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Téléchargement de musique - Les pirates demeurent les rois

95 % des chansons téléchargées dans le monde l'an dernier l'ont été illégalement

Guillaume Bourgault-Côté   20 janvier 2009  Musique
Le rappeur Lil Wayne, qui vient de se produire à Montréal, est le champion des ventes légales d’albums virtuels sur Internet.
Photo : Agence France-Presse
Le rappeur Lil Wayne, qui vient de se produire à Montréal, est le champion des ventes légales d’albums virtuels sur Internet.
Malgré des progrès notables enregistrés dans les ventes légales, l'univers du téléchargement de la musique reste largement interlope. Ainsi, quelque 95 % des chansons téléchargées l'an dernier dans le monde l'ont été illégalement. Ce qui veut dire zéro rémunération pour les créateurs.

C'est là le calcul fait par la Fédération internationale de l'industrie phonographique (IFPI), qui dévoilait cette fin de semaine son Digital Music Report 2009, dans le cadre du MIDEM (Marché international de la musique) qui se déroule à Cannes. L'IFPI représente environ 1400 maisons de disques réparties dans 70 pays.

Selon les estimations de l'organisme, ce sont 40 milliards de chansons qui sont passées en 2008 du cyberespace aux oreilles des mélomanes de manière illégale.

Des impacts? En Grande-Bretagne, la firme Jupiter Research calcule que l'industrie a été privée de quelque 325 millions l'an dernier à cause de cette pratique. En France, on a observé une diminution de 8 % du nombre d'albums parus dans la première moitié de 2008, et de 30 % chez les jeunes artistes.

Le phénomène pose les bases du grand défi de l'industrie de la musique en cette ère de mutation des habitudes de consommation: arriver à «générer une valeur commerciale» à la musique qui circule plus largement que jamais.

Pour y arriver, l'IFPI envoie la balle dans le camp des fournisseurs Internet et des gouvernements. Ces derniers «commencent à comprendre l'ampleur du défi» de convertir au paiement des usagers habitués à la gratuité, indique John Kennedy, président de l'IFPI. «Ils détiennent la clé» pour régler le problème, croit l'IFPI.

Du côté des fournisseurs, l'IFPI aimerait voir davantage de pays suivre l'exemple de la France et de son projet de loi «Création et Internet». Celui-ci prévoit l'envoi de messages d'avertissement aux pirates du Web et un mécanisme de «riposte graduée». Les internautes surpris à télécharger illégalement de la musique et d'autres produits culturels verront leur abonnement à Internet suspendu pour une durée de trois à douze mois s'ils récidivent.

Le légal augmente

Cela dit, l'IFPI souligne surtout les avancées réalisées par la chanson numérique en 2008. Car il y en a, nonobstant le déclin confirmé des ventes de CD et le problème toujours pressant du piratage.

Ainsi, les ventes de musique par téléchargement (Internet ou téléphone mobile) ont progressé pour la sixième année consécutive. Elles atteignent 3,7 milliards sur les marchés couverts par l'IFPI. Il s'agit d'une augmentation de 25 % par rapport à 2007 (3 milliards à l'époque).

La musique téléchargée compte maintenant pour 20 % du chiffre d'affaires annuel de l'industrie de la musique. En 2004, le numérique ne représentait que 2 % de la tarte. L'IFPI mentionne que «l'augmentation continue des ventes numériques a contribué à ralentir le déclin global du marché de la musique».

Le téléchargement de chansons à la pièce est en hausse de 24 % (environ 1,4 milliard au total), alors que celui d'albums entiers a grimpé de 37 %. Le rappeur Lil Wayne — qui était de passage à Montréal la semaine dernière — remporte la palme du meilleur «vendeur légal» de l'année, avec 9,1 millions d'exemplaires électroniques de Lollipop.

Le poids des téléphones

«L'explosion de choix» qui s'offrent dorénavant aux amateurs souhaitant télécharger légalement leur musique est autrement citée par l'IFPI comme un «tournant majeur» emprunté par l'industrie en 2008.

Les sites spécialisés comme iTunes (le leader mondial du téléchargement légal, et maintenant le plus gros détaillant de musique aux États-Unis) et AmazonMP3 sont de plus en plus fréquentés là où ils sont accessibles, note-t-on. De moins en moins de sites semblables utilisent le système Digital Rights Management (DRM), qui limitait les moyens d'écouter une chanson téléchargée.

