Musique classique - Des opéras pour les Fêtes !
L'heure des bilans a sonné. Vous trouverez bientôt dans Le Devoir la liste de nos disques et concerts préférés de l'année 2008. À l'heure des derniers achats des Fêtes, il est peut-être utile d'avoir un rapide regard sur les grands DVD d'opéra de l'année, un millésime marqué par une présence en force des ouvrages du XXe siècle. Voici un choix regroupant le nectar de ce que nous vous avons déjà présenté et quelques nouvelles recommandations.
La Fille du régiment de Donizetti. Londres, 2007, Virgin. S'il n'en fallait qu'un, ce serait celui-là. Le spectacle, tourné à Londres, a été repris au Metropolitan Opera et diffusé dans les cinémas. Le metteur en scène Laurent Pelly fait assaut de drôlerie et la distribution est portée par les incarnations vocales extraordinaires de Natalie Dessay et Juan Diego Florez. Dans les seconds rôles, Felicity Palmer et Alessandro Corbelli ne font pas moins bien. C'est du théâtre musical à son zénith.
The Rake's Progress de Stravinski. Bruxelles, 2007, Opus Arte. Le spectacle, mis en scène par Robert Lepage, a, paraît-il, fait scandale lors de sa reprise, cette année à Londres. Curieux, car The Rake's Progress (La Carrière d'un libertin) supporte parfaitement l'habile transposition de Lepage en rêve américain, reposant sur des références visuelles à l'Amérique de Hollywood, des débuts de Las Vegas et de la télévision dans les années 50. Spectacle fin, intelligent, astucieux, coloré, drôle, bien filmé et particulièrement fort dans le dernier tableau. Excellente distribution et direction de Kazushi Ono.
The Turn of the Screw de Britten. Aix-en-Provence, 2001, Bel Air. Ce DVD d'un spectacle emblématique du Festival d'Aix-en-Provence des dix dernières années met aussi en évidence à quel point certains artistes ont une carrière magnifiée par la vidéo. Mireille Delunsch en fait partie. La superbe chanteuse-actrice capte la lumière comme peu d'autres dans un spectacle dont le DVD met en exergue le rôle de l'éclairage et ajoute même une mise en espace sonore (sécheresse-écho). L'intransigeante caméra scrute l'expression des personnages et exploite la moindre ombre pour son rôle potentiellement équivoque (hallucinante dernière scène de l'acte 1). La gouvernante (Delunsch) est vraiment «perdue dans [son] labyrinthe», un labyrinthe dont le metteur en scène Luc Bondy ouvre toutes les issues, pour les refermer aussitôt. Réalité, imagination? L'énigme est mise en musique de manière clinique par le chef Daniel Harding, à son meilleur.
Eugène Onéguine de Tchaïkovski. New York, 2007, Decca. Toujours la plus indiscutable des diffusions en direct du Metropolitan Opera. La mise en scène de Robert Carsen, la direction de Valery Gergiev, la distribution (Fleming, Hvorostovski et Vargas) font de ce spectacle, que nous vous avons déjà présenté, un must de votre collection de DVD lyriques.
Boulevard solitude de Henze. Barcelone, 2007, TDK. Le DVD a formidablement servi Hans Werner Henze. Après L'Upupa et Le Prince de Hombourg, Henze a vu en 2008 deux autres de ses opéras édités en DVD: Der junge Lord, dans la production berlinoise de 1968, et Boulevard solitude, somptueusement enregistré et filmé l'an passé à Barcelone. Pour qui s'intéresse à l'opéra après Alban Berg, le premier ouvrage lyrique (1952) de Henze est une mécanique horlogère particulièrement bien huilée et bien ficelée sur le plan dramatique. L'argument reprend l'histoire de Manon Lescaut, transposée dans le Paris de l'après-guerre. Boulevard solitude, composé à Paris, fait suite à une autre ré-appropriation du roman de l'abbé Prévost, au cinéma, le Manon d'Henri-Georges Clouzot en 1948. Du point de vue du langage musical, on est dans le registre d'un dodécaphonisme raffiné chaloupé en rythmes parfois jazzés. La production de Barcelone est celle de Nikolaus Lehnoff conçue pour Covent Garden en 2001. Si vous aimez Wozzeck et Lulu, n'hésitez pas!
