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    Musique classique - Salomé ouvre la saison du Met dans les cinémas

    11 octobre 2008 |Christophe Huss | Musique
    Karita Mattila dans Salomé, de Richard Strauss
    Photo: Karita Mattila dans Salomé, de Richard Strauss
    C'est ce samedi à 13h que sera diffusé le premier opéra de la saison 2008-09 du Metropolitan Opera dans les cinémas: Salomé de Strauss, avec celle que tout le monde attend dans ce rôle, la Finlandaise Karita Mattila.

    Cela fait moins de deux ans que le Metropolitan Opera a investi les cinémas. Et pourtant, cette possibilité de vivre en direct et à distance une représentation de la scène lyrique la plus connue du monde fait déjà partie de notre univers naturel de mélomanes...

    Déjà gagné !

    En deux saisons, le Met a fait un chemin énorme. La diffusion planétaire est d'ores et déjà rentable. Pourtant, cette opération entraîne des coûts additionnels de l'ordre du million de dollars par opéra, frais couvrant, selon les déclarations de Peter Gelb, directeur du Met, au Devoir en mars dernier, «la production des images et du son, les répétitions supplémentaires, la location du matériel et des cinq satellites, le marketing et le sous-titrage».

    Le Met a atteint le seuil de rentabilité alors même que le nombre de pays qui reçoivent via satellite le signal haute définition en provenance de New York augmente, de même que le nombre de cinémas à l'intérieur de chaque pays. Au Québec, il y avait au départ quatre Cineplex. Ils sont aujourd'hui treize, dont deux nouveaux (Gatineau et Trois-Rivières) cette saison, sans compter que certains cinémas (Montréal, Brossard, Laval, Sainte-Foy) sont obligés de répartir l'afflux de spectateurs dans deux salles.

    Voilà donc une affaire qui roule. De cinq opéras la première saison, le Met est passé à dix ouvrages pour la saison qui s'ouvre aujourd'hui. Dix opéras... et pas que des blockbusters, puisqu'on trouve dans la liste La Rondine de Puccini, Thaïs de Massenet, Orfeo ed Euridyce de Gluck et Dr. Atomic de John Adams. La programmation du nouvel opéra du compositeur américain fait suite au succès inattendu du Premier Empereur, création du Chinois Tan Dun, diffusé en janvier 2007.

    Par ailleurs, autre élément de bon augure, les tentatives de concurrence permettent d'augmenter la notoriété du genre sans aucunement écorner l'aura ou la proéminence du Met en la matière. Ceci s'explique aisément: en raison du direct, le Met «offre aux spectateurs la sensation d'être connectés au Met et de faire partie, en direct, d'une communauté et d'une expérience unique» (Peter Gelb), expérience que les captations en différé ne peuvent communiquer.

    Le Met occupe également un créneau horaire où il n'apporte que des avantages aux salles de cinéma partenaires sur le continent, un créneau horaire ancré depuis longtemps auprès de nombreux mélomanes, qui passent ainsi avec délices de la radio au cinéma. Un (vrai) concurrent, intéressé par un business — et pas par un coup, comme l'Opéra de Zurich, avec une Traviata dans la gare centrale de la ville, diffusée en direct à la télévision en Europe le 30 septembre dernier —, devrait tout d'abord chercher et fidéliser une nouvelle clientèle dans un créneau horaire à créer de toutes pièces.

    Le Met chez soi

    Le modèle d'affaires du Metropolitan Opera comporte également des rentrées financières liées aux ventes des opéras aux réseaux de télévision, à la vidéo à la demande et à la diffusion sous forme de DVD. Dans ce cadre, un partenariat a été signé avec EMI pour l'édition en DVD de spectacles marquants parmi les opéras diffusés. C'est ainsi que six titres viennent de paraître: Le Premier Empereur (Tan Dun), Haensel und Gretel (Humperdink), La Bohème et Manon Lescaut (Puccini), Peter Grimes (Britten), ainsi que Macbeth (Verdi).

