. Y'a de quoi pour la mélancolie qui est fort maintenant, et je ne voulais pas aller là-dedans, pantoute. »

Et c'est plutôt réussi. Ce dernier disque sonne brut, entre l'esprit homme-orchestre de son premier disque et le côté plus lourd de son deuxième effort, Le Plancher des vaches (2000). Quelques couches sonores toutes simples, de la guitare, de la basse, de la batterie et un tout petit peu de clavier. « Dans les arrangements, je voulais que ça soit dépouillé le plus possible, que ça soit moins chargé, dit Fortin. J'ai fait trois ou quatre morceaux seul à mon chalet cet été. J'enregistrais la préproduction en ne sachant pas si j'allais pouvoir la refaire où si ça serait la version de l'album. Elles sont restées comme ça. »

Depuis l'automne 2008, la carrière de Fred Fortin a connu une accélération notable. Difficile de passer sous silence le fait que la machine Star Académie, habituellement à des lieues de l'esprit de la musique de Fortin, ait épousé sa chanson Moisi Moé'ssi. Le morceau a trouvé sa place sur l'album de la dernière cuvée et joue abondamment à la radio — honneur que les stations commerciales n'ont jamais vraiment fait à l'interprète d'origine.

« J'ai pas reçu le chèque encore, dit Fortin en rigolant. On m'avait demandé de faire un petit mot pour William Deslauriers, qui était en danger. Je lui ai dit que de chanter mes tounes, ça ne m'avait jamais sorti du trouble! »

Reste que d'éviter les compromis créatifs s'est avéré payant pour Fred Fortin l'an dernier, alors que Thomas Fersen, le vieux de la vieille de la plus très « nouvelle » chanson française, lui a demandé de réaliser son disque Trois petits tours, avant de le faire voyager avec lui en tournée. « Thomas a relancé mon affaire, assure-t-il. C'est sûr que c'est un Français, il s'attarde aux textes, mais il me disait que ma force, c'était d'inventer des histoires. Je me suis laissé guider par ça. Essayer de refaire des histoires. Et ç'a marché. »

Personnages

Les personnages, Fred connaît, c'est vrai. Il y avait bien sûr Gaston, Gaspard, Wéginald, Gros Bill, Léo et son gâteau au chocolat... Sur Plastrer la lune, on en retrouve encore plusieurs, surtout en première moitié d'album. Bobbie dit le tueur, Grandes jambes, Madame Rose et autres protagonistes.

La chanson Le cinéma des vieux garçons, par exemple, raconte l'histoire d'un homme de 40 ans qui est mis à la porte de chez ses parents et qui trouve un boulot au cinéma. « Je pensais au Cinéma Météore à Dolbeau, qui a existé longtemps. Il y avait un gars là-bas, Gérard, qui était le propriétaire. Il passait des films de fesses. Tu pouvais arriver là avec un marteau pis une poignée de clous et il te faisait rentrer. Ça faisait dur. Moi, j'étais trop petit, je ne rentrais pas, mais on lui faisait des coups au téléphone! »

De tous ces personnages, Fortin rit bien, le regard amusé, mais avec un grand respect. « J'adore ce monde-là. Il y a quelque chose de nous autres qu'ils réussissent à exprimer. Le transsexuel à Saint-Prime, Fred aux pieds à Dolbeau, Baptiste, Giorgianna... Je pense que j'ai pas fini d'en raconter. »

*

Fred Fortin est porte-parole de la première édition du Coup de grâce musical de Saint-Prime, qui aura lieu le week-end de l'Action de grâce et qui mettra entre autres en vedette Malajube, Vincent Vallières et Karkwa.
 
 
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