Les Noces de Figaro de Mozart. Londres, 2006, Opus Arte. S'il est vrai que l'opéra du XXe siècle est particulièrement bien servi en DVD en 2008, au chapitre de «l'opéra pour tous», il ne faut pas oublier cette très remarquable production londonienne des Noces de Figaro, mise en scène par David McVicar et dirigée par Antonio Pappano, avec Erwin Schrott, Gerald Finley, Dorothea Röschmann, Miah Persson et Rinat Shaham. Ces très intègres «Noces de l'honnête homme» sont drôles, luxueuses et très bien chantées.
Orlando de Haendel. Zurich, 2007, Arthaus. Haendel a été le grand vainqueur du renouveau du répertoire lyrique dans les 20 dernières années. Orlando n'avait pas encore connu de parution en DVD. La production de Jens-Daniel Herzog pour l'opéra de Zurich est un exemple réussi de transposition. Partant du principe qu'Orlando est un opéra sur la perte de la raison, Herzog transporte l'action au XXe siècle dans une «maison de repos médicalisée pour héros et antihéros de la guerre». C'est un exemple de Regietheater intelligent, qui met l'accent sur l'affrontement d'Orlando et du manipulateur Zoroastre. Un temps d'adaptation est nécessaire pour adhérer au propos, mais le sens de l'ouvrage n'est absolument pas trahi. Belle distribution menée par Marijana Mijanovic (Orlando) et Konstantin Wolff (Zoroastre), sous la direction de William Christie.
Il Sant' Alessio de Stefano Landi. Caen, 2007, Virgin. Nous vous avons présenté la semaine dernière Cadmus et Hermione de Lully, du tandem Lazar-Dumestre. Le metteur en scène Benjamin Lazar a également travaillé avec William Christie, sur le même principe de la «recréation théâtrale» d'ouvrages baroques, dans les conditions de l'époque (dont un éclairage à la bougie). Christie et Lazar ont jeté leur dévolu sur un drame musical de Stefano Landi, créé à Rome en 1631. Si la musique ressemble à celle de Monteverdi, le sujet, comme tous ceux traités alors dans la ville du pape, est un drame sacré, relatant la vie de saint Alexis. L'interdiction romaine d'avoir des femmes sur scène rend Il Sant' Alessio difficile à monter, puisqu'il exige pas moins de huit contre-ténors. C'est évidemment une première mondiale. Et elle est somptueuse!
n De la maison des morts de Janácek. Aix-en-Provence, 2007, DG. Retrouvailles Boulez-Chéreau 30 ans après Bayreuth dans un opéra d'hommes, se déroulant dans un univers carcéral. L'opéra est fascinant, tout comme l'univers désolé — plus camp que prison — tout de gris et de bleus, dans lequel les personnages importants sont fermement dessinés (et désignés) par Chéreau. Comme Boulez, Chéreau dit avoir été sensible au «caractère primitif» de l'opéra. Pour ne pas observer cet univers à distance mais y pénétrer, Stephane Metge filme en s'invitant sur scène, caméra à la main, créant parfois lui-même une action factice. Ce n'est pas parfait, mais c'est captivant.
Assassinio nella Cattedrale de Pizzetti. Bari, 2006, Decca. Pour les amateurs de découvertes, ce drame d'après T. S. Eliot, mis en musique par Ildebrando Pizzetti (1880-1968) et relatant l'assassinat, dans sa cathédrale, de Thomas Becket, archevêque de Canterbury au XIIe siècle, présente un terreau fertile. L'ouvrage a été présenté et filmé à la cathédrale de Bari en 2006, un cadre idéal. Ce n'est pas pour le moelleux des cordes de l'orchestre local qu'on s'intéressera à ce DVD, mais pour l'efficacité dramatique et musicale de cet opéra créé en 1958 et qu'Herbert von Karajan avait popularisé (dans une traduction allemande) en le reprenant à Vienne en 1960. Le style est une sorte de post-Puccini qui ne déroutera personne et Ruggero Raimondi semble renaître, tel un phénix vocal.
