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Maison du Festival de jazz - Jazz aluminium

Fin juin, un touriste débarqué à Montréal et errant coin Sainte-Catherine et de Bleury ne saura pas que la nouvelle Maison du Festival Rio Tinto Alcan ne cache pas un musée de l'aluminium, mais bel et bien un antre du jazz!

L'industrie culturelle québécoise est cruellement soumise aux commandites et aux dons d'entreprises. Cette dépendance est telle que le président fondateur du Festival international de jazz de Montréal, Alain Simard, le dit d'emblée: sans financement privé, pas de maison du jazz. On devine la suite: sans promesse d'affichage au donateur, pas de commandite.

Le résultat de ce jeu comptable est pour le moins navrant: la maison du jazz pourrait aussi bien abriter un entrepôt de chaussures ou une usine de pois en conserve, qu'en saurions-nous? Rien dans son appellation n'évoquera la chaleur d'un rythme musical. Révoltant! À l'ère florissante des PPP, que nous réserve-t-on pour la future salle de l'OSM?

La maison du jazz-aluminium aura coûté davantage en fonds publics qu'en commandites, mais le donateur remporte le concours toponymique. L'État encourage, en quelque sorte, cette course à l'affichage commercial. Il versera sa part publique seulement si le privé a accepté de contribuer. Résultat? La commandite fait foi de bougie d'allumage. Cette maison de la musique, qui aurait pu dignement offrir sa devanture à un grand nom du jazz tel Oscar Peterson, fait dans le métal blanc et le conglomérat anglo-australien.

Jusqu'à quand d'ailleurs? Qu'on se rappelle le Centre Molson, changé par un coup de baguette comptable en Centre Bell. Ne serait-ce que pour la pérennité du nom d'une institution culturelle, le choix de son appellation ne devrait pas être dicté par des impératifs financiers. Sans compter qu'aucune entreprise — l'actualité nous le rappelle sans cesse — n'est à l'abri d'une déconvenue, quelle qu'elle soit.

Le milieu universitaire a depuis longtemps succombé aux caprices des donateurs. Mais les pavillons Jean Coutu (Université de Montréal) ou Schulich (Université McGill) honorent non seulement de grands bienfaiteurs et hommes d'affaires, mais d'anciens étudiants attachés à leur alma mater. La différence est de taille.

Dans un passé pas si lointain, le Québec était en guerre contre l'affichage en anglais, y voyant une attaque fine à l'âme de sa culture, sa langue française. Notre charte ne peut toutefois rien contre l'assaut publicitaire, qui s'insinue sournoisement dans la toponymie de ces bâtiments, si culturels et soutenus par des fonds publics soient-ils.

La dépendance des institutions culturelles envers les commanditaires serait telle qu'il serait devenu un «luxe» d'appeler un chat un chat? Il faudrait donc courber l'échine, contribuer à la banalisation du phénomène et donner platement dans l'aluminium plutôt que dans l'hommage aux plus grands? Reste à compter alors sur la pudeur et la sobriété du cercle des richissimes. Un rappel à ceux-là: le mécénat n'a rien de la propagande, mais tout de l'impératif moral et privé.

***

machouinard@ledevoir.com






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  • loiselet
    Abonné
    jeudi 7 mai 2009 01h37
    Célébrons les richards
    « Madame Chouinard, vous écrivez: "La pudeur et la sobriété du cercle des richissimes"? Faudrait pas rêver en couleur! Ils ne sont en business que pour le maximum de dollars. Ils vendent même des canons et fomentent des guerres pour en avoir plus. Ils polluent en masse et détrisent allègrement le système économique au nom de la libre entreprise et nous les publicisons, leur demandons l'aumône et leur baisons le d...Que dire de plus? Affichons-les sur tous les tétreaux! Il y a encore quelques grenailles de sous à ramasser pour eux.
    Passons l'assiette au lieu de sortir la colère dans les rues. »

  • Marie Mance Vallée
    Inscrite
    jeudi 7 mai 2009 06h38
    L'Histoire de demain
    « Sans doute enseignera-t-on aux élèves de demain l'histoire de ces héros modernes que sont les Jean Coutu, Molson, Bell, Pepsi, BoWater, Alcan, Rio Tinto et j'en passe. La médiocrité, la lâcheté et l'appât du gain sont sans limite.

    Marie Mance Vallée »

  • Jaber Lutfi
    Abonné
    jeudi 7 mai 2009 09h08
    Qu'en disent les artistes?
    « Que l'ensemble des artistes ne s'y oppose pas farouchement, quitte à recourir au boycotte, indique qu'il n'y a pas de consensus parmi les artistes sur ce qu'est l'art ni sur ce que sont les institutions culturelles.

