Disque - Lhasa sans fard
Le troisième disque de la Québéco-Américano-Mexicaine sort du processus habituel d'enregistrement
Photo : Jacques Grenier
Le dernier disque de Lhasa en est un très texturé, tout en nuances et en subtilités, qui permet à la chanteuse de dévoiler plus d’elle qu’elle ne l’avait fait en 12 ans de carrière.
Adolescente, Lhasa a fait un séjour de deux semaines en camping près de San Francisco. Un projet scolaire environnemental. Deux semaines à se laver dans une rivière, à traîner bouffe et vêtements sur son dos, à se gorger de soleil. Et surtout à vivre sans miroir.
Le seul reflet qu'elle eut d'elle-même durant ce séjour, c'était celui renvoyé par le regard de ses amis. Bref: la liberté. «Mais quand je suis rentrée en ville et que je me suis vue dans une glace, j'ai été choquée, dit-elle: j'avais l'air d'une vagabonde. Pourtant, je me sentais intérieurement super belle.»
Mardi matin dans un café du Mile-End, soleil sur fond d'air froid, les cheveux courts mais toujours ce même sourire un brin timide sous des pommettes saillantes, Lhasa parle aventure-nature pour faire image: «Il y a des façons de créer et d'enregistrer de la musique qui te ramènent plus vers l'intérieur, explique-t-elle. Si tu évites les miroirs, tu ne remarques plus les petits défauts au coin de tes yeux. Ça permet de t'attarder à la beauté générale des choses, à la force de l'ensemble, à ce que tu ressens en dedans.»
C'est ce que la douce Québéco-Américano-Mexicaine a fait au moment de graver son troisième album, un disque portant son nom et qui sort mardi. Concrètement? Elle a tout enregistré sur ruban analogique.
Comme dans le temps
Le studio où elle travaillait n'avait pas d'ordinateur. Toutes les pièces ont été jouées live, sans fard et sans retouche. L'instant présent comme leitmotiv, l'instinct comme guide.
Les défauts? On s'en accommode. Le mixage? On le fait manuellement, en direct, comme si on s'occupait de la sono d'un spectacle. «Voilà, moi, j'avais envie de chanter avec mes musiciens, de sentir la musique, de sortir du processus habituel d'enregistrement où il règne une mentalité de perfection que je n'aime pas.»
Alors pas de clic métronomique, pas de guide dans les écouteurs, pas d'invités qui ne viennent au studio que pour trois mesures, Lhasa a tout enregistré en temps réel, avec des musiciens «réels», dans une ambiance réelle, à Montréal. «Il doit y avoir 10 retouches au maximum sur tout l'album», dit-elle. Si la piste était bonne, Lhasa-la-réalisatrice (aussi arrangeuse officielle) gardait tout intégralement. Sinon, elle coupait et réenregistrait sur le même bout de ruban.
En résulte un album très texturé, tout en nuances et en subtilités, disque au grain chaleureux qui permet à Lhasa de dévoiler plus d'elle qu'elle ne l'avait fait en 12 ans de carrière. Exclusivement en anglais — sa langue maternelle —, les chansons révèlent les racines américaines de la chanteuse-bourlingueuse. Tom Waits en sourdine ici, du country par-là, un peu de folk ailleurs. C'est délicat, manière Lhasa, une tristesse ambiante traversée d'éclat de lumière.
Un disque sans fard, vraiment: en le comparant avec La Llorona, son premier album (vendu à plus d'un demi-million d'exemplaires à travers le monde), on trouve sur Lhasa une Lhasa sortie de son personnage initial. Le chant est plus haut (plus près, dit-elle, de sa voix naturelle), mais il est surtout moins dramatique, tout en retenue.
«Quand j'ai débuté, j'avais 20-25 ans et j'étais introvertie, raconte Lhasa. J'ai commencé à chanter en espagnol et c'est comme si un lion était sorti. Et puis je chantais dans les bars, il fallait capter l'attention des gens, leur en mettre plein la gueule. Après, en tournée, je n'avais plus besoin de crier, mais bon, je le faisais encore... Il a fallu prendre le temps de m'adapter à cette nouvelle réalité, à mes envies. Et aujourd'hui, j'ai l'impression que la musique que je veux faire, plus on la retient, plus elle s'ouvre et se déploie. Si on force, ça se ferme.»
Aux éclats de voix et aux gestes théâtraux, Lhasa préfère aujourd'hui la sensibilité. Elle évoque un spectacle qui l'a marquée en ce sens: l'oudiste Anouar Brahem, au Festival de jazz de Montréal en 2007. «Il a pincé une corde et on a senti une vague de sérénité et d'émotion traverser la salle, j'ai vu des gens pleurer plus tard, et pas parce que c'était triste. Mais il nous touchait au coeur.»
