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Elton John et Billy Joel, le Face 2 Face Tour au Centre Bell - À deux la vie c'est mieux

Sylvain Cormier   26 septembre 2009 21h28  Musique
C'est à des petites choses qu'on sait. Que c'est bon pour eux aussi. Le sourire large comme ça dans la poupine binette sexagénaire d'Elton regardant de son bout de piano Billy Joel chantant les portions de Bennie And The Jets que leur créateur atteint dorénavant plus difficilement. Quand ça monte, savez, «Say Candy and Ronnie, have you you seen them yet»? Et puis Billy à son tour qui fait semblant de s'offrir la pause-cigarette pendant qu'Elton chante l'une des belles du p'tit vieux gars du Bronx (Billy est vieux et pas gêné de se montrer presque chauve avec barbiche blanche, à la différence d'Elton, très transplanté du cheveu). Ils semblent ravis d'être là, les papys du piano. Pour vrai, j'en jurerais. Et nous? Et nous alors!

Il est 23h45, là, maintenant, en ce mercredi soir sur la terre. J'ai les yeux tout secs de les avoir trop embués. Pendant tout le trajet de retour, j'ai chanté Goodbye Yellow Brick Road en boucle. Il y a une demi-heure dans un Centre Bell presque épuisé de bonheur, après trois heures et vingt-cing minutes chrono de succès ininterrompus, Elton John et Billy Joel achevaient l'emblématique Piano Man. La trente-cinquième chanson de la soirée. Je pense qu'à la fin, on était plus fatigués qu'eux.

Tellement de formidables chansons dans un même spectacle, j'en reviens toujours pas. Pourtant, j'étais là la fois que les compères se sont amenés au Centre... Molson en 2001. Peut-être est-ce parce que j'ai vieilli de huit ans, et eux aussi: c'était pas pareil cette fois-ci, je m'imprégnais de chaque chanson plus intensément. C'était, comment dire... plus important. Probable qu'ils ne nous referont pas ça dans huit ans, au bord de l'autre dizaine. Pas sûr qu'on ira encore voir des shows dans huit ans. Faut en profiter.

Ça coûtait cher, bien sûr, mais il n'y avait pas placement plus garanti ce printemps que ce programme double. Double? Triple, oui: le show d'Elton avec son band, celui de Billy avec son band à lui, puis le show de Billy et Elton ensemble, avec toute la ribambelle sur scène. Onze titres chacun, treize titres en commun. Reprenons ça par le début. L'entrée, royale. Billy d'abord, en habit-cravate très wiseguy newyorkais dans le genre, Sir Elton ensuite, en queue-de-pie démesurée, avec motifs de paillettes. Les pianos sortent du plancher. Étreinte. Chacun à son clavier. Quatre titres à deux pour se mettre et nous mettre dans le bain: Your Song, Just The Way You Are, Don't Let The Sun Go Down On Me, My Life (avec un peu de Beethoven en intro). On est debout, déjà. On pourrait être aux rappels.

De Billy à Elton

Billy s'éclipse. Elton et les siens, dont les gars de l'époque héroïque, Nigel Olsson à la batterie, Davey Johnstone à la guitare, amorcent leur segment avec l'épique Funeral For A Friend / Love Lies Bleeding. Presque toutes les chansons retenues sont comprises entre 1970 et 1973, les années de la crédibilité, avant les années grotesques. Elton en est très conscient, précise exprès la provenance de chaque chanson. On redécouvre Burn Down The Mission avec son ambiance de negro spiritual, puis on revit l'expérience Madman Across The Water, géniale contruction mélodique. Suivent les lacrymales, ballades trop belles pour l'homme normalement constitué: Tiny Dancer, Goodbye Yellow Brick Road, Daniel. Rocket Man, version à rallonge, vire au numéro de piano. Arpèges complexes, brillance et inspiration au rendez-vous, Elton sourit en jouant. Ça finit debout, on ne résiste pas à Crocodile Rock.

Et c'est Billy Joel qui s'amène. C'est pas Elton, le segment Billy, pas la grande communion générationnelle, mais ça déménage. Son groupe est une sorte d'E Street Band de New York, des dégourdis, des caïds, à commencer par Mark Rivera au saxo, plus cool que cool, on se croirait dans un film de Scorcese. Avec Billy Joel en parrain. Dangereusement drôle, le parrain: «I am not Billy Joel, lance-t-il après Allentown. I am René Angelil. Billy couldn't make it tonight, he's home combing his hair...»

C'est fou comme il a des succès qu'on a oubliés, Billy Joel. Movin' Out (Anthony's Song), We Didn't Start The Fire, It's Still Rock'n'Roll To Me, Only The Good Die Young. Depuis la dernière fois, j'ai aussi oublié quel étonnant showman il est: à la fois efficace et détaché, pas énervé et dymanique. Il faut le voir manier un pied de micro, façon James Brown mais exagéré. Le fait est qu'on vit avec Billy une autre sorte de plaisir qu'avec Elton: c'est moins émouvant, plus jubilatoire. Plus rock'n'roll.

C'est fini? Non, Billy et Elton reviennent, leurs musiciens respectifs aussi, la scène est pleine. Neuf chansons encore! C'est effarant, il y a encore des imparables au programme, Uptown Girl de l'un, The Bitch Is Back de l'autre, You May Be Right, Bennie And The Jets, et puis en bonus, un doublé Beatles dans le tapis: Birthday et Back In The USSR. Et puis les batteries et percussions disparaissent, tout le monde quitte sauf Elton et Billy et les 17 686 témoins, qui partagent les immortelles d'entre les immortelles, Candle In The Wind et Piano Man. Dernière étreinte des «piano men». C'est le grand message de la soirée: à deux la vie c'est mieux.






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