La Fille du régiment de Donizetti. Londres, 2007, Virgin. S'il n'en fallait qu'un, ce serait celui-là. Le spectacle, tourné à Londres, a été repris au Metropolitan Opera et diffusé dans les cinémas. Le metteur en scène Laurent Pelly fait assaut de drôlerie et la distribution est portée par les incarnations vocales extraordinaires de Natalie Dessay et Juan Diego Florez. Dans les seconds rôles, Felicity Palmer et Alessandro Corbelli ne font pas moins bien. C'est du théâtre musical à son zénith.
The Rake's Progress de Stravinski. Bruxelles, 2007, Opus Arte. Le spectacle, mis en scène par Robert Lepage, a, paraît-il, fait scandale lors de sa reprise, cette année à Londres. Curieux, car The Rake's Progress (La Carrière d'un libertin) supporte parfaitement l'habile transposition de Lepage en rêve américain, reposant sur des références visuelles à l'Amérique de Hollywood, des débuts de Las Vegas et de la télévision dans les années 50. Spectacle fin, intelligent, astucieux, coloré, drôle, bien filmé et particulièrement fort dans le dernier tableau. Excellente distribution et direction de Kazushi Ono.
The Turn of the Screw de Britten. Aix-en-Provence, 2001, Bel Air. Ce DVD d'un spectacle emblématique du Festival d'Aix-en-Provence des dix dernières années met aussi en évidence à quel point certains artistes ont une carrière magnifiée par la vidéo. Mireille Delunsch en fait partie. La superbe chanteuse-actrice capte la lumière comme peu d'autres dans un spectacle dont le DVD met en exergue le rôle de l'éclairage et ajoute même une mise en espace sonore (sécheresse-écho). L'intransigeante caméra scrute l'expression des personnages et exploite la moindre ombre pour son rôle potentiellement équivoque (hallucinante dernière scène de l'acte 1). La gouvernante (Delunsch) est vraiment «perdue dans [son] labyrinthe», un labyrinthe dont le metteur en scène Luc Bondy ouvre toutes les issues, pour les refermer aussitôt. Réalité, imagination? L'énigme est mise en musique de manière clinique par le chef Daniel Harding, à son meilleur.
Eugène Onéguine de Tchaïkovski. New York, 2007, Decca. Toujours la plus indiscutable des diffusions en direct du Metropolitan Opera. La mise en scène de Robert Carsen, la direction de Valery Gergiev, la distribution (Fleming, Hvorostovski et Vargas) font de ce spectacle, que nous vous avons déjà présenté, un must de votre collection de DVD lyriques.
Boulevard solitude de Henze. Barcelone, 2007, TDK. Le DVD a formidablement servi Hans Werner Henze. Après L'Upupa et Le Prince de Hombourg, Henze a vu en 2008 deux autres de ses opéras édités en DVD: Der junge Lord, dans la production berlinoise de 1968, et Boulevard solitude, somptueusement enregistré et filmé l'an passé à Barcelone. Pour qui s'intéresse à l'opéra après Alban Berg, le premier ouvrage lyrique (1952) de Henze est une mécanique horlogère particulièrement bien huilée et bien ficelée sur le plan dramatique. L'argument reprend l'histoire de Manon Lescaut, transposée dans le Paris de l'après-guerre. Boulevard solitude, composé à Paris, fait suite à une autre ré-appropriation du roman de l'abbé Prévost, au cinéma, le Manon d'Henri-Georges Clouzot en 1948. Du point de vue du langage musical, on est dans le registre d'un dodécaphonisme raffiné chaloupé en rythmes parfois jazzés. La production de Barcelone est celle de Nikolaus Lehnoff conçue pour Covent Garden en 2001. Si vous aimez Wozzeck et Lulu, n'hésitez pas!
