Michael Jackson (1958-2009) - Le mort-vivant est mort
Photo : Agence France-Presse
Michael Jackson en spectacle à Pasadena, Californie, en 2002
Michael Jackson mort. Subitement, à 50 ans, presque 51. La nouvelle a pris d'assaut la Toile et les télés hier soir un peu après l'heure du souper. On était déjà dans la mort, il y en avait plein les nouvelles. Au Québec, un enfant noyé. L'actrice Farrah Fawcett, morte hier aussi, elle, d'un cancer. Mauvaise journée pour mourir quand on n'est pas Michael Jackson. Tel Gilles Pellerin mort le jour de la mort d'Elvis. Instantanément, il n'y en avait plus que pour Michael, tout partout. «Michael Jackson Dies», confirmait le L.A. Times, relayé par CNN qui refusait d'entériner. Michael Jackson est mort quand même. Crac, le coeur.
Personne n'est surpris, et en même temps ça saisit. Ça fait drôle. Sentiments mélangés. Une certaine tristesse pour qui l'a connu avec les Jackson 5, tellement c'était un p'tit gars pétillant de vie. Un soulagement certain: e finita la commedia. Fermé, le cirque. Fermé? On en a pour des semaines à Access Hollywood. On imagine son corps en tournée mondiale, embaumé, sous verre. Le freak show. Tout est possible. C'est la mort d'Elvis, une fois de plus. À CNN, à mesure que la soirée avançait, on voyait la foule grossir autour du UCLA Hospital. Ça va affluer de partout vers Los Angeles dans les jours qui viennent: ce n'est pas rien, Michael, malgré tout. Malgré tout. L'Elvis d'une génération, rien de moins.
Mort, Michael Jackson? On se dit que ce n'est jamais que la confirmation d'une bien vieille nouvelle. Mort, Michael Jackson, depuis quand déjà? Depuis Michael en mort-vivant dans le vidéoclip de Thriller, préfigurant le monstre défiguré qu'il allait devenir? Depuis le procès pour pédophilie présumée, procès dont il sortit blanchi, littéralement, non sans avoir à jamais semé le doute dans les esprits? Depuis l'énième ravalement de façade et la potée dans les trous de nez au-dessus des trous de nez? Depuis la récente menace de mise aux enchères publiques d'objets personnels dénichés à Neverland, son Graceland d'enfant traumatisé cherchant le retour à l'origine à travers un véritable zoo et le contact d'enfants non encore salis par le monde extérieur? Vouloir dater, je dirais que Michael Jackson a commencé à mourir le soir où il a glissé magiquement sur la pelure de banane de son destin, ce fameux moonwalk, l'extraordinaire chorégraphie sur Billie Jean à la fête des 25 ans de Motown. C'était en 1983, un an après la sortie de Thriller, l'album au tas de millions d'exemplaires (on ne sait plus combien), le plus vendu de l'histoire de la musique populaire. Après ça, il y eut encore des tubes, des tournées, mais, inexorablement, le déclin.
Déclin décliné en mille épisodes. Des étrangetés de plus en plus étranges, des bizarreries de plus en plus bizarres. Son bébé tenu au-dessus d'un balcon. La fille d'Elvis pour épouse. Le catalogue des chansons des Beatles ravi à Paul McCartney. Le squelette d'Elephant Man pour bibelot. Le sommeil du juste sous la tente d'oxygène. Michael Jackson, c'était Peter Pan et Howard Hugues et Pee Wee Herman et un petit général avec des paillettes et un petit garçon afro-américain de Gary, en Indiana, tout ce monde-là en un même être si peu humainement possible et pourtant humain, comme vous et moi. Comment vivre vieux quand on est si nombreux? Et tellement fucké en dedans que ça paraît dans la face? Tragique «King Of Pop», seul en son carré de sable.
Moche, tout ça. J'écoute une compilation des Jackson 5 pour me rappeler qu'avant, avant tout ça, il était vraiment formidable, Michael Jackson. I Want You Back, le premier 45-tours, en 1969. Fabuleuse construction pop-soul, l'énergie irrépressible. Je revois Michael entouré de ses frères au Ed Sullivan Show, exultant. Un pro qui s'ignorait dans un petit corps, une nature, une voix, une gestuelle. «All I want! All I need!» Je le revois parmi les Jackson 5 en dessins animés, au début des années 1970. Chouette émission, thème musical imparable: ABC. Souvenir de fin d'enfance. Je regardais ça sur le câble. Le Michael cartoonesque avait déjà pour ami un serpent. Pas longtemps après, je le revois chantant une tendre ballade pour un rat, Ben. Craquelures, déjà. L'enfant battu par le père Jackson s'organisait comme il le pouvait pour survivre. Après Off the Wall et Thriller, succès trop fou, c'était trop tard. Les craquelures étaient plaies béantes, la folie tenait lieu de baume, la fin était annoncée.
