Juliette Gréco au théâtre Maisonneuve de la PdA - Place à Gérard Jouannest
Petite scène de la vie conjugale. Juliette Gréco, avant de lancer hier soir la toute dernière chanson de son récital, en l'occurence Ne me quitte pas, immortelle des immortelles de Jacques Brel et Gérard Jouannest, a présenté l'accordéoniste Jean-Louis Matinier et le Jouannest en question: son mari depuis 40 ans, son accompagnateur de scène et son compositeur attitré. Elle n'a rien précisé de tout cela: on sait. Elle a dit: «Au piano, Gérard Jouannest.» Et tout Maisonneuve s'est levé pour ovationner Gérard Jouannest. Pendant qu'on applaudissait, l'homme s'est rassis. Et sa Juliette, hors-micro, l'a admonesté, on a seulement vu le geste leste de la main, lui signifiant: allez debout, elle est pour toi l'ovation. Et Jouannest s'est relevé pour se rasseoir plus vite encore et jouer les cinq notes du fameux motif. Regard sur le clavier, signifiant: bon, ça ira comme ça.
L'histoire de la soirée. Juliette qui mène son théâtre de chanson à sa guise et sa manière, et Gérard Jouannest effacé mais là. Doublement présent. Là pour jouer, et là parce que nommé. Souvent nommé. Juliette Gréco, faut-il rappeler, nomme avant chaque chanson l'auteur et le compositeur. «C'est la moindre des politesses, disait-elle en entrevue au Devoir l'autre jour. J'ai pour bonheur de faire que les gens ne soient pas morts. L'oubli étant la mort la plus sûre.»
Or Jouannest est une sorte d'oublié volontaire. Comme l'explique fort bien Angela Couzet dans la récente biographie intitulée Gérard Jouannest, de Brel à Gréco, l'homme s'est tenu exprès «à l'ombre» (et non pas «dans l'ombre») du grand Jacquot et de la grande Juliette. Seulement voilà, il se trouve que Gréco chante de plus en plus de Brel-Jouannest dans ses récitals, exprés aussi. Hier, j'en comptais cinq: Bruxelles, Mathilde, La Chanson des vieux amants, J'arrive, et Ne me quitte pas. S'ajoutaient les collaborations avec Jean-Claude Carrière (notamment la terrible C'était un train de nuit, «devoir de mémoire» évoquant les convois de déportés sous l'Occupation), ainsi que les nouvelles chansons de l'album Je me souviens de tout, composées par Jouannest sur des textes d'Orly Chap, Olivia Ruiz, Marie Nimier et surtout Abd al Malik (l'extraordinaire Tout ira bien).
Ça voulait dire qu'il restait au programme un peu de Gainsbourg (Accordéon, La Javanaise, La Chanson de Prévert), un peu de Ferré (Jolie môme, ainsi qu'une magistrale relecture d'Avec le temps), et ça voulait dire aussi que ça laissait Béart, Brassens, Aznavour, Trenet, Queneau et compagnie au vestiaire. Choix assumé, comprenait-on. Place était faite à Jouannest, et place n'a jamais été plus méritée. Cela dit, j'aurais bien pris Le Déserteur, qu'interprète Juliette sur l'album-hommage paru pour les 50 ans du décès de Boris Vian. Mais là, je chipote. Une heure et demie de Juliette Gréco et Gérard Jouannest et je chipote. Faites-moi mal, quelqu'un.
L'histoire de la soirée. Juliette qui mène son théâtre de chanson à sa guise et sa manière, et Gérard Jouannest effacé mais là. Doublement présent. Là pour jouer, et là parce que nommé. Souvent nommé. Juliette Gréco, faut-il rappeler, nomme avant chaque chanson l'auteur et le compositeur. «C'est la moindre des politesses, disait-elle en entrevue au Devoir l'autre jour. J'ai pour bonheur de faire que les gens ne soient pas morts. L'oubli étant la mort la plus sûre.»
Or Jouannest est une sorte d'oublié volontaire. Comme l'explique fort bien Angela Couzet dans la récente biographie intitulée Gérard Jouannest, de Brel à Gréco, l'homme s'est tenu exprès «à l'ombre» (et non pas «dans l'ombre») du grand Jacquot et de la grande Juliette. Seulement voilà, il se trouve que Gréco chante de plus en plus de Brel-Jouannest dans ses récitals, exprés aussi. Hier, j'en comptais cinq: Bruxelles, Mathilde, La Chanson des vieux amants, J'arrive, et Ne me quitte pas. S'ajoutaient les collaborations avec Jean-Claude Carrière (notamment la terrible C'était un train de nuit, «devoir de mémoire» évoquant les convois de déportés sous l'Occupation), ainsi que les nouvelles chansons de l'album Je me souviens de tout, composées par Jouannest sur des textes d'Orly Chap, Olivia Ruiz, Marie Nimier et surtout Abd al Malik (l'extraordinaire Tout ira bien).
Ça voulait dire qu'il restait au programme un peu de Gainsbourg (Accordéon, La Javanaise, La Chanson de Prévert), un peu de Ferré (Jolie môme, ainsi qu'une magistrale relecture d'Avec le temps), et ça voulait dire aussi que ça laissait Béart, Brassens, Aznavour, Trenet, Queneau et compagnie au vestiaire. Choix assumé, comprenait-on. Place était faite à Jouannest, et place n'a jamais été plus méritée. Cela dit, j'aurais bien pris Le Déserteur, qu'interprète Juliette sur l'album-hommage paru pour les 50 ans du décès de Boris Vian. Mais là, je chipote. Une heure et demie de Juliette Gréco et Gérard Jouannest et je chipote. Faites-moi mal, quelqu'un.
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