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L'OFF Festival de jazz se transforme en phénomène

Serge Truffaut   22 juin 2009  Musique
Pierre Labbé dirige les cinquante musiciens qui interprètent son oeuvre.
Pierre Labbé dirige les cinquante musiciens qui interprètent son oeuvre.
Depuis son amorce, la dixième édition de l'OFF Festival de jazz de Montréal s'est singularisée par une somme de moments parfois intenses, parfois amples, d'autres fois aussi austères qu'un film suisse ou suédois, mais tout de même intéressants. Quoi d'autre? On a été témoin d'un fait combinant culture et social si étonnant ou plutôt inattendu qu'il mérite mille et un arrêts sur image.

Voilà, pour le spectacle d'ouverture, les organisateurs de l'événement avaient décidé que le Tremblement de fer de Pierre Labbé se tiendrait au hangar n° 16 situé à l'extrémité est du Vieux-Port. Autrement dit, en un endroit qui nous est géographiquement beaucoup moins familier que le Club Soda, l'Upstair's, le Lion d'Or, le Monument-National et autres. Deuxio, ce soir-là l'humeur, climatique s'entend, se confondait avec maussade à la puissance dix. Il pleuvait des trombes d'eau.

Malgré ces adversités physiques et météorologiques, le hangar s'est rempli. On tient à le répéter: ce hangar où l'humidité s'est installée, si l'on peut dire évidemment, à demeure était plein. Plus de 400 personnes ont assisté à ce spectacle. Quand on sait, et non suppute, que des amateurs ne sont pas venus parce qu'ils ont cru que le Tremblement de fer se déroulerait à l'extérieur, ce fait, ce nombre, est remarquable. Les plus surpris ont été les responsables de la programmation qui n'avaient jamais imaginé dans leurs rêves les plus fous que tant de gens seraient au rendez-vous.

Chose certaine, cette histoire de nombre comporte ou présente un enseignement: les amateurs de la note bleue sont beaucoup plus enclins à l'aventure et plus curieux que ne le sont les responsables des diverses salles sans parler de ceux des ondes radio qui devraient méditer ce phénomène plutôt que de le... moquer!

D'autant que Tremblement de fer a été applaudi deux fois plutôt qu'une. Il a été très apprécié. Il a surtout captivé; il y avait de quoi. L'oeuvre, car il s'agit bel et bien d'une oeuvre, de Pierre Labbé se démarque par ce savant ou plutôt très subtil dosage entre la pesanteur, dans le sens le plus noble du terme, et le rythme, entre l'équilibre des solos et d'un ensemble rassemblant une cinquantaine d'instrumentistes. Moitié cordes, moitié cuivres, le tout poussé par une double formation rythmique.

Quand on sait le travail de moine, tendance bénédictin, que Labbé a dû accomplir pendant des mois pour composer son Tremblement, quand on sait que tenter l'accouplement des violons avec les saxos, c'est prendre le risque de se casser la gueule deux fois sur trois et quand on s'arrête au résultat, on ne peut espérer qu'une chose: un enregistrement. Il serait aussi regrettable que triste que Tremblement de fer soit né et décédé le 18 juin 2009.

St-Jak

Pianiste et poète, Pierre St-Jak s'est présenté au Dièse onze, rempli à craquer, en compagnie de la fine fleur du jazz voyageur, sensuel, soit Jean Derome, aux saxes alto et baryton, Claude Vendette au ténor, Normand Guilbeault à la contrebasse et Pierre Tanguay à la batterie. De 22h à 2h, St Jak avec ses compositions, ses clins d'oeil à Charles Mingus et parfois à Cecil Taylor a régalé. St Jak et ses complices, et non accompagnateurs, ont séduit de bout en bout.

Entre le début et la fin, il nous a guidés en Afrique, du nord au sud, nous a ramenés en Amérique du Nord, nous a promenés en Amérique du Sud en s'arrêtant parfois dans les Antilles. Autrement dit, il a effectué l'alchimie entre horizons sonores orientaux, rythmes latins et densité rythmique que l'on prête au jazz. Il a fait penser au Mingus de Cumbia & Jazz Fusion: on emprunte les chemins vicinaux pour commencer, puis on se retrouve en plein centre-ville. Genre, comme dirait la jeunesse, «Nueva York».

Autour de lui, Tanguay n'a pas cessé de pousser les solistes, de les relancer avec son habituelle générosité, Guilbeault n'a pas cessé, lui, de tisser les liens, de maintenir ouverts les canaux entre les uns et les autres, Vendette et Derome ont déployé des nappes sonores, ciselé des solos, qui avaient ceci de notable: aucune redite et des tonnes d'intensité.

St-Jak? À la fin du spectacle, on ne pouvait que regretter qu'il soit trop absent de la scène. Qu'il n'enregistre pas assez. Bref, St-Jak a ceci d'extrêmement agaçant: il gâche son énorme talent. C'est d'autant plus énervant que, pour ce qui est du jazz vif, puissant, sensuel, émouvant, passionné et on en passe, il est indispensable à la scène montréalaise.

Groupe formé par Jean René au violon alto, Philippe Lauzier au saxo et à la clarinette basse ainsi que de Thom Gossage à la batterie, Les Tourneurs ont signé à la Chapelle du Bon-Pasteur une prestation austère, mais pas inintéressante. Ce sont des improvisateurs de haute tenue, des musiciens sans concession, mais trop... Comment dire? C'était cérébral en diable. Comme un film suisse réalisé par Wittgenstein.






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