Festival international de jazz de Montréal - Truffaz en trois temps
À Montréal, le trompettiste français s'arrêtera sur Paris, Mexico et Benares
Photo : Agence France-Presse
Erik Truffaz occupe la première case de la série Invitation du Festival international de jazz de Montréal, de jeudi à samedi soir.
Erik Truffaz parle comme il joue. C'est-à-dire doucement. En laissant du silence entre les phrases. En cherchant le bon mot, comme il tâche de toucher la bonne note, sans s'éparpiller autour. Parleur tranquille, souffleur cool.
Précision, concision et sobriété dans son discours parlé comme dans celui musical: Truffaz a une conception de l'espace sonore très épurée, remarquions-nous une première fois en 2002, à l'occasion d'un de ses passages au Québec. Et rien n'a changé depuis.
On le retrouve ainsi au téléphone avec cette même attention et une disponibilité concentrée. Il vend beaucoup de disques, tourne largement, touche des audiences autrement peu attirées par le jazz, mais Erik Truffaz demeure d'une simplicité toute délicate. Quand on lui demande s'il éprouve une fierté particulière d'avoir lancé l'an dernier un album triple (Rendez-Vous) chez Blue Note, cela alors que l'industrie du disque est au mode maxi-compression, il rouspète gentiment.
«Une fierté, ce serait prétentieux. Disons simplement que je suis content. C'est un projet personnel qui me tenait à coeur: jouer dans des formations plus légères, sans basse ni batterie, ça fait changement de mon quartette habituel. Et je suis heureux d'avoir pu jouer ces musiques si différentes de ce que j'ai toujours fait.»
C'est à ce triple album qu'aura droit le public du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) cette semaine, alors que Truffaz occupe la première case de la série Invitation qui sera complétée par le saxophoniste Joshua Redman et le contrebassiste Renaud Garcia-Fons. Trois soirs de Truffaz, donc, pour présenter trois disques.
D'abord Benares, jeudi. Enregistré à Calcutta, l'album révèle un Truffaz arpentant un territoire inédit en ce qui le concerne. Sonorités indiennes en apesanteur, extrême finesse autour des échanges entre le trompettiste et le pianiste Malcom Braff, le tablaïste Apurba Mukherjee et la chanteuse Indrani Mukherjee. «C'est une autre conscience de l'espace sonore», dit-il de ce projet qui l'a «fait sortir de [ses] repères». «Indrani prend beaucoup de temps entre chaque phrase, il faut s'acclimater. Mais j'aime beaucoup le climat que ça donne, jumelé à la trompette et à la tampura [un luth indien].»
Truffaz dit avoir apprécié cette incursion dans une musique qui n'est pas assise autour de la batterie. «Pour un trompettiste, je crois que c'est plus facile. Ce n'est pas pour rien que Chet Baker jouait sans batteur à la fin! Il y a moins de bruit, plus d'espace, il faut souffler moins fort, et les prises de parole ne sont pas les mêmes. La dynamique est intéressante.»
De l'Inde, on plonge vendredi vers Mexico, deuxième tome du coffret. Ici, Truffaz fait équipe avec l'artiste électro Murcof. Ça plane en grand sur des grooves solidement bâtis, tapisserie sonore d'électrojazz dynamique comme Truffaz aime à s'adonner. «J'ai toujours aimé le sens de la composition de Murcof», raconte le trompettiste qui s'est fait connaître il y a dix ans avec les albums The Dawn et Bending New Corner. «Il établit un véritable dialogue avec ses machines, on est dans une zone qui pourrait être un mélange de musique classique contemporaine et d'Ennio Morricone.»
Retour à Paris, sur ses terres, samedi, pour le dernier tome du même nom. Au contraire de l'album, Truffaz et le chanteur afro-américain Sly Johnson (sorte de beatbox humain, capable de reproduire une multitude de sons par sa voix, un peu à la Bobby McFerrin) seront accompagnés d'un batteur, Philippe Garcia en l'occurrence. «C'est clairement le disque qui a le plus de succès en France, en dit Truffaz. C'est aussi celui qui ressemble le plus à ce que je fais avec mon quartette, avec une dynamique drum'n'bass. Il est plus explosif, plus sauvage, c'est une énergie très brute qui fait du bien.»
