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Les deux visages de Daniel Bélanger

Un volet solo et l'autre en format groupe:

À travers son succès qui a maintenant fait ses preuves de longévité, Daniel Bélanger n’a pas trop changé. Même discrétion, même humilité, il n’y a qu’une barbe grise qui modifie le portrait.
Photo : Jacques Nadeau
À travers son succès qui a maintenant fait ses preuves de longévité, Daniel Bélanger n’a pas trop changé. Même discrétion, même humilité, il n’y a qu’une barbe grise qui modifie le portrait.
Daniel Bélanger présentera ce soir et demain deux manières d'enrober les chansons de Joli Chaos, l'album à deux visages (succès et inédites) qu'il a lancé l'an dernier. Entretien d'un matin de juillet gris.

Dix-sept ans plus tard, Daniel Bélanger est toujours là. Là étant le sommet. Comme si, pour lui, la nébuleuse équation de Paul Piché permettant d'expliquer le cycle des modes — 2(x-80)+45 — n'avait pas d'intérêt: tout ce qu'il fait est un hit, ça simplifie le calcul.

À travers ce succès qui a maintenant fait ses preuves de longévité, Daniel Bélanger n'a pas trop changé. Même discrétion, même humilité, il n'y a qu'une barbe grise qui modifie le portrait.

Pour le reste, les centaines de milliers d'exemplaires de disques et de billets vendus n'ont pas transformé le bonhomme. Sinon, peut-être, pour lui insuffler la confiance nécessaire pour se renouveler d'album en album et oser sortir des sentiers battus (le projet Déflaboxe ou la trame musicale de l'adaptation des Belles-Soeurs qui prendra l'affiche l'an prochain).

Confiance qui lui a aussi fait accepter l'an dernier le projet de son frère Michel (grand manitou de la maison de disques Audiogram) d'aller ouvrir le tiroir des laissées-pour-compte de ses séances studios.

Résultat: l'album Joli Chaos, disque à deux volets qui comprend une dizaine d'inédites placées aux côtés de tous les succès de Bélanger — «une façon de montrer le chemin qui mène d'une chanson à l'autre, et aussi tout ce qu'on ne fait pas pour faire quelque chose», en dit le chanteur—, et qui donne son nom à la double tournée actuelle du chanteur.

Double? Elle se décline d'une part en solo, et de l'autre en groupe (avec Carl Bastien, Alex McMahon et Jean-François Lemieux). Une formule deux visages qui permet à Bélanger de créer des ambiances complètement différentes autour du même matériel. Du sucré et du salé, dit-il en entrevue.

«J'aime autant l'une que l'autre. En solo, je peux parler davantage, alors qu'en groupe j'assume que les gens viennent pour nous entendre faire de la musique. Ce sont deux défis différents: mais tout seul, c'est évident que tu as plus de responsabilités... tout en ayant plus de libertés. Tu ne peux pas tricher, le contact avec le public est immédiat.»

Seul en scène, Bélanger renoue avec une formule qu'il avait éprouvée en 1998 et qui compose un disque de son coffret Tricycle. On retrouve sur l'enregistrement cette voix unique qui voltige au-dessus de n'importe quelle note de toute octave, sans oublier le guitariste doué dont on découvrait la richesse du jeu, subtil, précis et très ample.

«C'est sûr que ton jeu s'améliore beaucoup avec ce type d'exercice, explique Bélanger. Mais au bout du compte, l'objectif d'un solo n'est pas de tout décomposer. Tu peux faire autre chose autour de la ligne initiale, mais il faut connecter avec l'émotion et la température de la chanson. Pour moi, faire un spectacle revient toujours à faire ce que j'aimerais entendre si j'étais dans la salle. C'est intuitif, mais je veux reconnaître la chanson, sa racine.» On comprend donc qu'un show à la Bob Dylan... très peu pour Bélanger. Question de respect pour son public.

Ce qui ne veut pas dire qu'il se sent pris dans un quelconque moule. Au contraire. D'un disque à l'autre, Daniel Bélanger a toujours revendiqué de faire ce qu'il voulait, comme il le voulait. Alors, même si la tournée actuelle s'appelle Joli Chaos, il se dit libre de piger là où il le veut dans son répertoire, sans aucune obligation d'aborder tel ou tel numéro un.

«J'ai la chance de ne pas être un "one-hit-wonder". Ça évite les compromis. Je ne renie rien de ce que j'ai fait, mais il y a des humeurs qui ne me tentent plus. Sèche tes pleurs, par exemple, j'ai de moins en moins le casting pour la faire. Alors, j'en fais d'autres, j'ai le choix.»

La tournée de Joli Chaos diffère de celle de L'Échec du matériel en ce sens qu'elle n'est rattachée à aucun album en particulier. Toute la carrière de Bélanger y passe, des débuts plutôt folk des Insomniaques s'amusent aux grooves plus planants de Rêver mieux. Une manière de mesurer le chemin parcouru.

«La première chose que j'ai pognée à l'écoute [de Joli Chaos], c'est... de quoi, dit-il en rigolant de sa formule. Sérieusement, j'ai pu pour la première fois mesurer le cheminement fait depuis 17 ans. Ça m'a étonné de voir tout le travail dont je ne m'étais pas rendu compte.»

Il est vrai que la musique et l'écriture ne sont plus les mêmes chez le Bélanger d'aujourd'hui que chez celui des débuts. «Au départ, je voulais bien faire comprendre que j'avais des choses à dire. Une chanson comme Opium est très alambiquée. Maintenant, j'essaie de tendre vers une simplicité et d'assumer une phrase simple et claire... mais qui va rester sexy, parce que c'est quand même de la pop.»

Peut-être au fond son succès s'explique-t-il davantage par le respect de cette simple méthode plutôt que par une acrobatie mathématique permettant un lien avec la formule de Paul Piché?

***

- En spectacle solo au théâtre Maisonneuve ce soir et au Métropolis (avec son groupe) demain.
 
 
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