Catherine Major au Club Soda - Toute la gamme, toute la gomme
À d'autres Madonna: hier au Soda, c'était son soir. Sa consécration, son triomphe, sa totale. On le savait depuis les Francos cet été, alors qu'elle se gagnait en une demi-heure de lever de rideau de Véronique Sanson tous les regards, toutes les oreilles, tous les désirs d'un spectacle complet d'elle. Le rendez-vous était donné, le plein épanouissement annoncé. À la première montréalaise du spectacle de Rose sang, l'album du dépassement de toutes les promesses, c'était couru, c'était écrit, elle allait donner toute la gamme, nous éclabousser de sa myriade de couleurs, ç'allait être le soir où elle ne retiendrait rien de sa sensualité folle, le soir où la chanteuse exulterait, la pianiste s'abandonnerait, où Catherine Major existerait entièrement pour la première fois.
Eh ben, c'était ça. Et plus. C'était hier un concert classique, une nuit jazzy, un show pop, la victoire pour la chanson en liberté. C'était Catherine Major illimitée, ouvrant les mille valises de son bagage de musicienne. On était partout, on passait chez Michel Legrand et chez Tori Amos et en même temps chez Gershwin et chez Léveillée, et pourtant, pourtant, jamais n'étions-nous ailleurs que chez elle. Ahurissante richesse de la palette. C'est fou toute la musique qui sortait de ce corps tentaculaire. C'est fou comment ce corps conducteur de courant réagissait, telle une onde de choc, à chaque accord plaqué: pour un peu, on aurait voulu être son banc de piano, ses noires, ses blanches, son micro, et jusqu'aux planches de la scène qui servaient de trampoline à sa jambe gauche, irrépressiblement mobile, constamment en l'air.
Tout le nouvel album y aura passé, alors que seuls deux titres du précédent trouvaient grâce (en versions transfigurées), et c'était parfait ainsi: Catherine Major n'est plus la première de classe un peu coincée qu'elle était au temps de Par-dessus bord, elle en est à l'étape qui suit les études postdoctorales, à ce Rose sang qui célèbre la découverte jouissive d'elle-même en tant qu'animal de création, mu par l'instinct pur qui vient après mille ans de musique, toutes influences intégrées. Tout hier exsudait d'elle, jusqu'à son formidable groupe de musiciens — Mathieu Désy à la contrebasse et à la basse Höfner jouée au pick, François Richard aux claviers atmosphériques, Martin Lavallée à la batterie élastique. On aurait dit des extensions de ses longs doigts: ils réagissaient à ses réactions, épousaient ses contours infiniment variés. Infiniment? Chaque chanson était un univers, Le Monde à rebours un cirque frénétique, L'Amour sec une rumba lounge calorifère, Les grands espaces une parfaite bulle pop, le thème instrumental du film Le Ring un plan-séquence panoramique, Sahara un grand souffle chaud. Et ainsi de suite.
Quand j'ai quitté en deuxième partie, Catherine Major valsait «en mi bémol», tout en mauve dans sa tête, oscillant entre la fin de la nuit et le début du jour. La jeune femme était heureuse, pas à la manière fébrile et un peu angoissée qui est la sienne quand elle ne chante pas, mais avec l'aisance et le naturel de celle qui a trouvé son lieu d'expression idéal. «À bord de mon piano, mon homme», comme elle le chantait dans Le Piano ivre. À la grandeur de sa scène, enfin.
Eh ben, c'était ça. Et plus. C'était hier un concert classique, une nuit jazzy, un show pop, la victoire pour la chanson en liberté. C'était Catherine Major illimitée, ouvrant les mille valises de son bagage de musicienne. On était partout, on passait chez Michel Legrand et chez Tori Amos et en même temps chez Gershwin et chez Léveillée, et pourtant, pourtant, jamais n'étions-nous ailleurs que chez elle. Ahurissante richesse de la palette. C'est fou toute la musique qui sortait de ce corps tentaculaire. C'est fou comment ce corps conducteur de courant réagissait, telle une onde de choc, à chaque accord plaqué: pour un peu, on aurait voulu être son banc de piano, ses noires, ses blanches, son micro, et jusqu'aux planches de la scène qui servaient de trampoline à sa jambe gauche, irrépressiblement mobile, constamment en l'air.
Tout le nouvel album y aura passé, alors que seuls deux titres du précédent trouvaient grâce (en versions transfigurées), et c'était parfait ainsi: Catherine Major n'est plus la première de classe un peu coincée qu'elle était au temps de Par-dessus bord, elle en est à l'étape qui suit les études postdoctorales, à ce Rose sang qui célèbre la découverte jouissive d'elle-même en tant qu'animal de création, mu par l'instinct pur qui vient après mille ans de musique, toutes influences intégrées. Tout hier exsudait d'elle, jusqu'à son formidable groupe de musiciens — Mathieu Désy à la contrebasse et à la basse Höfner jouée au pick, François Richard aux claviers atmosphériques, Martin Lavallée à la batterie élastique. On aurait dit des extensions de ses longs doigts: ils réagissaient à ses réactions, épousaient ses contours infiniment variés. Infiniment? Chaque chanson était un univers, Le Monde à rebours un cirque frénétique, L'Amour sec une rumba lounge calorifère, Les grands espaces une parfaite bulle pop, le thème instrumental du film Le Ring un plan-séquence panoramique, Sahara un grand souffle chaud. Et ainsi de suite.
Quand j'ai quitté en deuxième partie, Catherine Major valsait «en mi bémol», tout en mauve dans sa tête, oscillant entre la fin de la nuit et le début du jour. La jeune femme était heureuse, pas à la manière fébrile et un peu angoissée qui est la sienne quand elle ne chante pas, mais avec l'aisance et le naturel de celle qui a trouvé son lieu d'expression idéal. «À bord de mon piano, mon homme», comme elle le chantait dans Le Piano ivre. À la grandeur de sa scène, enfin.
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