Ainsi Lhasa: pas une once de prétention malgré un total de près de 850 000 albums vendus et une dernière tournée qui l'a menée dans une dizaine de pays sur 200 représentations. On l'avait vue au Grand Rex de Paris, il y a cinq ans, recueillir l'ovation d'un public de 2500 personnes comme s'il s'agissait du salut timide d'un ami. Le fard clinquant de la gloire et des projecteurs, très peu pour elle. Lhasa préfère les rayons de soleil discrets.
Le seul reflet qu'elle eut d'elle-même durant ce séjour, c'était celui renvoyé par le regard de ses amis. Bref: la liberté. «Mais quand je suis rentrée en ville et que je me suis vue dans une glace, j'ai été choquée, dit-elle: j'avais l'air d'une vagabonde. Pourtant, je me sentais intérieurement super belle.»
Mardi matin dans un café du Mile-End, soleil sur fond d'air froid, les cheveux courts mais toujours ce même sourire un brin timide sous des pommettes saillantes, Lhasa parle aventure-nature pour faire image: «Il y a des façons de créer et d'enregistrer de la musique qui te ramènent plus vers l'intérieur, explique-t-elle. Si tu évites les miroirs, tu ne remarques plus les petits défauts au coin de tes yeux. Ça permet de t'attarder à la beauté générale des choses, à la force de l'ensemble, à ce que tu ressens en dedans.»
C'est ce que la douce Québéco-Américano-Mexicaine a fait au moment de graver son troisième album, un disque portant son nom et qui sort mardi. Concrètement? Elle a tout enregistré sur ruban analogique.
Comme dans le temps
Le studio où elle travaillait n'avait pas d'ordinateur. Toutes les pièces ont été jouées live, sans fard et sans retouche. L'instant présent comme leitmotiv, l'instinct comme guide.
Les défauts? On s'en accommode. Le mixage? On le fait manuellement, en direct, comme si on s'occupait de la sono d'un spectacle. «Voilà, moi, j'avais envie de chanter avec mes musiciens, de sentir la musique, de sortir du processus habituel d'enregistrement où il règne une mentalité de perfection que je n'aime pas.»
Alors pas de clic métronomique, pas de guide dans les écouteurs, pas d'invités qui ne viennent au studio que pour trois mesures, Lhasa a tout enregistré en temps réel, avec des musiciens «réels», dans une ambiance réelle, à Montréal. «Il doit y avoir 10 retouches au maximum sur tout l'album», dit-elle. Si la piste était bonne, Lhasa-la-réalisatrice (aussi arrangeuse officielle) gardait tout intégralement. Sinon, elle coupait et réenregistrait sur le même bout de ruban.
En résulte un album très texturé, tout en nuances et en subtilités, disque au grain chaleureux qui permet à Lhasa de dévoiler plus d'elle qu'elle ne l'avait fait en 12 ans de carrière. Exclusivement en anglais — sa langue maternelle —, les chansons révèlent les racines américaines de la chanteuse-bourlingueuse. Tom Waits en sourdine ici, du country par-là, un peu de folk ailleurs. C'est délicat, manière Lhasa, une tristesse ambiante traversée d'éclat de lumière.
Un disque sans fard, vraiment: en le comparant avec La Llorona, son premier album (vendu à plus d'un demi-million d'exemplaires à travers le monde), on trouve sur Lhasa une Lhasa sortie de son personnage initial. Le chant est plus haut (plus près, dit-elle, de sa voix naturelle), mais il est surtout moins dramatique, tout en retenue.
«Quand j'ai débuté, j'avais 20-25 ans et j'étais introvertie, raconte Lhasa. J'ai commencé à chanter en espagnol et c'est comme si un lion était sorti. Et puis je chantais dans les bars, il fallait capter l'attention des gens, leur en mettre plein la gueule. Après, en tournée, je n'avais plus besoin de crier, mais bon, je le faisais encore... Il a fallu prendre le temps de m'adapter à cette nouvelle réalité, à mes envies. Et aujourd'hui, j'ai l'impression que la musique que je veux faire, plus on la retient, plus elle s'ouvre et se déploie. Si on force, ça se ferme.»
Aux éclats de voix et aux gestes théâtraux, Lhasa préfère aujourd'hui la sensibilité. Elle évoque un spectacle qui l'a marquée en ce sens: l'oudiste Anouar Brahem, au Festival de jazz de Montréal en 2007. «Il a pincé une corde et on a senti une vague de sérénité et d'émotion traverser la salle, j'ai vu des gens pleurer plus tard, et pas parce que c'était triste. Mais il nous touchait au coeur.»
Ainsi Lhasa: pas une once de prétention malgré un total de près de 850 000 albums vendus et une dernière tournée qui l'a menée dans une dizaine de pays sur 200 représentations. On l'avait vue au Grand Rex de Paris, il y a cinq ans, recueillir l'ovation d'un public de 2500 personnes comme s'il s'agissait du salut timide d'un ami. Le fard clinquant de la gloire et des projecteurs, très peu pour elle. Lhasa préfère les rayons de soleil discrets.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

