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Les destins croisés du 400e et du Festival d'été

Isabelle Porter   9 juillet 2009  Musique
Arrivée massive des spectateurs sur les Plaines pour le spectacle de Paul McCartney l’été dernier.
Photo : Jacques Nadeau
Arrivée massive des spectateurs sur les Plaines pour le spectacle de Paul McCartney l’été dernier.
Le succès des célébrations du 400e anniversaire de Québec, l'an dernier, découle en bonne partie d'une formule testée d'abord au Festival d'été de Québec. Reste maintenant à savoir dans quelle mesure le Festival, qui lance aujourd'hui sa 42e édition, héritera à son tour des bénéfices du 400e.

Québec — Comme le 400e, le Festival d'été de Québec est sorti tout puissant d'une crise profonde ces dernières années. Dans un texte paru en 2003, le chroniqueur David Desjardins déplorait que le Festival ait sombré «dans un demi-sommeil». «Ça m'égratigne le coeur de l'écrire tellement j'ai de l'affection pour cet événement et ses artisans qui me procurent encore de beaux moments, mais j'ai la nette impression que notre Festival vieillit très mal et qu'on tente de le rajeunir à coups d'injections de Botox. Sans succès.»

Programmation prévisible, revenus en déroute, vieillissement des habitués, indifférence des jeunes, le Festival ne savait plus à quel saint se vouer. Nommé à la tête de l'organisation en 2002, Daniel Gélinas propose, deux ans plus tard, de réorienter le navire. Le président du conseil d'administration, un certain Régis Labeaume, défend le plan à ses côtés.

«Nous avons procédé à beaucoup d'analyses depuis l'an dernier. Cette année, il y aura plus d'événements exclusifs, de spectacles-concepts et de spectacles pour les jeunes», résumait alors M. Gélinas, ce gestionnaire inconnu de Trois-Rivières qui allait plus tard venir sauver le 400e. «On a des commanditaires qui nous donnent presque plus en argent que le financement public toutes catégories. Et ces commanditaires-là, qu'est-ce qu'ils recherchent? Ils veulent de l'achalandage, et ils attendent de nous qu'on livre une programmation attrayante qui va ramener des foules.»

La recette proposée était simple: avec de la «grande vedette internationale», les Plaines allaient servir de vache à lait à l'ensemble de l'événement. Ainsi se succédèrent Bérurier Noir en 2004, ZZ Top en 2005, Twisted Sisters et Scorpions en 2006, Billy Talent en 2007 et Van Halen en 2008. La venue de Paul McCartney l'an dernier n'était que la suite logique de cette stratégie.

Mais pour cela, il allait falloir augmenter le prix du laissez-passer. De 8 $ en 2001, le prix du macaron lumineux est passé à 25 $ en 2006, et à 45 $ cette année. S'il s'en trouve encore beaucoup pour déplorer cette perte d'accessibilité, il n'en reste pas moins que les joujoux se vendent comme des petits pains chauds. Surtout, on se les arrache à prix réduit pendant la prévente du printemps.

Québec, capitale des arts de la rue

Le «nouveau» Festival d'été allait aussi miser sur les arts de la rue. Passionné par le genre, Daniel Gélinas et le responsable de ce volet, Michel Barette, ont multiplié les coups d'éclat. Prestation époustouflante de Xarxa Théâtre dans les rues du Vieux-Québec (2005), performance de la funambule Catherine Léger au-dessus de la place D'Youville (2006), etc. Cette année, c'est au tour de l'amoureux de Mme Léger, Ramon Kelvik Junior, de se commettre au-dessus... du Château Frontenac. Dès lors, la commande d'un spectacle extérieur gratuit du Cirque du Soleil (Les Chemins invisibles) allait presque de soi.

Pour son metteur en scène, le Français Julien Gabriel, Québec est en train de devenir une référence en matière d'arts de la rue. «Il y a une effervescence du théâtre de rue à Québec. La ville est en train de devenir le terreau de cette émergence. On y trouve un grand nombre de jeunes artistes en devenir qui possèdent d'incroyables talents. Ils ont simplement besoin d'être aiguillés pour faire éclater leurs talents», déclarait-il récemment au Devoir.

