Leonard Cohen - Live In London: le double CD, le DVD, l'événement - Une douce revanche en forme de foule immense
C'est en magasin mardi prochain. L'extraordinaire spectacle de la tournée mondiale de Leonard Cohen. En double CD, en DVD aussi. Si ce n'était qu'à l'évidence les objets seront stratégiquement positionnés dans les bacs, respect oblige à notre grandissime, élégantissime et suavissime gentleman poète-troubadour, ce n'est pas la photo du recto de pochette, ni celle du verso, d'ailleurs, qui attireraient l'oeil du client.
Elles sont pourtant bien belles, ces photos. Mais discrètes. Au recto, c'est tout juste si la silhouette de Leonard se détache du fond. Son beau visage osseux, sa digne expression grave, disparaissent en partie sous son chic chapeau, et l'habit d'impeccable coupe, bleu foncé à fines rayures blanches, fait corps avec le rideau de scène bleu-mauve. Au recto, c'est carrément l'ombre chinoise, où ne subsiste que la découpe d'un geste: M. Cohen, chapeau en main pour dire merci, geste répété après chacune des 25 chansons du spectacle de trois heures du guilleret septuagénaire.
Ce spectacle-là, nous l'avons vécu, goûté, savouré, célébré à Montréal l'été dernier, en d'idéales circonstances et en nous pinçant aux 30 secondes: sono parfaite, éclairages savamment tamisés, à la salle Wilfrid-Pelletier, pour ainsi dire entre nous. D'autres, plus privilégiés encore, auront vu et entendu Cohen à Saguenay, dans le petit auditorium Dufour, proximité rêvée. Il y a eu à travers le monde d'autres salles relativement modestes en dimensions pour accueillir Cohen (l'Olympia de Paris, notamment, en novembre 2008). Bientôt le Pavillon de la jeunesse à Québec et le Centre national des arts à Ottawa permettront de semblables bonheurs.
Pourquoi alors avoir choisi l'enregistrement du spectacle dans le gigantesque O2 Arena de Londres, se demande-t-on? Pourquoi l'immensité plutôt que l'intimité? Répondent en choeur les 22 000 spectateurs délirants d'une bruyante joie après les chansons, mais religieusement silencieux des premières aux dernières notes: parce que Leonard Cohen est immensément humain et ses chansons, géantes d'amour, de désir, d'indignation, de tristesse insondable, de douloureuse pertinence.
Autre indice: Cohen aime les Britanniques. À preuve, il avait enregistré Field Commander Cohen, l'album du spectacle de la tournée de 1979, au Hammersmith Odeon de Londres et au Dome Theatre de Brighton. Mais la plus éclatante réponse se trouve dans le regard plus que ravi, à la limite de la jubilation, que pose l'homme sur cette foule. S'il est bien conscient de la démesure du lieu et le signale aux gens à sa poétique manière après Dance to the End of Love («It's wonderful to be gathered here on just the other side of intimacy...»), il n'en est pas moins profondément heureux. Cette foule immense, comprend-on, est un baume sur la plaie, un grand bain d'amour en forme de revanche sur le mal. Faut-il rappeler que, dépossédé de sa fortune par sa gérante Kelley Lynch, le fier Leonard a décidé de sortir de sa retraite et, à 73 ans, de repartir en tournée?
Quelques semaines après avoir triomphé devant les multitudes au fameux festival rock de Glastonbury, remplir ainsi le O2 Arena, lieu de la tapageuse réunion six mois plus tôt des membres survivants de Led Zeppelin, constituait pour Cohen une sorte d'apothéose, une démonstration par le nombre: non seulement s'est-il refait, mais il a pu compter ses bienfaiteurs par dizaines et dizaines de milliers. «Friends, I wanna thank you not just for this evening, but for the many years you've kept my songs alive...»
Cela étant, pâtissons-nous du lieu, rapport à l'expérience Cohen? Pas vraiment. Les critiques londoniens étaient unanimes. «We could have been in an intimate cozy bar», écrivait Lindsay Davis. «It was as if Leonard Cohen had set up camp in my lounge», renchérissait John Aizlewood de l'Evening Standard. Et le fait est qu'à l'écoute du double CD, à visionner le DVD, on ne sent l'immensité du lieu que dans la marée plus diffuse des applaudissements. Ces spectateurs, l'objectif s'y attarde peu, se concentrant sur Cohen durant les chansons. On a Leonard en gros plan, en plan américain, rarement en pied. Les musiciens et choristes qui l'entourent sont certes montrés aux moments idoines, mais le plus souvent avec Cohen. Le son est un brin neutre, moins feutré qu'à Wilfrid, faute de murs rapprochés, mais pas caverneux: on sait faire, de nos jours, même dans les temples de la réverbération.
Et le spectacle? Je ne récrirai pas mon papier de juillet dernier, il y a le site Internet du Devoir pour ça. Mais je trouve dans la captation du DVD ce qui manquait à la félicité presque indicible de la soirée: ce visage, ces mains, ce regard amoureux de la vie et infiniment triste à la fois, ce beau regard parfois embué. C'est très exactement pour ça qu'il nous faut tous ce DVD (dénué par ailleurs de suppléments, outre les textes des chansons): pour être là, sur scène, tout à côté de notre cher Leonard.