On applaudit également à l'initiative d'un site comme MySpace, qui a conclu des accords avec les quatre principales maisons de disques pour offrir de la musique en ligne.

Mais surtout, on mentionne le rôle joué par les compagnies de téléphones cellulaires pour favoriser l'accès à la musique.

Par exemple, Nokia — numéro un mondial des fabricants de portables — a lancé cette année en Grande-Bretagne un service (Comes With Music) où l'usager reçoit un accès illimité à un catalogue musical à l'achat d'un téléphone.

Pendant un an, les usagers peuvent ainsi télécharger gratuitement et légalement autant de chansons qu'ils le veulent, sur le support qu'ils désirent. À la fin de la période, ces chansons demeurent leur propriété. Ils peuvent ensuite augmenter leur collection en achetant des chansons à la pièce.

Ce type de nouveau service pourrait avoir un gros impact sur le marché de la musique, croit l'IFPI. Plusieurs autres compagnies de téléphone emboîtent déjà le pas. De même, des fournisseurs Internet tentent aussi d'attirer de nouveaux clients grâce à l'accès à des catalogues musicaux.

L'IFPI y voit les bases d'une nouvelle industrie: celle d'un marché musical délesté du support CD, mais pas de l'obligation pour les usagers d'acheter les oeuvres qu'ils glissent à leurs oreilles.

Au Canada, la firme Nielsen SoundScan indiquait la semaine dernière que les ventes de chansons en ligne ont grimpé de 58 % en 2008, pour s'établir à 40,7 millions d'unités. Les ventes de CD, elles, ont diminué de 14 % en un an.
 
 
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  • Antoine Godin
    Abonné
    mardi 20 janvier 2009 04h37
    La modération a meilleur goût
    Ça me fait toujours sourire ces chiffres alarmistes à coups de milliards de dollars. On ne parle jamais du monde de l'inédit tel que les prises amateurs lors de spectacles et les pièces musicales jamais reprises en CD que des amateurs numérisent à partir de disques vinyles ou de cassettes, par exemple dans le monde du jazz. Ensuite, de toutes les chansons téléchargées, faut-il vraiment croire que les gens auraient les moyens de toutes se les acheter dans une vie à moins de se ruiner? Finalement, il faudrait souligner l'impact positif d'une telle diffusion sur le marché lucratif, disons-le, cela permet à beaucoup de gens de découvrir de la musique comme sur youtube, sur amazon ou sur MySpace. Déjà ce serait beaucoup moins suspect si on tenait compte de ce genre de données et si on prenait des mesures incitatives plutôt que coercitives. Devant une telle attitude, on a plutôt l'impression d'avoir affaire à des entreprises multimilliardaires avides complètement enragés de se faire enlever le moindre dollar. Le pauvre artiste floué est un épouvantail.

  • Brun Bernard
    Inscrit
    mardi 20 janvier 2009 06h22
    BNW (Brave New World)
    « 40 milliards de chansons qui sont passées en 2008 du cyberespace aux oreilles des mélomanes de manière illégale. » Rien en change là puisqu'une musique passe d'un support, par la voie des ondes, puis arrive dans les oreilles. Ça c'est normal et nous payons l'accès à Internet pour ce faire.

    « Les internautes surpris à télécharger illégalement de la musique et d'autres produits culturels verront leur abonnement à Internet suspendu pour une durée de trois à douze mois s'ils récidivent. » Ça, c'est hypocrite parce que nous serons donc surveillés, ciblés, interrogés, notre intimité de simple personne « ordinaire » sera fouillée et reluquée. C'est totalitaire comme forme de nouveau système de pensée. Autrement dite, comment le marché peut continuer à nous faire consommer en dehors du champ de liberté. La liberté est interdite si vous ne payez pas mais oui je paye Internet comme mon téléphone comme mon installation etc.

    «vendeur légal» est une nouvelle notion criminelle. Les majors eux ne sont pas voleurs? Au tout début des CD en tant que support numérique nouveau (presque 1dollard en magasin), des producteurs anglais se plaignaient pour le prix hors norme des disques vendus parce que le prix de revient des cd en usine ne coûtait pour ainsi dire rien du tout mais rien n'y fit, ça coûte très cher encore un disque.