    Chose étonnante, alors que le Met capitalise sur l'idée de «HD Live» — slogan qui, comme par hasard, utilise les couleurs jaune et noir associées au logo «Full HD» des téléviseurs —, les DVD ne sont disponibles qu'en format DVD traditionnel et non sur le support Blu-ray, qui en assurerait la totale intégrité visuelle. Dans les DVD EMI, la compression visuelle a été gérée avec beaucoup de soin, contrairement au son qui semble parfois saturé en dynamique et en brillance.

    Le Premier Empereur conviendra à quiconque veut diversifier sa vidéothèque. Le spectacle a été quelque peu élagué lors de sa reprise il y a quelques mois, mais la version originale reste (sur écran) un étrange hybride sino-puccinien à grand spectacle, juste un peu longuet.

    Haensel und Gretel est une bonne coche au-dessus, même si l'opéra est donné dans une traduction anglaise. Christine Schäfer et Alice Coote sont merveilleusement crédibles, alors que Vladimir Jurowski trouve dans la fosse le parfait équilibre entre conte et références wagnériennes. Le metteur en scène Richard Jones procède à quelques extrapolations, comme le songe des enfants dans la forêt qui devient un défilé de cuisiniers aux irrésistibles déguisements. Le délire total est atteint lors de l'apparition de Philip Langridge en sorcière à l'acte III. Il vaut le détour à lui seul.

    Macbeth a été mis en scène par le directeur artistique de la Royal Shakespeare Company, Adrian Noble, et filmé trop nerveusement par Gary Halvorson. Le spectacle, qui se situe quelque part dans les Balkans au XXe siècle, culmine émotionnellement dans la scène du choeur des réfugiés «Patria oppressa». C'est musicalement que l'on éprouve le plus de frissons, avec James Levine à son plus exalté, la puissante Maria Guleghina en lady Macbeth et la forte présence du surprenant baryton Zeljko Lucic.

    Peter Grimes a fait l'objet d'une nouvelle production, signée John Doyle. Exploitant la verticalité de l'espace scénique et rehaussée par de beaux éclairages bleutés, elle traduit froidement mais efficacement le poids du jugement social et l'enfermement psychologique de Peter Grimes. Le mur étant souvent très proche de la fosse, l'action nous «saute à la figure», surtout que l'inénarrable Gary Halvorson (metteur en image) abuse des contre-plongées. Anthony Dean Griffey est un Grimes moins complexe que Langridge (DVD de l'English National Opera). Excellente direction, grande incarnation d'Elen par Patricia Racette et seconds rôles luxueux.

    Manon Lescaut n'est pas un opéra très présent au catalogue DVD. La production (ancienne) du Met fait l'affaire, même si la Manon très bien chantée de Karita Mattila est peu italienne. Très bon niveau d'ensemble, avec le ténor Marcello Giordani, Levine à la baguette et l'élégante régie visuelle de Brian Large.

    La Bohème est avec La Traviata et Carmen l'une des trois plus emblématiques productions du plus conservateur des metteurs en scène: Franco Zeffirelli. Tout néophyte dans le domaine de l'opéra trouvera bien du bonheur à la connaître. Personnellement, je ne crois pas aux minauderies d'Angela Georghiu (par contre, pour une fois, la Musetta — Ainhoa Arteta — est parfaite) et ne donnerai pas mon DVD de la production magique de Giancarlo del Monaco à Madrid (Opus Arte) pour celle-ci. Là aussi le son ne «sort» pas. Une vérification à ce niveau s'impose pour la prochaine saison, une saison dont on espère pouvoir disposer, par la suite, en Blu-ray.

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    Le Met au cinéma

    Aujourd'hui à 13h: Salomé de Richard Strauss. Dans treize cinémas Cineplex participants au Québec

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    Temps forts de la saison 2008-09: La Damnation de Faust de Berlioz dans la mise en scène de Robert Lepage, le 22 novembre; Thaïs de Massenet avec Renée Fleming, le 20 décembre; Lucia di Lammermoor de Donizetti avec Anna Netrebko le 7 février; La Somnambule de Bellini avec Natalie Dessay le 21 mars.

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    Les diffusions de 2007 et de 2008 en DVD chez EMI. Six parutions et deux priorités: Haensel und Gretel et Peter Grimes.












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