***
LIVE IN LONDON
Leonard Cohen
Columbia - Sony-BMG
Elles sont pourtant bien belles, ces photos. Mais discrètes. Au recto, c'est tout juste si la silhouette de Leonard se détache du fond. Son beau visage osseux, sa digne expression grave, disparaissent en partie sous son chic chapeau, et l'habit d'impeccable coupe, bleu foncé à fines rayures blanches, fait corps avec le rideau de scène bleu-mauve. Au recto, c'est carrément l'ombre chinoise, où ne subsiste que la découpe d'un geste: M. Cohen, chapeau en main pour dire merci, geste répété après chacune des 25 chansons du spectacle de trois heures du guilleret septuagénaire.
Ce spectacle-là, nous l'avons vécu, goûté, savouré, célébré à Montréal l'été dernier, en d'idéales circonstances et en nous pinçant aux 30 secondes: sono parfaite, éclairages savamment tamisés, à la salle Wilfrid-Pelletier, pour ainsi dire entre nous. D'autres, plus privilégiés encore, auront vu et entendu Cohen à Saguenay, dans le petit auditorium Dufour, proximité rêvée. Il y a eu à travers le monde d'autres salles relativement modestes en dimensions pour accueillir Cohen (l'Olympia de Paris, notamment, en novembre 2008). Bientôt le Pavillon de la jeunesse à Québec et le Centre national des arts à Ottawa permettront de semblables bonheurs.
Pourquoi alors avoir choisi l'enregistrement du spectacle dans le gigantesque O2 Arena de Londres, se demande-t-on? Pourquoi l'immensité plutôt que l'intimité? Répondent en choeur les 22 000 spectateurs délirants d'une bruyante joie après les chansons, mais religieusement silencieux des premières aux dernières notes: parce que Leonard Cohen est immensément humain et ses chansons, géantes d'amour, de désir, d'indignation, de tristesse insondable, de douloureuse pertinence.
Autre indice: Cohen aime les Britanniques. À preuve, il avait enregistré Field Commander Cohen, l'album du spectacle de la tournée de 1979, au Hammersmith Odeon de Londres et au Dome Theatre de Brighton. Mais la plus éclatante réponse se trouve dans le regard plus que ravi, à la limite de la jubilation, que pose l'homme sur cette foule. S'il est bien conscient de la démesure du lieu et le signale aux gens à sa poétique manière après Dance to the End of Love («It's wonderful to be gathered here on just the other side of intimacy...»), il n'en est pas moins profondément heureux. Cette foule immense, comprend-on, est un baume sur la plaie, un grand bain d'amour en forme de revanche sur le mal. Faut-il rappeler que, dépossédé de sa fortune par sa gérante Kelley Lynch, le fier Leonard a décidé de sortir de sa retraite et, à 73 ans, de repartir en tournée?
Quelques semaines après avoir triomphé devant les multitudes au fameux festival rock de Glastonbury, remplir ainsi le O2 Arena, lieu de la tapageuse réunion six mois plus tôt des membres survivants de Led Zeppelin, constituait pour Cohen une sorte d'apothéose, une démonstration par le nombre: non seulement s'est-il refait, mais il a pu compter ses bienfaiteurs par dizaines et dizaines de milliers. «Friends, I wanna thank you not just for this evening, but for the many years you've kept my songs alive...»
Cela étant, pâtissons-nous du lieu, rapport à l'expérience Cohen? Pas vraiment. Les critiques londoniens étaient unanimes. «We could have been in an intimate cozy bar», écrivait Lindsay Davis. «It was as if Leonard Cohen had set up camp in my lounge», renchérissait John Aizlewood de l'Evening Standard. Et le fait est qu'à l'écoute du double CD, à visionner le DVD, on ne sent l'immensité du lieu que dans la marée plus diffuse des applaudissements. Ces spectateurs, l'objectif s'y attarde peu, se concentrant sur Cohen durant les chansons. On a Leonard en gros plan, en plan américain, rarement en pied. Les musiciens et choristes qui l'entourent sont certes montrés aux moments idoines, mais le plus souvent avec Cohen. Le son est un brin neutre, moins feutré qu'à Wilfrid, faute de murs rapprochés, mais pas caverneux: on sait faire, de nos jours, même dans les temples de la réverbération.
Et le spectacle? Je ne récrirai pas mon papier de juillet dernier, il y a le site Internet du Devoir pour ça. Mais je trouve dans la captation du DVD ce qui manquait à la félicité presque indicible de la soirée: ce visage, ces mains, ce regard amoureux de la vie et infiniment triste à la fois, ce beau regard parfois embué. C'est très exactement pour ça qu'il nous faut tous ce DVD (dénué par ailleurs de suppléments, outre les textes des chansons): pour être là, sur scène, tout à côté de notre cher Leonard.
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LIVE IN LONDON
Leonard Cohen
Columbia - Sony-BMG
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