Michael Jackson n'a jamais compris ce qui lui arrivait. Comme Elvis. Trop de talent pour leur bien. Trop d'instinct, pas assez de ressources. De perspective. De distance. On ne peut pas tous être Mick Jagger ou Paul McCartney. Quel gâchis, quand on y pense. Tout ça pour notre entertainment pleasure. Tiens, j'écoute la splendide et touchante I'll Be There, et presque à mon corps défendant, j'ai de la peine. Autant me l'avouer maintenant: je fais aujourd'hui le deuil de Michael Jackson, un p'tit gars de mon âge qui chantait et bougeait comme nul autre.
Personne n'est surpris, et en même temps ça saisit. Ça fait drôle. Sentiments mélangés. Une certaine tristesse pour qui l'a connu avec les Jackson 5, tellement c'était un p'tit gars pétillant de vie. Un soulagement certain: e finita la commedia. Fermé, le cirque. Fermé? On en a pour des semaines à Access Hollywood. On imagine son corps en tournée mondiale, embaumé, sous verre. Le freak show. Tout est possible. C'est la mort d'Elvis, une fois de plus. À CNN, à mesure que la soirée avançait, on voyait la foule grossir autour du UCLA Hospital. Ça va affluer de partout vers Los Angeles dans les jours qui viennent: ce n'est pas rien, Michael, malgré tout. Malgré tout. L'Elvis d'une génération, rien de moins.
Mort, Michael Jackson? On se dit que ce n'est jamais que la confirmation d'une bien vieille nouvelle. Mort, Michael Jackson, depuis quand déjà? Depuis Michael en mort-vivant dans le vidéoclip de Thriller, préfigurant le monstre défiguré qu'il allait devenir? Depuis le procès pour pédophilie présumée, procès dont il sortit blanchi, littéralement, non sans avoir à jamais semé le doute dans les esprits? Depuis l'énième ravalement de façade et la potée dans les trous de nez au-dessus des trous de nez? Depuis la récente menace de mise aux enchères publiques d'objets personnels dénichés à Neverland, son Graceland d'enfant traumatisé cherchant le retour à l'origine à travers un véritable zoo et le contact d'enfants non encore salis par le monde extérieur? Vouloir dater, je dirais que Michael Jackson a commencé à mourir le soir où il a glissé magiquement sur la pelure de banane de son destin, ce fameux moonwalk, l'extraordinaire chorégraphie sur Billie Jean à la fête des 25 ans de Motown. C'était en 1983, un an après la sortie de Thriller, l'album au tas de millions d'exemplaires (on ne sait plus combien), le plus vendu de l'histoire de la musique populaire. Après ça, il y eut encore des tubes, des tournées, mais, inexorablement, le déclin.
Déclin décliné en mille épisodes. Des étrangetés de plus en plus étranges, des bizarreries de plus en plus bizarres. Son bébé tenu au-dessus d'un balcon. La fille d'Elvis pour épouse. Le catalogue des chansons des Beatles ravi à Paul McCartney. Le squelette d'Elephant Man pour bibelot. Le sommeil du juste sous la tente d'oxygène. Michael Jackson, c'était Peter Pan et Howard Hugues et Pee Wee Herman et un petit général avec des paillettes et un petit garçon afro-américain de Gary, en Indiana, tout ce monde-là en un même être si peu humainement possible et pourtant humain, comme vous et moi. Comment vivre vieux quand on est si nombreux? Et tellement fucké en dedans que ça paraît dans la face? Tragique «King Of Pop», seul en son carré de sable.
Moche, tout ça. J'écoute une compilation des Jackson 5 pour me rappeler qu'avant, avant tout ça, il était vraiment formidable, Michael Jackson. I Want You Back, le premier 45-tours, en 1969. Fabuleuse construction pop-soul, l'énergie irrépressible. Je revois Michael entouré de ses frères au Ed Sullivan Show, exultant. Un pro qui s'ignorait dans un petit corps, une nature, une voix, une gestuelle. «All I want! All I need!» Je le revois parmi les Jackson 5 en dessins animés, au début des années 1970. Chouette émission, thème musical imparable: ABC. Souvenir de fin d'enfance. Je regardais ça sur le câble. Le Michael cartoonesque avait déjà pour ami un serpent. Pas longtemps après, je le revois chantant une tendre ballade pour un rat, Ben. Craquelures, déjà. L'enfant battu par le père Jackson s'organisait comme il le pouvait pour survivre. Après Off the Wall et Thriller, succès trop fou, c'était trop tard. Les craquelures étaient plaies béantes, la folie tenait lieu de baume, la fin était annoncée.
Michael Jackson n'a jamais compris ce qui lui arrivait. Comme Elvis. Trop de talent pour leur bien. Trop d'instinct, pas assez de ressources. De perspective. De distance. On ne peut pas tous être Mick Jagger ou Paul McCartney. Quel gâchis, quand on y pense. Tout ça pour notre entertainment pleasure. Tiens, j'écoute la splendide et touchante I'll Be There, et presque à mon corps défendant, j'ai de la peine. Autant me l'avouer maintenant: je fais aujourd'hui le deuil de Michael Jackson, un p'tit gars de mon âge qui chantait et bougeait comme nul autre.
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