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Concerts classiques - Prophètes en leur pays

Christophe Huss   4 novembre 2008  Musique
Elias de Mendelssohn, sur des épisodes de la vie du prophète Élie, est une oeuvre considérée, au mieux avec un vrai respect, au pire une ironique condescendance, regard qui contraste avec l'engouement qu'elle suscite auprès de tous les choeurs du monde qui ont eu la chance de la travailler.

C'est une partition vivante, animée, contrastée, fabuleusement écrite pour la voix. Il n'y a à mes yeux aucune explication concrète à son déficit de popularité par rapport aux Passions de Bach ou à la Création de Haydn. Contrairement à son alter ego dans l'oeuvre de Mendelssohn, Paulus, qu'il faut animer et faire vivre, Elias coule de source.

Elias et Elijah, c'est la même chose sauf que l'un est l'original dans la langue de Mendelssohn et l'autre la traduction anglaise utilisée pour la création à Birmingham. On peut imaginer que l'idiome anglais est plus facile à maîtriser pour un choeur et un public au Canada. Soit. Yannick Nézet-Séguin a donc choisi de diriger Elijah. Il le fait avec enthousiasme et un sens assez juste des tempos et des enchaînements. Certains sont à parfaire comme le piu animando du premier choeur de la seconde partie ou le vivace omis dans le récitatif d'Élie dans le désert (n° 30). Du point de vue choral, je n'ai pas compris le choix de faire chanter le petit choeur des anges (n° 7) par tous les choristes, ni l'idée saugrenue d'introduire un enfant dans le trio des anges (n° 27). S'il trouvait cela vraiment nécessaire, Nézet-Séguin aurait dû «bétonner» davantage le choix du soliste enfant. Pour le reste, on aura retenu un vrai élan et souffle dans la direction et la prestation chorale, pas des plus raffinées, mais plus que décente.

Mais Elijah c'est aussi un quatuor de solistes et, à ce chapitre, nous avons eu des surprises. Les trois chanteurs canadiens ont été prophètes en leur pays, avec d'excellentes voix féminines et, au dessus du lot, un Joseph Kaiser exceptionnel (voix, présence, projection, prononciation). Quant à Jonathan Lemalu, ce n'était pas le prophète Élie, c'était les sept plaies d'Égypte à lui tout seul! Singulière et météorique carrière que celle de ce «soliste de l'année en 2002» qui se trimbale avec un vibrato bêlant que Hans Hotter n'avait même pas à 80 ans. Lemalu chante n'importe quoi: l'intonation est aléatoire, les valeurs des notes raccourcies au besoin (cf. les blanches au début d'It is enough). Il fait simplement illusion dans les passages rapides en crachant son texte et en faisant semblant d'être investi. Je ne sais pas quels rôles trop lourds il a chantés pour se mettre dans cet état, mais je crains que même deux années sabbatiques ne puissent y remédier.

***

ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN

Mendelssohn: Elijah, oratorio. Measha Brueggergosman (soprano), Lauren Segal (mezzo), Joseph Kaiser (ténor), Jonathan Lemalu (basse), Choeur et Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, dir. Yannick Nézet-Séguin. Salle Wilfrid-Pelletier, lundi 3 novembre 2008. Reprise ce soir à la Première église évangélique arménienne, 11455, rue Drouart.
 
 
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