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Le Brian Setzer Orchestra à la PdA - Debout là-dedans! Et que ça saute!

Sylvain Cormier   26 septembre 2009 21h26  Musique
Ça a démarré sur les chapeaux de roue. Imaginez un Hot Rod rutilant, avec les mags qui font de la boucane, la pétarade du tonnerre de Dieu! Deux mesures de l’intro du ronflant thème du Batman de Neal Hefti, et c’était parti mon kiki! Vrôôôôaaaaarrrr!!!!

Le temps de découvrir tout l’orchestre en costards vert et petits loups noirs à la Riddler, d’apercevoir Brian Setzer s’amenant en faisant le duckwalk de Chuck Berry, et Wilfrid était debout, du parterre au balcon! Pour ne plus s’asseoir du show, sauf pendant les deux slows, l’exquise Sleepwalk de Santo & Johnny, et la romantique et elvissienne I Won’t Stand In Your Way de Setzer époque Stray Cats. Mais l’instant d’après, les deux fois, c’était debout là-dedans! Et que ça saute! Et que ça exulte! Et que ça rock’n’roule dans le tapis! Vrôôôôôôaaarrrr!!!

On n’était peut-être pas au Métropolis, gros club a priori plus approprié qu’une salle de concert, mais c’était le party quand même. Méchant party, pouvez pas imaginez un auditoire adulte aussi survolté, sauf peut-être dans un show de Springsteen. Un peu plus et on arrachait les bancs, tels des blousons noirs au Palais des Sports de Paris en 1961! Ou des Teddy Boys pendant la première tournée britannique de Bill Haley et ses Comets! C’était cette sorte d’envie de retour à l’origine, cette sorte de cure de Jouvence! Avez-vous remarqué que j’arrête pas de mettre des points d’exclamation dans ce texte? J’ai des fourmis dans les mots, c’est nerveux.

Toujours vrai

C’était vrai en 1994 et en 1995, quand le Brian Setzer Orchestra avait soulevé le plafond du vieux (et regretté) Spectrum, c’était encore vrai vendredi soir: fameuse et fumante bonne idée que d’allier un champion néo-rockabilly de l’ère punk et un big band de boogie et de swing! Coup de génie de Brian Setzer, qui surfe dessus depuis, et qui lui donnerait tort? C’est la combinaison idéale: la puissance d’une douzaine de cuivres à pleins poumons (treize, en vérité), plus toute la fraîcheur éternellement juvénile d’un trio rockabilly à la manière des Blue Caps de Gene Vincent, des Blue Moon Boys d’Elvis et du Rock’n’Roll Trio de Johnny Burnette. Imaginez Eddie Cochran soutenu par l’orchestre de Gene Krupa! Presque ça!

Tout était plaisir débridé. Le fun dans la place, le fun sur scène! Fallait voir les deux plantureuses choristes se livrer à leurs petites chorégraphies! Et les gars de l’orchestre, lâchés lousses, indisciplinés exprès, non moins efficaces et redoutables! Fallait surtout voir Brian Setzer, déchaîné, de plus en plus possédé par le démon du rock’n’roll à mesure que le show avançait et qu’il constatait à quel point Wilfrid trépignait. «No more 14 years to wait! No more! Montreal’s a great place!» Tu l’as dit, mon Bri-bri!

Fallait le voir jouer, l’animal. Il a tout intégré, tout magnifié, il plaque l’intégrale des riffs archétypes du rock’n’roll, la totale des licks pionnières, ici le solo de Rock Around The Clock inséré dans son solo pour Fishnet Stockings, là des citations de Gene Vincent et Eddie Cochran dans la bien-nommée Gene And Eddie. Le clin d’oeil à Carl Perkins est dûment goûté (Your True Love), l’hommage à Billy Lee Riley bien senti (Red Hot). Un régal pour l’aficionado et n’importe qui d’autre: pas besoin de rien reconnaître de tout ça pour danser!

Tout cartonnait, tout pétait le feu : This Cat On A Hot Tin Roof, Drive Like Lightning, 49 Memphis Blues, The Dirty Boogie, à plus forte raison les renvois aux Stray Cats. C’était délire par dessus joie durant la portion en trio rockabilly au milieu du spectacle, donnée devant une splendide toile évoquant New York la nuit (et cachant le bandstand, bonne idée): 16 Chicks, Runaway Boys, Stray Cat Strut, elles avaient toutes leurs griffes, intactes. Devant la scène, la bande des habitués des weekends rockabilly Red, Hot & Blue dansait à s’en donner le tournis, et Setzer les regardait en souriant. Dans ma tête, j’entendais le prêcheur hystérique des documentaires sur les débuts du rock’n’roll : «The beat! The beat! The beat!»

À la fin, Wilfrid était sur les genoux, et Rumble In Brighton était devenue Rumble In Montreal. Restait Rock This Town, pour signifier à la ville et au FIJM qu’ils n’en ont pas fini avec le tatoué et son orchestre: j’imaginais la Place des festivals en piste de danse géante, l’an prochain. On ne peut empêcher un gars content de rêver. Ni de remuer les orteils.
 
 
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