    « iTunes (le leader mondial du téléchargement légal, et maintenant le plus gros détaillant de musique aux États-Unis) et AmazonMP3 (...). » Voir paragraphe précédent, le prix d'un morceau de musique est léger sinon alléger alors pourquoi ne pas le faire aussi sur les CD? La baisse du prix des disques pour leur juste valeur éviterait le piratage.

    « Pendant un an, les usagers peuvent ainsi télécharger gratuitement et légalement autant de chansons qu'ils le veulent, sur le support qu'ils désirent. À la fin de la période, ces chansons demeurent leur propriété. Ils peuvent ensuite augmenter leur collection en achetant des chansons à la pièce. » On va donc surveiller nos consommations?

    Cela fait penser par extension que si vous n'êtes pas pour, vous êtes contre systématiquement. Autrement dit si vous n'êtes pas démocrate, vous êtes terroriste; si vous n'achetez pas, vous êtes un pirate.

    Le monde artistique serait-il le plus capable à nous mettre ne prison et à nous faire vivre le monde totalitaire dont lequel nous entrons de plus en plus vite? Atroce vision du futur que propose implicitement cet article.

  • André Michaud
    Inscrit
    mardi 20 janvier 2009 08h29
    Les temps changent, bravo!
    Les compagnies de disques se sont entêtés à vendre trop cher leurs CD , surtout ceux qui étaient payés depuis longtemps...ils ont maintenant ce qu'ils méritent.

    Tant q'aux artistes, même les plus populaires, ils réalisent que le futur n'est plus du tout à travers une compagnie de disque, dont les campagne de pub ne donnent presque plus rien et coutent une fortune..
    .
    De plus en plus les artistes feront affaire directement avec les amateurs de musique come l'avait souhaité Frank Zappa il y a quelques décennies...éliminons les intermédiaires qui gonflent les prix...

    En vendant leur cd directement sur leur site internet ou en concert, les artistes feront plus d'argent. Ou alors avec des arrangements particuliers. Ainsi Prince ou Ray Davies ont fait des ententes avec un journal de Londres qui a inclut gratuitement leur dernier CD dans son édition du samedi. Les redevances du journal rapportaient plus que celles de la compagnie de disque...Ou alors pensons à Radiohead qui a proposé son dernier CD en suggérant aux fans de payer le prix qu'ils voulaient pour le télécharger sur leur site.Même si plusieurs n'ont rien donné ce fut plus payant pour l'artiste qu'avec une compagnie de disques...

    Avec internet, jamais les créateurs n'ont eu autant de chance de se faire connaitre.Le temps des compagnies de disques sera bientôt révolu...pour le plus grand bien-être des artistes et des amateurs.VIVE LA MUSIQUE LIBRE!! Jamais le dentifrice ne retournera dans le tube...

    Comme musicien et créateur j'applaudis..car il n'y a jamais eu autant de musique disponible gratuitement. Pendant des sciècles les musiciens avaient aussi un autre emploi et faisaient de la musique pour le plaisir, c'est cette philosophie moins "vedettariat" qui revient vitaliser la musique. C'est cette philosophie que je pratique depuis plus de 40 ans, faire de la musique par pur plaisir et c'est ce qui me tient en vie...VIVE LA MUSIQUE LIBRE!

  • Jean-Thomas Baillargeon
    Abonné
    mardi 20 janvier 2009 08h59
    Une cul de sac coté marketing
    On peut toujours brandir des chiffres pour montrer comment l'industrie de la musique se fait manger ses profits, mais est-ce réellement du au fait que les personnes qui piratent ne veulent plus acheter la musique?

    Selon moi le problème est un peu plus profond. Malgré le fait que je télécharge plusieurs CD de musique par semaine, je vais en acheter plusieurs, même si j'ai déjà acheté ceux-ci antérieurement. La clé réside ici en le fait que j'accorde une valeur supplémentaire à l'achat du CD. Visiblement, avec la baisse des ventes, il est clair que ce n'est pas toutes les personnes qui ont le même sentiment vis-à-vis les CD.

    Alors il serait peut-être temps que les compagnie de disque se réveillent et se questionnent sur leur façon de faire du marketing. Au lieu d'espioner les habitudes de consomation des gens et d'essayer d'enrayer le problème du téléchargement, ne serait-il pas mieux d'accepter celui ci et de l'utiliser comme publicité - qui d'autant plus serait gratuite et très efficace!