Entre Benares, Paris et Mexico, le voyage sera varié. Trois villes, trois rendez-vous, autant d'ambiances différentes. Et pourtant: il y a un son. Une unité Truffaz qui cimente les escales. «J'imagine que ça vient de la voix de ma trompette, de mon rapport au son. Je crée un espace avec les gens avec qui je travaille, et on retrouve cet espace au fil du temps.»
Il poursuit: «Pour moi, la musique n'a pas de sens si elle n'améliore pas le silence. Par conséquent, je cherche à m'approcher au plus près d'une forte émotion et d'une certaine atmosphère que j'ai en moi. Peu importe le mode d'expression, c'est l'intention derrière ma musique.» Et on aura trois fois Truffaz pour le vérifier.
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En concert au Gesù les 1er, 2 et 3 juillet à 18h.
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Nos choix
Jazzing Flamenco
La blessure est profonde, les doigts claquent et frétillent, pendant que les pieds martèlent. Le flamenco est viscéral. Tout comme le blues, la soul et le jazz. Les quatre univers sont ici fusionnés dans une production qui n'a rien du collage. À la suite de l'aventure très réussie de Tango Flamenco, les créateurs madrilènes de la compagnie du chorégraphe Antonio Najarro récidivent avec une oeuvre qui sera présentée pendant toute la durée du festival. Avis aux amateurs d'émotions fortes.
Au Théâtre du Nouveau Monde, ce soir à 18h, du 2 au 6 juillet à 20h et du 8 au 12 juillet à 20h.
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Wynton Marsalis
Difficile de passer à côté de ce géant de la musique américaine, peu importe avec qui il vient et ce qu'il joue. Pour son 12e passage au FIJM — le premier remontant à ses débuts, en 1982 —, Marsalis sera cette fois accompagné de son big band du Jazz at Lincoln Center Orchestra, en plus du pianiste flamenco Chano Dominguez et de son quartette. On annonce une intégration du jazz, du swing et du flamenco.
Concert d'ouverture à Wilfrid-Pelletier, 19h30.
À écouter: Wynton Marsalis et Willie Nelson: Two Men With The Blues, l'album des albums jazz en 2008.
Précision, concision et sobriété dans son discours parlé comme dans celui musical: Truffaz a une conception de l'espace sonore très épurée, remarquions-nous une première fois en 2002, à l'occasion d'un de ses passages au Québec. Et rien n'a changé depuis.
On le retrouve ainsi au téléphone avec cette même attention et une disponibilité concentrée. Il vend beaucoup de disques, tourne largement, touche des audiences autrement peu attirées par le jazz, mais Erik Truffaz demeure d'une simplicité toute délicate. Quand on lui demande s'il éprouve une fierté particulière d'avoir lancé l'an dernier un album triple (Rendez-Vous) chez Blue Note, cela alors que l'industrie du disque est au mode maxi-compression, il rouspète gentiment.
«Une fierté, ce serait prétentieux. Disons simplement que je suis content. C'est un projet personnel qui me tenait à coeur: jouer dans des formations plus légères, sans basse ni batterie, ça fait changement de mon quartette habituel. Et je suis heureux d'avoir pu jouer ces musiques si différentes de ce que j'ai toujours fait.»
C'est à ce triple album qu'aura droit le public du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) cette semaine, alors que Truffaz occupe la première case de la série Invitation qui sera complétée par le saxophoniste Joshua Redman et le contrebassiste Renaud Garcia-Fons. Trois soirs de Truffaz, donc, pour présenter trois disques.
D'abord Benares, jeudi. Enregistré à Calcutta, l'album révèle un Truffaz arpentant un territoire inédit en ce qui le concerne. Sonorités indiennes en apesanteur, extrême finesse autour des échanges entre le trompettiste et le pianiste Malcom Braff, le tablaïste Apurba Mukherjee et la chanteuse Indrani Mukherjee. «C'est une autre conscience de l'espace sonore», dit-il de ce projet qui l'a «fait sortir de [ses] repères». «Indrani prend beaucoup de temps entre chaque phrase, il faut s'acclimater. Mais j'aime beaucoup le climat que ça donne, jumelé à la trompette et à la tampura [un luth indien].»