    Que des investisseurs envahissent l'industrie culturelle, on peut s'y attendre. Cependant, si on chassait ces commerçants du temple ce serait pour les remplacer par qui? Quel rôle ces commerçants usurpent-ils? Quelle est la nature du temple? Si la culture n'est pas qu'une industrie créatrice d'emplois, qu'est-elle au juste? »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    jeudi 7 mai 2009 09h20
    un peu tiré par les cheveux
    « Je n'ai aucune idée de ce que la façade du bâtiment, ni l'affichage qui l'affublera ressemblera, mais ce que je suis parfaitement certain c'est que le touriste saura que ce n'est pas un musée mais un lieu d'art.
    Pour ce qui est du nom, je n'y voie aucun problème car sans Alcan/RioTinto et General Motors le festival de Jazz de Montréal ne serait pas le même. Et il mérite d'avoir leur place. Pour ce qui est d'Oscar Peterson et d'autre légende locale du Jazz et des arts, ils pourraient être honorés en nommant les bouts de rues du quartier, des places publiques et autre endroit de rassemblement public à leur nom.

    Ici au Québec on a cette maudite habitude de penser que seul le gouvernement peu faire les choses, que le privé n'a pas sa place. Moi je crois que cette attitude nous vient des syndicats, car syndiquer des employés du publique est payant et très facile alors qu'au privé c'est plus difficile et risqué, McDonald et Wal-Mart réussissent très bien à contrer les efforts de syndicalisation tout en traitant leurs employés de façon adéquate. »

  • Jean Lapointe
    Abonné
    jeudi 7 mai 2009 12h30
    C'est totalement inacceptable.
    « Les maudites entreprises commerciales et industrielles essayebt toujours de nous imposer leur volonté. Leurs dirigeants veulent tout mener.

    Que font-ils de la démocratie? On a des gouvernements qui devraient travailler à faire de notre mileu de vie un milieu vivable, humain et inspirant. Mais, la plupart du temps, ils se laissent plutôt diriger par les entrepreneurs dits privés, comme c'est le cas des gouvernements que nous avons actuellement à Ottawa et à Québec. C'est véritablement de la prostitution de leur part.

    Et qu'on ne vienne pas me dire que les entreprises privées ont raison de «monnayer» en quelque sorte leurs appuis financiers.

    Qu'ont-elles vraiment de privé ces entreprises? Est-ce que ce n'est pas nous tous les consommateurs qui payons au bout de la ligne?

    Non seulement attribuent-elles des salaires astronomiques à leurs dirigeants et des parachutes dorées mais en plus ils font tout ce qu'elles peuvent pour tenter de nous imposer leur hiérarchie de valeurs.

    Au moins le gouvernements on peut parfois arriver à les remplacer par des hommes et des femmes qui ont le bien commun comme souci, parce qu'il reste encore un peu de démocratie dans notre société, mais les entreprises elles sont loin d'être des démocraties. Ce sont des régimes autoritaires.On doit subir leurs décisions parce que c'est la recherche du plus grand profit possible qui les anime en très grande majorité.

    Y en marre.

    Et heureusement qu' on a des syndicats. Qu'est-ce que ce serait si on les avait pas? Ce serait encore mille fois pires. »

  • Luc Deneault
    Inscrit
    jeudi 7 mai 2009 15h19
    un exemple de résistance analogue à Boston
    « En 2000 ou 2001, le MBTA (Massachusetts Bay Transportation Authority) avait eu la "bonne idée" de commanditer le nom des stations de son réseau de métro en jumelant le nom existant de chaque station d'importance à un commanditaire. Le tollé médiatique et populaire avait été tel que l'idée n'aura pas duré une semaine. Inutile de dire que cela aurait grandement altéré le potentiel évocateur et patrimonial du nom des stations de métro du "T" de Boston. »

  • Denis Bédard
    Inscrit
    jeudi 7 mai 2009 17h06
    Manque d'humilité
    « Rio Tinto Alcan nommera l'édifice à son nom pour un don de 5-10 millions de dollars. Pendant ce temps le gouvernement du Québec prête 500 millions à Rio Tinto Alcan pour des projets à un taux d'intérêt probablement près du 0%. Remboursera-t-elle vraiment? Nous n'entendons jamais une nouvele qui annonce qu'une compagnie rembourse son prêt.

    Cette compagnie ne devrait-elle pas faire preuve de beaucoup plus d'humilité? Et mettre son nom en petit caractères dans le coin en bas près du trottoir. »

  • Jacques Léger Jacques Léger
    Inscrit
    jeudi 7 mai 2009 17h36
    La culture ravalée au champ du profit
    « MALGRÉ LES EXPLICATIONS ACROBATIQUES D'ALAIN SDIMARD, JE TIENS À MON TOUR À AFFICHER MON INDIGNATION FACE À LA SOUMISSION DE NOS SUPPOSÉES ÉLITES CULTURELLES AU SIGNE DE PIASTRE. D'AUTANT PLUS QUE CE QUI FAIT FONCTIONNER CE FESTIVAL VIENT D'ABORD DE L'ARGENT DES CITOYENS. QUE S'Y AJOUTE DES FONDS PRIVÉS NE DOIT EN AUCUN CAS AVALISER LA CULTURE ET SES DIVERSES PUBLICITÉS À LA DICTATURE DE L'ARGENT PRIVÉ. JE PENSE QUE MÊME LES MÉCÈNES DE CE FESTVAL MAJEUR SERAIT CONSENTANT À PLUS DE DISCRÉTION.

    JACQUES LÉGER, MONTRÉAL (PETITE-PATRIE). »

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