Concerts classiques - L'extraterrestre et le grand maître
Des concerts comme celui qui sera redonné ce soir par l'OSM à la Place des Arts, sont rarissimes dans une année. Alors, à bon entendeur...
Radu Lupu, une semaine après Anne-Sophie Mutter, c'est du luxe. Contrairement à la violoniste allemande, on pouvait être sûr que le Roumain barbu n'allait pas faire le mariole avec son concerto. Par contre, le risque, avec lui, c'est de le retrouver en mode «pilote automatique», musicalement indifférent. Rien de cela hier soir. L'électricité dans l'air, nous l'avons sentie dès les premières notes de l'introduction orchestrale, avec une élasticité dans le phrasé et des équilibres millimétrés.
Cette sculpture de 3e Concerto de Beethoven, Lupu la conçoit en partenariat étroit avec l'orchestre, et notamment les bois — basson et flûte en tête. Le pianiste se situe aux antipodes de Brendel, viennois, prédéterminé et épuré. Avec Lupu le concerto est creusé, travaillé comme une oeuvre de musique de chambre, en recréation permanente, résultant d'une écoute mutuelle. C'est aussi une conception post-mozartienne avec orchestre élargi. Les nuances infinitésimales semblent parfois sortir de nulle part (2e mouvement).
Ils sont deux en tout et pour tout à pouvoir atteindre de pareilles galaxies musicales sur notre planète pianistique: Daniel Barenboïm et Radu Lupu. Point. Le plus invraisemblable est que le style est inimitable, que seul Lupu peut se permettre de faire cela, notamment parce que personne au monde ne touche un piano de cette façon, avec cette finesse.
Après le concerto, le soliste se précipite sur le chef pour le remercier. Il le peut, car Neeme Järvi a fondu l'orchestre dans son univers. Le seul musicien qui, ostensiblement, n'applaudit pas est le flûtiste. N'a-t-il pas compris ce qui vient de se passer?
Beethoven nous a permis de voir qu'un grand maître était au pupitre. Chostakovitch confirme que Neeme Järvi est, sur le podium, notre invité le plus huppé et intéressant de l'année. Sa Cinquième est humaine: rageuse dans le développement du 1er mouvement, sardonique comme du Mahler dans le second, incandescente dans un Largo, où le tempo pas trop lent permet de tout faire chanter. Comme dans Beethoven, les pianissimos ont beau être impalpables, ils possèdent une intensité de braise. Le Finale est tout sauf jovial. La préparation de la coda, martelée avec lenteur, prend des allures de marche à l'échafaud.
On retrouvera ce grand concert dans le «top 10» de l'année. Assurément.
***
LES GRANDS CONCERTS
Beethoven: Concerto pour piano n° 3. Chostakovitch: Symphonie n° 5. Radu Lupu (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Neeme Järvi. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 17 février 2009. Reprise ce soir.
Radu Lupu, une semaine après Anne-Sophie Mutter, c'est du luxe. Contrairement à la violoniste allemande, on pouvait être sûr que le Roumain barbu n'allait pas faire le mariole avec son concerto. Par contre, le risque, avec lui, c'est de le retrouver en mode «pilote automatique», musicalement indifférent. Rien de cela hier soir. L'électricité dans l'air, nous l'avons sentie dès les premières notes de l'introduction orchestrale, avec une élasticité dans le phrasé et des équilibres millimétrés.
Cette sculpture de 3e Concerto de Beethoven, Lupu la conçoit en partenariat étroit avec l'orchestre, et notamment les bois — basson et flûte en tête. Le pianiste se situe aux antipodes de Brendel, viennois, prédéterminé et épuré. Avec Lupu le concerto est creusé, travaillé comme une oeuvre de musique de chambre, en recréation permanente, résultant d'une écoute mutuelle. C'est aussi une conception post-mozartienne avec orchestre élargi. Les nuances infinitésimales semblent parfois sortir de nulle part (2e mouvement).
Ils sont deux en tout et pour tout à pouvoir atteindre de pareilles galaxies musicales sur notre planète pianistique: Daniel Barenboïm et Radu Lupu. Point. Le plus invraisemblable est que le style est inimitable, que seul Lupu peut se permettre de faire cela, notamment parce que personne au monde ne touche un piano de cette façon, avec cette finesse.
Après le concerto, le soliste se précipite sur le chef pour le remercier. Il le peut, car Neeme Järvi a fondu l'orchestre dans son univers. Le seul musicien qui, ostensiblement, n'applaudit pas est le flûtiste. N'a-t-il pas compris ce qui vient de se passer?
Beethoven nous a permis de voir qu'un grand maître était au pupitre. Chostakovitch confirme que Neeme Järvi est, sur le podium, notre invité le plus huppé et intéressant de l'année. Sa Cinquième est humaine: rageuse dans le développement du 1er mouvement, sardonique comme du Mahler dans le second, incandescente dans un Largo, où le tempo pas trop lent permet de tout faire chanter. Comme dans Beethoven, les pianissimos ont beau être impalpables, ils possèdent une intensité de braise. Le Finale est tout sauf jovial. La préparation de la coda, martelée avec lenteur, prend des allures de marche à l'échafaud.
On retrouvera ce grand concert dans le «top 10» de l'année. Assurément.
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LES GRANDS CONCERTS
Beethoven: Concerto pour piano n° 3. Chostakovitch: Symphonie n° 5. Radu Lupu (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Neeme Järvi. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 17 février 2009. Reprise ce soir.
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