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Stevie Wonder en conférence de presse - Miles, Motown et Michael

Sylvain Cormier   30 juin 2009  Musique
Stevie Wonder en spectacle, mardi soir.
Photo : Jacques Nadeau
Stevie Wonder en spectacle, mardi soir.
Le grand piano occupait l'essentiel de la petite scène, dans le tout nouvel espace dévolu aux conférences de presse, à même l'immense salle des médias au deuxième étage de la Maison du Festival Rio Tinto Alcan, tout juste opérationnelle dans le chantier ambiant. On savait tous pourquoi: le piano, les micros, c'est pas du décor, pas pour la photo. Plus qu'au cas où. Stevie allait jouer et chanter, on s'y attendait, on en frémissait. N'avait-il pas régalé le tout-Montréal médiatique il y a deux ans, avant son formidable show du Centre Bell?

Récidive, donc? Pas exactement. Il y a deux ans, Michael Jackson était vivant. Mardi après-midi, c'était Stevie Wonder l'ancien ado prodige de Motown qui s'amenait, moins de six jours après la mort de son jeune frère de musique, lui-même enfant prodige de Motown. Fatalement, on allait en parler. Lui comme nous. Fatalement, au spectacle, la musique et la mémoire de Michael Jackson allaient être célébrées. Mais Stevie Wonder était là aussi pour recevoir le prix Spirit Miles-Davis des mains d'Alain Simard et André Ménard. Et là pour parler du grand spectacle gratuit qu'il allait présenter le soir même — le premier — à la toute fraîche Place des Festivals. Aussi a-t-on demandé d'entrée de jeu aux journalistes «de ne pas s'étendre sur les questions au sujet de Michael Jackson».

Tremblants et fiers

Stevie est arrivé avec son entourage, s'est assis entre le piano et le tandem Ménard-Simard. Ils étaient tout tremblants et fiers, les compères fondateurs du FIJM, avec leur lourd Miles en bronze pour se donner contenance. On les aime bien dans ces moments-là, Alain et André. Fans d'abord. Un peu groupies. Comme nous. Se pinçant. «Faire venir Stevie Wonder, c'était notre rêve, et c'était une obsession d'Alain», a dit André. Stevie a tâté l'objet, version 3-D d'une affiche célèbre du festival, deviné la trompette, le visage de Miles, et souri. Et résumé très musicalement l'apport du géant jazzman: «Si vous me dites qu'il n'y pas au moins 500 personnes dans l'univers pop qui ont utilité un septième majeur dans leurs accords, vous mentez...»

Et puis, prenant les devants, il a évoqué Michael Jackson. «J'ai été discret jusqu'ici, préférant laisser tous les commentateurs faire leurs commentaires à la télé, mais je voudrais dire aux fans de ne pas confondre ce qui se dit et ce qui compte, à savoir la musique, tout cette musique qui mérite d'être célébrée.» La ronde des questions a suivi. Un animateur de CKUT a parti le bal, causant piano et influences pianistiques. Large sujet, a dit Stevie, qui a invité le jeune homme à poursuivre la conversation après la conférence de presse. De fait, Stevie l'a appelé auprès de lui à la fin, et lui a causé création dans le détail, démontrant au piano l'influence de la musique classique dans Living For The City, etc.

Vieux sage et rigolo

C'était beau. Du Stevie tout craché, imprévisible et génial. Il fallait le voir, ce diable d'homme, tantôt espiègle, tantôt effarant de sincérité. Une sorte de vieux sage, et un rigolo. Quelqu'un d'extraordinairement captivant et apaisant. Une présence. Une aura. Moi qui n'accorde pas grand foi à ces vibrations, j'en jurerais, Stevie vibrait et on le sentait tous.

Une fois la ronde des questions complétés et les sujets pertinents dûment abordés, l'album jazz avec Tony Bennett, le projet de «musical» intitulé Through The Eyes Of Wonder, la performance avec les Jonas Brothers à la dernière remise des Grammy Awards, souvenirs colorés des années Motown, Stevie s'est installé au piano. Accords jazzy, très délicats. Quelle chanson? Transfigurée, lente et triste et magnifique, c'était I Just Called To Say I Love You. Avec un refrain récrit pour la circonstance. «Michael, know / That I'm here and I love you...» Ménard, Simard pleuraient. Nous aussi. On le saura, le nouvel espace des conférences de presse peut aussi être une chapelle ardente. (mis en ligne le mercredi 1er juillet, à 8h40)






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