    En passant, notre premier ministre préféré veut faire passer une loi justement obligeant les ISP (internet service provider) a dénoncer les utilisateurs qui téléchargent de la musique. Belle initiative (...)

  • Patrick Lavoie
    Abonné
    mardi 20 janvier 2009 09h57
    Manque de vision et avarice...
    En 2008, plus de 10 ans après le début des téléchargements de musique sur internet, on ne peut pas encore télécharger de musique "qualité cd" (16bit, 44 100k) légalement. On ne peut pas non plus avoir l'équivalent de la pochette de cd contenant les paroles et surtout, le nom de ceux qui ont participé à l'enregistrement et à la conception de l'album... Quel laxisme!!! Les dirigeants se sont assis sur leurs lauriers et par manque de vision et avarice, ils n'ont pas cru bon d'investir dans le développement des fichiers numériques! Et ce n'est pas parce qu'ils ne le savaient pas! Et à cause de ça, ce sont les artistes qui paient!
    Patrick Lavoie, Compositeur

  • Hugo Vaillancourt
    Inscrit
    mardi 20 janvier 2009 10h41
    Se battre contre ce qu'aiment la plupart des gens
    L'industrie n'en serait pas rendue là si elle ne s'était pas battue contre ses propres clients. La plupart des fichiers de musique achetés légalement viennent assortis de mesures d'anti-"piratage". Ces protections causent des problèmes à leurs utilisateurs lorsqu'ils installent à nouveau le système d'exploitation de leur ordinateur ou tentent de transférer le fichier à un autre appareil qui leur appartient, rendant leur produit payant moins pratique que le fichier gratuit circulant sur le Net. Ces pratiques sont pourtant légitimes.

    Il est temps d'accepter que les produits culturels gratuits sur Internet font le bonheur de la plupart des gens. C'est ça, la démocratie. La technologie qui crée cette richesse collective - car c'en est une - est là pour rester, à moins d'exercer une surveillance sur Internet qui conduirait à toutes sortes d'abus et qui ne préviendrait pas efficacement le "piratage" de toute façon. Ceux qui se battent contre la vague sont des dinosaures dont le modèle d'affaires - vendre des supports de distribution musicaux - est désormais obsolète. L'avenir appartient à ceux qui suivront le courant plutôt que de se battre contre lui et qui trouveront des modèles d'affaires qui utilisent la gratuité de la musique comme un levier pour mieux créer une entreprise profitable.

  • Robert Geoffrion
    Inscrit
    mardi 20 janvier 2009 11h26
    Ne me faites pas pleurer.
    Que les compagnies de disques qui exploitent trop souvent les artistes ne me fassent pas pleurer! Lorsqu'il y aura un "contrat de disque minimum" assurant des conditions de rémunération décentes aux artistes, alors ce jour là, elle gagneront un peu de respect.
    Les nouvelles technologies changent la donne. Adaptez-vous! Qu'elles ne comptent pas sur ma sympathie (ni sur ma collaboration) parce, soit disant, elles perdent quelques dollars.

  • Svetozar Vesic
    Abonné
    mardi 20 janvier 2009 13h09
    abus et profits
    Maintenant que nous n'avons plus à subir les contraintes de devoir acheter un CD d'un ou plusieurs artistes avec plusieurs pièces imposées qui nous plaisent moins ou ne nous interessent pas et pour lesquelles nous devions tout de même payer, nous sommes passés à la possibilité de pouvoir télécharger de la musique "à la pièce" et "pour une piastre". Mais malheureusement, on se fait encore imposer toutes sortes de contraintes, restrictions d'écoute, sans parler de la piètre qualité MP3 (256KB ou pire, 128KB) qu'on nous refile pour la "modique" somme de 1$ la chanson, et dont le son n'a rien à voir avec une qualité CD codée 1440KB.
    Les compagnies de distribution de musique continuent de se comporter comme des scélérats tout en n'arrêtant pas de se plaindre qu'on les vole. Mais qui vole qui au juste?

    SV

  • François Blanchard
    Abonné
    mardi 20 janvier 2009 21h51
    Analyse ou reprise des communiqués de presse...?
    Un titre plus réaliste aurait été: moins du cinquième des internautes échangent des fichiers!
    Pour un point de vue un peu plus critique sur "l'étude" de l'IFPI voir:
    http://arstechnica.com/news.ars/post/20090118-ifpi

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