«Québec est un tremplin pour l'imaginaire. L'expérience du 400e l'a prouvé. On sent un engouement de la part du public et de la population. Il y a beaucoup de talents ici.»

C'est d'ailleurs une filiale du Festival d'été — InternationArt — qui se charge des communications et des relations de presse de ce spectacle. Cette entreprise, explique sa porte-parole Luci Tremblay, a été créée il y a quelques années pour «mettre l'expertise des gens du Festival au service d'autres organisations».

InternationArt et les suites du 400e

Le contrat entre InternationArt et le Cirque, par exemple, découle de la collaboration entre Daniel Gélinas et l'équipe de Guy Laliberté à l'occasion des Fêtes de 2008 précise Mme Tremblay, qui a elle-même fait le saut de la Société du 400e au Festival d'été cette année.

Avec un budget approximatif de 3 millions de dollars cette année (contre près de 16,6 millions pour le Festival d'été), InternationArt a pris de l'expansion depuis 2008. Ainsi, l'animation autour du site d'Espace 400e dans le Vieux-Port lui a de nouveau été confiée cette année. D'emblée, la compagnie a coproduit l'exposition Bodies dans le pavillon construit par le fédéral pour les Fêtes de 2008. «C'est dans la continuité du 400e de continuer à faire vibrer ce quartier», souligne Mme Tremblay.

Même chose pour les célébrations du 400e anniversaire de la découverte du lac Champlain au Vermont, un événement qui aura lieu demain en présence du ministre des Relations internationales, Pierre Arcand. Enfin, la compagnie a pris en charge la présentation en 2008 et en 2009 du spectacle Kiugwe à Wendake (Village Huron) et elle demeure responsable de la tenue de la Transat Québec-Saint-Malo.

En somme, l'expertise du Festival d'été qui a permis de relancer le 400e fait désormais en sorte d'en prolonger la tenue et l'esprit. Et ce n'est peut-être qu'un début.

Si le Festival d'été et InternationArt ne possèdent pas de salles comme c'est le cas pour Spectra à Montréal, il a été question ces derniers mois de doter le Festival d'équipements permanents qui ne sont pas sans rappeler l'esprit du Quartier des spectacles. Ainsi, après qu'on a mis de côté l'idée d'une scène permanente à même les vestiges du Manège militaire, M. Gélinas a récemment suggéré de construire un tunnel sous la scène des Plaines reliant des futures loges pour les artistes dans la Citadelle. D'emblée, les projets de réaménagement de la colline parlementaire défendus par la Ville ouvrent la porte à des installations plus permanentes pour le Festival. On pensait, par exemple, à aménager la place George V pour y faciliter la tenue d'événements extérieurs.

En entrevue, M. Gélinas concède qu'InternationArt est en pleine expansion. Ce qui ne l'empêche pas de mettre des bémols à un éventuel enracinement de la compagnie. «Des infrastructures permanentes ne nous seraient pas tellement utiles. Les technologies de scène [pour le son, les écrans] sont en constante évolution et on préfère louer l'équipement. C'est plus rentable. On préfère avoir des scènes modulaires qui peuvent être modifiées aussi.» Le directeur du Festival souligne en outre qu'InternationArt, tout comme le Festival, est une entreprise à but non lucratif dont l'objectif premier est «d'animer la ville». D'emblée, M. Gélinas ne souhaite pas gérer des salles comme Spectra le fait à Montréal. «On calcule que ça prend trop d'énergie à faire fonctionner», dit-il. Dans ce cas, l'expansion d'InternationArt vise quel objectif? «L'expertise, répond M. Gélinas. S'il y a des événements qui ont besoin d'une expertise en programmation ou en mise en marché, on est capables d'offrir des services.»

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Avec la collaboration de Yasmine Berthou






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