Diane Dufresne au Monument-National - Fusionnelles effusions

Diane Dufresne hier, au premier des deux soirs de sa première montréalaise? Avouons l'inavouable: j'avais pas envie. Zéro désir. En plus, comme pour me donner raison, le Quartier des spectacles me refusait l'accès. Je cherchais une place où me garer autour du Monument-National, n'en trouvais pas, m'en trouvais soulagé. Et si je rebroussais chemin? Et puis j'ai trouvé, in extremis. Boudé en marchant. Gravi les marches pesamment. Me suis assis en maugréant intérieurement alors que les lumières de la salle s'éteignaient.

Et puis, malgré moi, en dépit de mon dépit, à corps défendant, j'ai tout de suite trouvé qu'elle chantait magnifiquement, la Diane. A-t-elle chanté plus purement? Si purement que j'en oubliais ses drôles de phonèmes (surtout ses e accent grave, insupportables depuis 40 ans). J'étais bien embêté: c'était fameusement bon, d'emblée. Qui plus est, elle était belle, la belle, dans sa drôle de robe froufroutée passée par dessus une autre robe, noire celle-là. Sorte d'ange fripé. Et puis elle a chanté Partager les anges, et je me suis étonné à partager le frisson général. Jusqu'aux arrangements d'Alain Sauvageau qui ne me hérissaient pas, pour changer: piano, quatuor de cordes, timbales, on aurait dit un orchestre symphonique de poche. De l'envergure, de la classe. J'étais partant, du coup.

Et admiratif: je ne sais pas ce qu'elle nous fait, mais où qu'elle aille, on la suit. Et ça n'a rien d'évident: ce spectacle de l'album Effusions est extraordinairement exigeant. Au programme, la presque intégrale dudit nouvel album. Des chansons inédites, De vous à moi's', Aimer la vie. Une reprise inattendue de Félix, La vie, l'amour, la mort. La totale du credo écolo, la Terre planète bleue en ballon gonflable et les pingouins (manchots?) de Jean Lemire en projection. Et pas de concessions en retour: des quatre décennies précédentes ne subsistaient que les utiles au propos, Hymne à la beauté du monde, Que, Le Locataire, Oxygène.

Faut vouloir. Elle voulait. Ils voulaient. Elle nous aimait. On l'aimait. Ce spectacle carbure à l'amour réciproque. Fusionnelles, les effusions. Ça allait loin: une page blanche dans le programme invitait le spectateur à dessiner ses impressions, avec une promesse d'expo à la clé. «Je vais faire une oeuvre collective avec vos oeuvres», s'est exclamée Diane Dufresne alors qu'on l'acclamait. Après de tels transports en commun, j'était presque gêné de retrouver mon auto.

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Danielle Turcotte - Inscrite 9 mai 2009 07 h 09

    L'éloge de la langue française

    Diane Dufresne vous a finalement transporté dans son monde. Pour ma part, je le suis en lisant vos états d'âme si bien exprimés. Jouer avec les mots pour en faire de superbes images me séduit toujours. Lorsque je rencontre cette forme de jeu dans mes lectures , je me rends compte alors qu'elle n'est pas si courante que cela. Un texte écrit dans un tel langage est comme une petite oeuvre d'art où chaque phrase aurait été ciselée avec soin. Diane Dufresne est sûrement une grande artiste ; mais celui qui décrit sa performance en est un aussi.