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    Festival Haïti en folie - Manno Charlemagne, le combattant insoumis

    23 juillet 2009 |Yves Bernard | Musique
    Un seul concert a suffi pour faire élire Manno Charlemagne maire de Port-au-Prince, soit le concert du 23 juin 1995.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Un seul concert a suffi pour faire élire Manno Charlemagne maire de Port-au-Prince, soit le concert du 23 juin 1995.
    Manno Charlemagne? C'est un peu Victor Jara, le chanteur de la liberté, ou Gilberto Gil, ou encore Vaclav Havel, c'est-à-dire une sorte d'artiste national plus grand que nature qui deviendra contre toute attente politicien. Dans le chant de l'Haïtien Manno Charlemagne, on entend aussi l'esprit troubadour de Félix et de Brassens, la fluidité de Françoise Hardy et l'intégrité de Brel, mais aussi et surtout toute la clameur populaire haïtienne. Pourtant, il est rare de l'entendre chanter. Il ne s'est pas présenté sur la scène d'un festival d'été depuis 2002. Le voici enfin à Montréal, de retour ce soir au théâtre Plaza.

    Ne cherchez pas ses disques en magasin. Manno vient de la rue et les chansons vivent dans la rue. C'est là qu'il commence: sur le ton de la sérénade, puis par une façon nouvelle de dire des textes bien moulés avec Marco Jeanty.

    Sa voix transmet la plainte lancinante de la vie aride, l'écho de la liturgie et les harmonies des loas, ces chants anciens très spirituels. Et de sa guitare sortent aussi bien la caresse la plus intime que l'esprit des bandes de raras.

    En 1980, il sent monter la fumée en lui et parodie le dictateur Duvalier. On tire en l'air lors d'un de ses concerts. Celui lui vaut un premier exil de six ans, qu'il passera surtout à Montréal. «Cela me fut bénéfique, explique-t-il en entrevue. Je me suis branché sur le mouvement politique et j'appuyais toutes les causes progressistes.»

    Maire de Port-au-Prince

    En 1986, Manno Charlemagne revient en Haïti. Certaines de ses chansons sociales le précèdent et on le reçoit en véritable héros populaire. «La jeunesse haïtienne m'attendait, mais je ne pouvais prendre le pouvoir. Je suis un chanteur. Par mes discours, je leur ai donné Aristide et ma chanson Leta, Laboujwazi, Lepèp est devenue l'âme du mouvement Lavalas.»

    Jean-Bertrand Aristide devient président en 1991. On le renverse sept mois plus tard et Manno reprend la route de l'exil. En 1994, à son retour dans la Perle des Antilles, un mouvement politique se dessine en sa faveur. Plébiscité par les jeunes, il devient maire de Port-au-Prince, sans défendre de programme ni faire campagne. Un seul concert suffit à le faire élire. «Je regrette d'avoir été maire. J'ai géré en tant qu'auteur révolutionnaire et cela n'a pas fonctionné. Nous étions contrôlés par le pouvoir central. J'ai même dû marcher moi-même avec les employés de la Ville pour qu'ils soient rémunérés», résume-t-il.

    Progressivement, Manno prend ses distances du mouvement Lavalas. En 2000, il quitte Haïti une troisième fois et s'installe à Miami, où il vit toujours. «J'étais l'artiste engagé, mais tout ce qui se passe maintenant dans mon pays, je l'ai déjà chanté. Je retourne donc vers l'identité culturelle et plus de chansons traditionnelles. Je reviens à la base du rara.» En attendant de rentrer bientôt au pays pour y creuser la trame historique qui lui tient tant à coeur.

    En plus de Manno Charlemagne, le festival Haïti en folie propose une programmation excitante. Au programme demain: le légendaire Boukman Eksperyans, le Montréalais Vox Sambou et le film Haïti chérie, de Claudio Del Punta. Le lendemain, Lynda Thalie, Sara Rénélik et Lorraine Klaasen partagent la scène. Elles seront suivies de Boukman Eksperyans. En clôture dimanche, le festival offre la pièce Les Monologues du vagin... en version haïtienne.

    **

    Haïti en folie au théâtre Plaza, au théâtre de Verdure, au centre Leonardo Da Vinci et au Complexe Cristina du 23 au 26 juillet. Renseignements: 514 882-3334; www.haitienfolie.com.
     
     
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