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Concerts classiques - La classe, tout simplement

Christophe Huss   27 novembre 2008  Musique
Apparemment Kent Nagano aime reprendre certaines partitions. Il avait dirigé la suite du Mandarin merveilleux en février puis en avril 2006, et présenté les Nocturnes de Debussy en mars 2008. Après un rodage peu convaincant deux mois auparavant, Le Mandarin d'avril 2006 avait frappé par l'éloquence des timbres et l'incarnation du drame par les instruments. Dans Debussy, il y a huit mois, Nuages et Fêtes avaient été remarquables de justesse, de souplesse et avaient étonné par le sens des coloris et les subtils dosages.

Tout ceci s'est retrouvé hier soir, parfois même amélioré. Je pense notamment au Mandarin merveilleux dont la violence a semblé, au début, faire peur à l'orchestre lui-même. Les cuivres, coruscants à souhait, et les accents hargneux ont mené cette interprétation au triomphe. Dans Nuages et Fêtes, que Kent Nagano maîtrise à la perfection, on a retrouvé tous les miracles de février, à l'exception de la magie de l'alliage harpe-flûte dans Nuages, qui souffrait, hier, d'une harpe trop forte. Mais le travail de dentelle, la perfection des transitions et des rapports de tempos dans Fêtes étaient encore plus exceptionnels lors de cette reprise.

Après la pause, Till Fellner venait jouer et enregistrer le 4e Concerto de Beethoven, qui est, avec le 2e de Brahms le plus trahi des concertos du grand répertoire. Fellner est un émule d'Alfred Brendel et, en l'occurrence, on pourrait le surnommer «la voix de son maître» tant on retrouve les caractéristiques constitutives de la manière Brendel, notamment cette tempérance dans la manière de régler le piano afin d'en modérer la dureté et le volume.

Fellner nous rappelle à tout moment que la plupart du temps la partie soliste est écrite en nuance piano. Il joue le 4e Concerto avec une finesse rare et une totale absence d'effets. Qui plus est, il maîtrise comme très peu de pianistes l'éloquence du mouvement central, menant à une prise de pouvoir progressive du piano par rapport à l'orchestre. Avec Fellner, qui aborde ce concerto avec un ambitus de pianoforte, une phrase peut être pianissimo et a tempo. Kent Nagano et son orchestre accompagnent avec minutie cette interprétation perlée, toute en très subtiles nuances, de très grande classe.

Des concerts de ce calibre, on en reprend quand vous voulez.

***

Collaborateur du Devoir

***

LES GRANDS CONCERTS

Debussy: Syrinx, Nuages et Fêtes (extraits des Nocturnes). Bartók: Le Mandarin merveilleux (suite). Beethoven: Concerto pour piano n° 4. Till Fellner (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Salle Wilfrid-Pelletier, mercredi 26 novembre 2008. Reprise ce soir.
 
 
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