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Le Devoir   15 mai 2009  Musique
Chanson: Cerf-volant - Trois gars su'l sofa - Tribal - Sélect: C'était la trouvaille: Trois gars su'l sofa. Chouette nom pour un trio. Ça se retient, on pense à des colocs évachés, ça dit: marrant. Seulement voilà, ça marque. Surtout qu'À la plage, succès du premier album, était un petit bijou de n'importe quoi hilare, rappelant les bêtises joliment tournées d'un tandem d'humoristes au nom pareillement rigolo, Crampe en masse. Voyez le piège? Que faire si les gars se lèvent du sofa? C'est le cas, justement: ce deuxième album se tient debout. Mais pour le savoir, faut écouter sans rire, dépasser l'appellation. Se laisser gagner par les mélodies (plus subtiles), les arrangements (plus ambitieux, merci David Brunet) et, force première du trio, les voix du plus bel enchevêtrement harmonique (façon Beatles). Et constater que les gars ont le doigté pour la découpe de la tranche de vie extrafine. Certes, on dénote encore çà et là des paresses, l'appel mou du sofa, mais le pas est franchi. Aujourd'hui, Trois gars su'l sofa, c'est de plus en plus trois gars au travail.

Sylvain Cormier

***

Monde

Séno

Ba Cissoko

Sterns Music / SRI

Si Ba Cissoko est à la fois le nom d'un excellent koriste de Guinée Conakry et celui d'un groupe flamboyant qui marie kora acoustique et électrique, ce troisième disque est celui d'une sorte de maturité dans l'équilibre entre la tradition et l'urbanité. Moins électrique que les précédents, sans toutefois établir un retour complet aux racines, Séno offre de fort beaux dialogues entre les deux mondes. Toujours présentes, la distorsion et les pédales wah-wah sont davantage intégrées et la fluidité des instruments acoustiques ressort plus nettement. Cissoko laisse une bonne place au guitariste Abdoulaye Kouyaté, alors que le balafon est intégré à une pièce. Dans une autre, on explore une forme de chant qui est proche du rap. S'en dégage une atmosphère qui rappelle aussi bien l'élégance et le classicisme des grands airs mandingues que l'énergie d'une jeunesse qui crée là-dessus. Ça lorgne parfois le reggae, ça tournoie et ça respire la profondeur.

Yves Bernard

***

Jazz

Django à la créole

Evan Christopher

Frémeaux et associés

Katrina est tombée en force sur Evan Christopher, et le musicien n'a pas sauvé grand-chose d'autre que sa clarinette en 2005. Dure période. Mais quelques mois après le passage de l'ouragan, Christopher était invité en résidence à Paris, où il a monté deux groupes, dont Django à la créole. Concept simple: on reprend la musique du géant gitan en lui donnant quelques airs du bayou. Swing à La Nouvelle-Orléans, en somme. Deux guitares, une clarinette et une contrebasse. Et ça fonctionne diablement. Ce raccord de Django au blues, aux rythmes créoles et à l'impro du jazz coule de source, se dit-on d'oreille. La faute, d'abord, au naturel éloquent du jeu de Christopher, dont certains suggèrent qu'il est le Stan Getz de la clarinette tant le son est pur et fluide. La faute, ensuite, à une rythmique imparable qui s'accommode aussi bien des ballades (Douce ambiance) que des pièces plus relevées (I Know that You Know). On dira merci à Katrina pour la trouvaille.

Guillaume Bourgault-Côté

***

Chanson-slam

Géophonik

Guillaume Arsenault

GSI / Sélect

Il nous fait pas mal penser à Ivy, ce Guillaume Arsenault. Deux carrières qui ont commencé par la chanson, avant de prendre une tangente slam. Cette volonté commune de jouer avec les mots, leurs sons, leurs rimes. Et cet amour du mélange des genres musicaux. Sur Géophonik, le Gaspésien Arsenault a travaillé avec le musicien et réalisateur Érik West-Millette (Thomas Hellman) pour élaborer une musique country-folk qui laisse beaucoup de place aux instruments (guitare acoustique et slide, cuivres, banjo) mais aussi à plein de bruitages organiques et électroniques, façon Martin Léon. Tout se mélange en beauté, y compris la trompette de Charles Imbeau et le sax de Charles Papasoff. Ce qui nous lasse, c'est la propension d'Arsenault à parler de lui en tant que créateur. Le lauréat du Festival en chanson de Petite-Vallée 2001 discute beaucoup de ses mots, de son métier, de son inspiration. C'est quand il sort de ce carcan et de la rime à tout prix (Tour, Mots parleurs) qu'il est le plus puissant, comme sur Bonheur intermittent.

Philippe Papineau

***

Classique

Bruckner

Symphonie n° 4 (version originale 1874). Deux nouveautés: Kent Nagano, Orchestre d'État de

Bavière (Sony 8697368812), et Roger Norrington, Orchestre de Stuttgart (Haenssler 93.218).

J'ai très rarement entendu deux lectures aussi dissemblables d'une même partition. La version originale de la 4e Symphonie se démarque beaucoup de la mouture connue et habituellement jouée, ne serait-ce que par un scherzo totalement différent. Je n'y trouve guère d'intérêt, à part la curiosité: pour les brucknériens, c'est «à connaître», juste pour mesurer le chemin parcouru ensuite. Nagano et Norrington jettent donc sur la chose un regard on ne peut plus opposé. Si la 4e de Bruckner était un opéra de Wagner, Norrington interpréterait Rienzi et Nagano, Lohengrin. Nagano traite l'oeuvre avec la grandeur de la 7e ou de la 8e Symphonie; Norrington, comme une explosion primale. La réalisation orchestrale de Nagano est cependant bien plus accomplie, avec des graves bien assis. Sans doute la vérité est-elle entre les deux, mais tant qu'à explorer la chose, autant choisir le CD Sony.

Christophe Huss

***

Classique

Bach

Messe en si. Deux nouvelles versions: Marc Minkowski, Naïve, deux CD V 5145 (Naxos), et Michel Corboz, Mirare, deux CD MIR 081 (SRI).

Les dernières années ont été fructueuses pour la discographie de la Messe en si de Bach, avec l'arrivée quasi concomitante des versions Bernius (Carus), Suzuki (BIS) et Rilling (Haenssler). Voici l'étincelant Minkowski et le sage Corboz... du moins en théorie. La version Minkowski est de celles qui, dans la foulée des recherches de Joshua Rifkin, défendent une vision minimaliste où les solistes sont aussi «choristes». Mais les huit chanteurs démontrent surtout qu'un soliste n'est pas forcément un bon choriste, et leurs voix (ténors, sopranos) sont mal assorties. De plus, l'approche tient de la rhétorique baroque plus que de l'expression de la foi. En dépit du battage promotionnel, c'est une version à fuir. Corboz fait paraître chez Mirare sa quatrième interprétation de cette messe. Comme chez Rilling, les instruments y prennent une place de plus en plus incarnée et narrative. L'effectif est optimal, l'approche très humaine.

C. H.











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