Musique classique - Le Trio Wanderer : une invitation au voyage
Raphaël Pidoux, violoncelliste, Vincent Coq, pianiste, et Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violoniste, du Trio Wanderer
Grande visite dans le cadre des concerts Pro Musica, lundi au théâtre Maisonneuve: le Trio Wanderer, la formation d'élite dans le genre, est en visite à Montréal pour un concert Mendelssohn, Schubert et Messiaen.
La notion de Wanderer se rapporte à l'univers de Schubert. Une citation de Schubert est d'ailleurs mise en exergue sur le site Internet du trio français: «Je portais mes pas ailleurs et, le coeur débordant d'un amour infini pour ceux qui en faisaient fi, j'errai dans une contrée lointaine. Si je voulais chanter l'amour, il se transformait pour moi en douleur. Et si je voulais à nouveau ne chanter que la douleur, elle se transformait pour moi en amour.»
Le thème de l'errance et du voyage est obsessionnel chez Schubert. On le retrouve d'ailleurs au début du fameux cycle de mélodies Le Voyage d'hiver: «Étranger je suis venu, étranger je repars...»
Rassurez-vous: les Wanderer ne sont pas des rêveurs, des angoissés ou des instables. La référence à Schubert est naturelle s'agissant d'une formation composée d'un violon, d'un violoncelle et d'un piano, car les deux chefs-d'oeuvre de Schubert — les Trios opus 99 et opus 100 — sont le coeur du répertoire. L'appellation symbolise également un attachement particulier au romantisme allemand et à l'exploration musicale.
Gloire instantanée
Curieusement, dans l'histoire, l'interprétation des deux partitions emblématiques de Schubert a davantage été marquée par de grandes individualités (les trios Serkin-Busch-Busch ou Stern-Istomin-Rose) que par des trios constitués. Ce n'est pas dans Schubert que le Beaux-Arts Trio a particulièrement fait sa marque...
La situation change aujourd'hui et les trios constitués (tels que le Trio Florestan, l'Abegg Trio, le Trio Guarneri ou le Trio Gryphon) apparaissent à la fois plus nombreux et plus éminents. Mais dans cette «galaxie post-Beaux-Arts», le Trio Wanderer occupe une place à part. On notera d'ailleurs qu'un lien réunit le trio français avec les Beaux-Arts: l'enseignement du plus brillant élément de l'emblématique formation, le pianiste Menahem Pressler.
Le Trio Wanderer est né il y a 21 ans au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. D'emblée il remporte le concours ARD de Munich en 1988 et la Fischoff Chamber Music Competition aux États-Unis en 1990. Un premier disque, assez confidentiel, le Trio Dumky de Dvorák, est édité la même année par le Festival d'Auvers-sur-Oise. Mais c'est le premier CD publié par un «gros label», les Trios de Mendelssohn chez Sony en 1994, qui frappe les esprits, déclenche un enthousiasme unanime et attire l'attention sur la formation française. Les Wanderer réenregistreront le Trio Dumky pour Sony, avant de rejoindre l'étiquette Harmonia Mundi, leur éditeur depuis lors.
Trio et quatuor
Raphaël Pidoux, violoncelliste, Vincent Coq, pianiste, et Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violoniste, qui a rejoint l'ensemble en 1995, ont développé une respiration musicale commune si complice qu'ils semblent pouvoir tout se permettre. Leur récent ré-enregistrement des Trios de Mendelssohn, chez Harmonia Mundi, est d'un accomplissement musical inégalé dans l'histoire de ces oeuvres. Et le miracle Mendelssohn, on le retrouve à l'identique dans les trios de Saint-Saëns ou de Brahms.
Dans une entrevue éclairante, publiée en 2007 par Le Figaro, les membres du Trio Wanderer se sont exprimés sur la singularité de cette discipline, et notamment sur la différence entre un musicien au sein d'un trio et d'un quatuor: «Un quatuor doit toujours penser collectif, alors que le trio est la réunion de trois personnalités. Dans le premier, on a donc tendance à mettre entre parenthèses son propre ego instrumental alors qu'en trio, chacun a sa propre voix», y déclare Vincent Coq, appuyé par Jean-Marc Phillips-Varjabédian, qui ajoute: «Dans le quatuor, on reste anonyme, alors que dans un trio il y a trois voix distinctes et une grande liberté.» Ce dernier note d'ailleurs: «Dans un quatuor, il faut adapter sa sonorité aux autres, pour produire un seul son, mais instrumentalement. Cela oblige pratiquement à ne faire que cela, ce qui provoque des risques d'implosion.»
Cette réunion de fortes personnalités s'entend parfaitement à l'écoute des enregistrements du Trio Wanderer. Pro Musica, après avoir présenté le meilleur dans le domaine du quatuor (le Quatuor Prazak), ambitionne donc de faire de même dans celui du trio avec piano.
Les musiciens présenteront lundi un programme très symbolique, avec le 1er Trio de Mendelssohn, l'Adagio en mi bémol majeur «Notturno», op. 148 de Schubert et le Quatuor pour la fin du temps d'Olivier Messiaen, dans lequel ils seront rejoints par le clarinettiste Pascal Moraguès. Cette fameuse composition de Messiaen fait d'ailleurs l'objet de la dernière publication discographique en date du Trio Wanderer.
***
TRIO WANDERER
Concert Mendelssohn, Schubert et Messiaen.
Au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, lundi 27 octobre à 19h30. 514 842-2112.
Les trois incontournables en CD
Mendelssohn: Trios.
Harmonia Mundi
Saint-Saëns: Trios.