Les Noces de Figaro de Mozart. Londres, 2006, Opus Arte. S'il est vrai que l'opéra du XXe siècle est particulièrement bien servi en DVD en 2008, au chapitre de «l'opéra pour tous», il ne faut pas oublier cette très remarquable production londonienne des Noces de Figaro, mise en scène par David McVicar et dirigée par Antonio Pappano, avec Erwin Schrott, Gerald Finley, Dorothea Röschmann, Miah Persson et Rinat Shaham. Ces très intègres «Noces de l'honnête homme» sont drôles, luxueuses et très bien chantées.
Orlando de Haendel. Zurich, 2007, Arthaus. Haendel a été le grand vainqueur du renouveau du répertoire lyrique dans les 20 dernières années. Orlando n'avait pas encore connu de parution en DVD. La production de Jens-Daniel Herzog pour l'opéra de Zurich est un exemple réussi de transposition. Partant du principe qu'Orlando est un opéra sur la perte de la raison, Herzog transporte l'action au XXe siècle dans une «maison de repos médicalisée pour héros et antihéros de la guerre». C'est un exemple de Regietheater intelligent, qui met l'accent sur l'affrontement d'Orlando et du manipulateur Zoroastre. Un temps d'adaptation est nécessaire pour adhérer au propos, mais le sens de l'ouvrage n'est absolument pas trahi. Belle distribution menée par Marijana Mijanovic (Orlando) et Konstantin Wolff (Zoroastre), sous la direction de William Christie.
Il Sant' Alessio de Stefano Landi. Caen, 2007, Virgin. Nous vous avons présenté la semaine dernière Cadmus et Hermione de Lully, du tandem Lazar-Dumestre. Le metteur en scène Benjamin Lazar a également travaillé avec William Christie, sur le même principe de la «recréation théâtrale» d'ouvrages baroques, dans les conditions de l'époque (dont un éclairage à la bougie). Christie et Lazar ont jeté leur dévolu sur un drame musical de Stefano Landi, créé à Rome en 1631. Si la musique ressemble à celle de Monteverdi, le sujet, comme tous ceux traités alors dans la ville du pape, est un drame sacré, relatant la vie de saint Alexis. L'interdiction romaine d'avoir des femmes sur scène rend Il Sant' Alessio difficile à monter, puisqu'il exige pas moins de huit contre-ténors. C'est évidemment une première mondiale. Et elle est somptueuse!
n De la maison des morts de Janácek. Aix-en-Provence, 2007, DG. Retrouvailles Boulez-Chéreau 30 ans après Bayreuth dans un opéra d'hommes, se déroulant dans un univers carcéral. L'opéra est fascinant, tout comme l'univers désolé — plus camp que prison — tout de gris et de bleus, dans lequel les personnages importants sont fermement dessinés (et désignés) par Chéreau. Comme Boulez, Chéreau dit avoir été sensible au «caractère primitif» de l'opéra. Pour ne pas observer cet univers à distance mais y pénétrer, Stephane Metge filme en s'invitant sur scène, caméra à la main, créant parfois lui-même une action factice. Ce n'est pas parfait, mais c'est captivant.
Assassinio nella Cattedrale de Pizzetti. Bari, 2006, Decca. Pour les amateurs de découvertes, ce drame d'après T. S. Eliot, mis en musique par Ildebrando Pizzetti (1880-1968) et relatant l'assassinat, dans sa cathédrale, de Thomas Becket, archevêque de Canterbury au XIIe siècle, présente un terreau fertile. L'ouvrage a été présenté et filmé à la cathédrale de Bari en 2006, un cadre idéal. Ce n'est pas pour le moelleux des cordes de l'orchestre local qu'on s'intéressera à ce DVD, mais pour l'efficacité dramatique et musicale de cet opéra créé en 1958 et qu'Herbert von Karajan avait popularisé (dans une traduction allemande) en le reprenant à Vienne en 1960. Le style est une sorte de post-Puccini qui ne déroutera personne et Ruggero Raimondi semble renaître, tel un phénix vocal.
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