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Francis Cabrel au Saint-Denis - En deux mots, la perfection

Sylvain Cormier   22 avril 2009  Musique
La scène n'offre rien de joli à l'oeil. Un piano droit laisse voir un dos dénudé. Une vilaine cloison de plastique sépare le coin basse du coin batterie. Pas le moindre décor. Considérations superflues, logique toute cabrellienne (cabrelloise?): n'importent que la musique et les musiciens. Le reste est fonction de l'usage. Que les musiciens soient près de Cabrel, qu'il y ait juste assez de place pour que le gars des guitares aille et vienne le plus efficacement et le plus discrètement possible, et c'est parfait.

Catherine Durand en lever de rideau, ça aussi c'est parfait. Parfaitement complémentaire. Sa voix douce et belle, ses mélodies soyeuses avec juste ce qu'il faut de tristesse, l'idéal paysage sonore à base de guitares délicatement grattées, de basse ample et de lap steel panoramique, sa sorte de folk matinée de pop envoûtante, les nouvelles chansons particulièrement prenantes de l'album Coeurs migratoires, c'était tout ce que pouvait souhaiter le public de Cabrel, fût-ce sans le savoir. Plus parfait encore, une fois sa première partie finie et dûment applaudie, tout le monde savait qui elle était et ne l'oubliera plus. Plusieurs auront acheté le disque à l'entracte. Suffisait de l'exposer à ce public tout disposé à l'aimer: parfaite stratégie.

Et Cabrel? Ben, Cabrel, quoi. Le parfait équilibre entre aisance et retenue. Le parfait léger sourire aux commissures des lèvres quand il esquisse des déhanchements. La parfaite intégration de musiques d'allégeance américaine enracinée et de chanson française directly from Astaffort. Cabrel le parfait gentleman, le parfait amant romantique, sachant quand il faut faire plaisir et raviver les belles anciennes (L'Encre de tes yeux, Je t'aimais, je t'aime, je t'aimerai, Petite Marie, données à la suite, en bouquet).

Cabrel? Le parfait obervervateur, «assis sur le rebord du monde / À voir ce que les hommes en ont fait», mettant les mots qu'il faut sur les iniquités et montrant du doigt les indignes (surtout à travers les chansons du plus récent album Des roses et des orties: Les Cardinaux en costume, African Tour, Des hommes pareils).

Cabrel? L'homme de peu de mots, généralement deux à la fois, parce que généralement deux mots suffisent parfaitement. «Chanson ancienne», pour Les chemins de traverse, «chanson d'amour» pour Presque rien, et ainsi de suite. Cabrel? Le perfectionniste qui a parfaitement raison de l'être, grimaçant quand un drôle de bruit gâche presque l'intro de La Corrida.

Cabrel, hier au Saint-Denis, c'était tout ça et une heure de musique en plus, deux grosses heures et quart parfaites pour tout le monde sauf moi, parti à mi-parcours pour écrire ces lignes. Remarquez, si je voulais voir le reste du spectacle, j'en aurais l'occasion. Parfaitement. Francis Cabrel et Catherine Durand sont en tournée jusqu'au 2 mai (www.tandem.mu).






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