Harmonia Mundi
Schubert: Quintette La Truite. Harmonia Mundi
***
Vient de paraître
Messiaen: Quatuor pour la fin du temps. Harmonia Mundi
La notion de Wanderer se rapporte à l'univers de Schubert. Une citation de Schubert est d'ailleurs mise en exergue sur le site Internet du trio français: «Je portais mes pas ailleurs et, le coeur débordant d'un amour infini pour ceux qui en faisaient fi, j'errai dans une contrée lointaine. Si je voulais chanter l'amour, il se transformait pour moi en douleur. Et si je voulais à nouveau ne chanter que la douleur, elle se transformait pour moi en amour.»
Le thème de l'errance et du voyage est obsessionnel chez Schubert. On le retrouve d'ailleurs au début du fameux cycle de mélodies Le Voyage d'hiver: «Étranger je suis venu, étranger je repars...»
Rassurez-vous: les Wanderer ne sont pas des rêveurs, des angoissés ou des instables. La référence à Schubert est naturelle s'agissant d'une formation composée d'un violon, d'un violoncelle et d'un piano, car les deux chefs-d'oeuvre de Schubert — les Trios opus 99 et opus 100 — sont le coeur du répertoire. L'appellation symbolise également un attachement particulier au romantisme allemand et à l'exploration musicale.
Gloire instantanée
Curieusement, dans l'histoire, l'interprétation des deux partitions emblématiques de Schubert a davantage été marquée par de grandes individualités (les trios Serkin-Busch-Busch ou Stern-Istomin-Rose) que par des trios constitués. Ce n'est pas dans Schubert que le Beaux-Arts Trio a particulièrement fait sa marque...
La situation change aujourd'hui et les trios constitués (tels que le Trio Florestan, l'Abegg Trio, le Trio Guarneri ou le Trio Gryphon) apparaissent à la fois plus nombreux et plus éminents. Mais dans cette «galaxie post-Beaux-Arts», le Trio Wanderer occupe une place à part. On notera d'ailleurs qu'un lien réunit le trio français avec les Beaux-Arts: l'enseignement du plus brillant élément de l'emblématique formation, le pianiste Menahem Pressler.
Le Trio Wanderer est né il y a 21 ans au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. D'emblée il remporte le concours ARD de Munich en 1988 et la Fischoff Chamber Music Competition aux États-Unis en 1990. Un premier disque, assez confidentiel, le Trio Dumky de Dvorák, est édité la même année par le Festival d'Auvers-sur-Oise. Mais c'est le premier CD publié par un «gros label», les Trios de Mendelssohn chez Sony en 1994, qui frappe les esprits, déclenche un enthousiasme unanime et attire l'attention sur la formation française. Les Wanderer réenregistreront le Trio Dumky pour Sony, avant de rejoindre l'étiquette Harmonia Mundi, leur éditeur depuis lors.
Trio et quatuor
Raphaël Pidoux, violoncelliste, Vincent Coq, pianiste, et Jean-Marc Phillips-Varjabédian, violoniste, qui a rejoint l'ensemble en 1995, ont développé une respiration musicale commune si complice qu'ils semblent pouvoir tout se permettre. Leur récent ré-enregistrement des Trios de Mendelssohn, chez Harmonia Mundi, est d'un accomplissement musical inégalé dans l'histoire de ces oeuvres. Et le miracle Mendelssohn, on le retrouve à l'identique dans les trios de Saint-Saëns ou de Brahms.
Dans une entrevue éclairante, publiée en 2007 par Le Figaro, les membres du Trio Wanderer se sont exprimés sur la singularité de cette discipline, et notamment sur la différence entre un musicien au sein d'un trio et d'un quatuor: «Un quatuor doit toujours penser collectif, alors que le trio est la réunion de trois personnalités. Dans le premier, on a donc tendance à mettre entre parenthèses son propre ego instrumental alors qu'en trio, chacun a sa propre voix», y déclare Vincent Coq, appuyé par Jean-Marc Phillips-Varjabédian, qui ajoute: «Dans le quatuor, on reste anonyme, alors que dans un trio il y a trois voix distinctes et une grande liberté.» Ce dernier note d'ailleurs: «Dans un quatuor, il faut adapter sa sonorité aux autres, pour produire un seul son, mais instrumentalement. Cela oblige pratiquement à ne faire que cela, ce qui provoque des risques d'implosion.»
Cette réunion de fortes personnalités s'entend parfaitement à l'écoute des enregistrements du Trio Wanderer. Pro Musica, après avoir présenté le meilleur dans le domaine du quatuor (le Quatuor Prazak), ambitionne donc de faire de même dans celui du trio avec piano.
Les musiciens présenteront lundi un programme très symbolique, avec le 1er Trio de Mendelssohn, l'Adagio en mi bémol majeur «Notturno», op. 148 de Schubert et le Quatuor pour la fin du temps d'Olivier Messiaen, dans lequel ils seront rejoints par le clarinettiste Pascal Moraguès. Cette fameuse composition de Messiaen fait d'ailleurs l'objet de la dernière publication discographique en date du Trio Wanderer.
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TRIO WANDERER
Concert Mendelssohn, Schubert et Messiaen.
Au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, lundi 27 octobre à 19h30. 514 842-2112.
Les trois incontournables en CD
Mendelssohn: Trios.
Harmonia Mundi
Saint-Saëns: Trios.
Harmonia Mundi
Schubert: Quintette La Truite. Harmonia Mundi
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Vient de paraître
Messiaen: Quatuor pour la fin du temps. Harmonia Mundi
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