Truffaz dit avoir apprécié cette incursion dans une musique qui n'est pas assise autour de la batterie. «Pour un trompettiste, je crois que c'est plus facile. Ce n'est pas pour rien que Chet Baker jouait sans batteur à la fin! Il y a moins de bruit, plus d'espace, il faut souffler moins fort, et les prises de parole ne sont pas les mêmes. La dynamique est intéressante.»
De l'Inde, on plonge vendredi vers Mexico, deuxième tome du coffret. Ici, Truffaz fait équipe avec l'artiste électro Murcof. Ça plane en grand sur des grooves solidement bâtis, tapisserie sonore d'électrojazz dynamique comme Truffaz aime à s'adonner. «J'ai toujours aimé le sens de la composition de Murcof», raconte le trompettiste qui s'est fait connaître il y a dix ans avec les albums The Dawn et Bending New Corner. «Il établit un véritable dialogue avec ses machines, on est dans une zone qui pourrait être un mélange de musique classique contemporaine et d'Ennio Morricone.»
Retour à Paris, sur ses terres, samedi, pour le dernier tome du même nom. Au contraire de l'album, Truffaz et le chanteur afro-américain Sly Johnson (sorte de beatbox humain, capable de reproduire une multitude de sons par sa voix, un peu à la Bobby McFerrin) seront accompagnés d'un batteur, Philippe Garcia en l'occurrence. «C'est clairement le disque qui a le plus de succès en France, en dit Truffaz. C'est aussi celui qui ressemble le plus à ce que je fais avec mon quartette, avec une dynamique drum'n'bass. Il est plus explosif, plus sauvage, c'est une énergie très brute qui fait du bien.»
Entre Benares, Paris et Mexico, le voyage sera varié. Trois villes, trois rendez-vous, autant d'ambiances différentes. Et pourtant: il y a un son. Une unité Truffaz qui cimente les escales. «J'imagine que ça vient de la voix de ma trompette, de mon rapport au son. Je crée un espace avec les gens avec qui je travaille, et on retrouve cet espace au fil du temps.»
Il poursuit: «Pour moi, la musique n'a pas de sens si elle n'améliore pas le silence. Par conséquent, je cherche à m'approcher au plus près d'une forte émotion et d'une certaine atmosphère que j'ai en moi. Peu importe le mode d'expression, c'est l'intention derrière ma musique.» Et on aura trois fois Truffaz pour le vérifier.
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En concert au Gesù les 1er, 2 et 3 juillet à 18h.
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Nos choix
Jazzing Flamenco
La blessure est profonde, les doigts claquent et frétillent, pendant que les pieds martèlent. Le flamenco est viscéral. Tout comme le blues, la soul et le jazz. Les quatre univers sont ici fusionnés dans une production qui n'a rien du collage. À la suite de l'aventure très réussie de Tango Flamenco, les créateurs madrilènes de la compagnie du chorégraphe Antonio Najarro récidivent avec une oeuvre qui sera présentée pendant toute la durée du festival. Avis aux amateurs d'émotions fortes.
Au Théâtre du Nouveau Monde, ce soir à 18h, du 2 au 6 juillet à 20h et du 8 au 12 juillet à 20h.
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Wynton Marsalis
Difficile de passer à côté de ce géant de la musique américaine, peu importe avec qui il vient et ce qu'il joue. Pour son 12e passage au FIJM — le premier remontant à ses débuts, en 1982 —, Marsalis sera cette fois accompagné de son big band du Jazz at Lincoln Center Orchestra, en plus du pianiste flamenco Chano Dominguez et de son quartette. On annonce une intégration du jazz, du swing et du flamenco.
Concert d'ouverture à Wilfrid-Pelletier, 19h30.
À écouter: Wynton Marsalis et Willie Nelson: Two Men With The Blues, l'album des albums jazz en 2008.
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