Musique classique - L'irrésistible attrait du ténor, le soir à l'opéra
Thiago Arancam
Les ténors ont gagné la mise de l'édition 2008 d'Operalia, le concours de chant créé et patronné par Placido Domingo. Il y a une probabilité non négligeable que dans dix ans encore on parle de Québec comme de la ville où Thiago Arancam s'est fait connaître...
Le ténor brésilien n'a eu «que» le second prix masculin du concours, mais il ne pouvait franchement espérer mieux après un quart de finale qui l'a, disait-on en coulisses, rescapé d'extrême justesse. Arancam est monté en puissance pendant le concours, alors que d'autres s'étiolaient. En tout cas, nous devons à cet artiste le moment fort de la soirée de finale, une prestation renversante dans l'air de Zarzuela, No puede ser. Si le chant était du sport, à ce moment-là Arancam était Usain Bolt.
Le syndrome danois
À propos de sport, notre cher Jean Dion vous dirait sans doute que le vainqueur, le ténor portoricain Joel Prieto, a bénéficié de ce qu'en soccer on appelle le «syndrome danois». C'était en 1992, au Championnat d'Europe des Nations. L'équipe du Danemark ne s'était pas qualifiée, mais comme la Yougoslavie était en guerre, son équipe s'était disloquée et fut écartée de la phase finale. Les Danois arrivèrent et damèrent le pion à tous les ténors (!) du soccer en devenant champions. Oui, le grand vainqueur, Joel Prieto était sur la liste d'attente des candidats sélectionnés et n'a dû sa participation qu'au désistement de trois candidats, parmi lesquels la mezzo québécoise Michèle Losier!
Prieto, le ténor à la voix d'ange, est né pour chanter Mozart et des rôles de ténor léger dans Rossini et
Donizetti. Il est, semble-t-il, déjà engagé à Salzbourg l'an prochain dans Cosi fan tutte et son air Un aura amorosa sera aussi mémorable que lorsque Leopold Simoneau le chantait. Il a davantage «assuré» sa finale qu'Arancam, peut-être parce que ce dernier avait un sacré retard à rattraper. Le troisième prix a été décerné à l'impressionnant baryton hongrois qui a, hélas, chanté très faux mercredi et ne méritait pas donc tant d'honneurs, contrairement à Stephen Hegedus, le baryton canadien, impeccable dans l'air de Sancho
Pança du Don Quichotte de Massenet.
En Zarzuela (opérette espagnole), Prieto et Arancam se sont partagé le premier prix. Arancam a remporté le prix du public.
Crève-coeur féminin
Chez les candidates, la situation était bien plus complexe et pouvait basculer dans n'importe quel sens. Le choix des airs a beaucoup contribué à décanter les choses. Ma favorite, la soprano Marjorie Owens, n'avait pas eu de chance en passant la première. Elle a ajouté d'autres handicaps à cela en choisissant le grand air d'Elvira dans Ernani de Verdi. Elle aurait dû rester dans le répertoire allemand. Mais, comme me le confiait un membre du jury: «L'air Dich teure Halle de Tannhäuser, elle le chantera au Metropolitan Opera!» Autre Américaine fourvoyée: Jacquelyn Wagner, qui s'est condamnée avec le Freischütz de Weber. Elle aussi oubliera bien vite, quand elle sera sur la scène du Staatsoper de Berlin.
Une qui ne comprendra pas de sitôt est la Georgienne Ketevan Kemolidze, une tigresse sur scène et une grande chanteuse, irrésistible mercredi (avis à ceux qui veulent programmer Carmen). Le prix de la Zarzuela ne la consolera pas vraiment. Sa compatriote Anna Kazian avait choisi Haendel, car les partitions de la Lucrezia Borgia de Donizetti n'étaient pas accessibles. Fatalitas! Ce fut le seul accompagnement discutable de la soirée d'un orchestre par ailleurs plus que remarquable...
Le 2e prix est allé aussi logiquement à l'Ukrainienne Oksana Kramaryeva chez les femmes que celui décerné à Arancam chez les hommes. Sa voix est une bombe et elle en a caché au mieux les défauts (sons tubés sur les voyelles fermées) dans l'air d'Aïda.
Le premier prix à Maria Katzarava, une Mexicaine, salue une actrice-chanteuse, qui a étudié la «gestique» des artistes de music-hall. La voix est saine, mais les gesticulations peuvent lasser.
Bilan
Au-delà des préférences des uns et des autres, on peut tirer plusieurs enseignements de cette semaine opératique. Un coup de chapeau immense va à Grégoire Legendre, directeur de l'Opéra de Québec, qui s'est battu pendant des années pour accueillir Operalia pour le 400e. Le public du Grand Théâtre lui a réservé une juste ovation.
L'Orchestre symphonique de Québec a été splendide, même dans le répertoire si pointu de la Zarzuela. L'équipe de l'OSQ a travaillé toute la nuit pour annoter les partitions de la finale. Avec tant de beaux ferments, Grégoire Legendre caresse l'idée de monter à l'horizon 2011 ou 2012 un grand festival estival d'opéra. Le plan d'affaires est en train d'être constitué. Il est entre de bonnes mains.
L'événement a été couvert par la chaîne spécialisée de musique classique Mezzo, disponible dans 39 pays, mais pas au Canada. Des négociations avec Videotron pour l'inclure ici dans les bouquets de câble traînent en longueur. Mais la finale sera disponible en audio pendant un an sur espace classique, le site Internet d'Espace Musique.
Operalia a, de l'avis de tous, connu à Québec l'un de ses meilleurs millésimes, voire le meilleur de son existence. Québec restera donc, largement au-delà des noms figurant sur le palmarès, comme un moment marquant de l'histoire de ce concours et met ainsi son nom sur la carte lyrique.
C'est plus qu'espéré et ça fait chaud au coeur.
Le ténor brésilien n'a eu «que» le second prix masculin du concours, mais il ne pouvait franchement espérer mieux après un quart de finale qui l'a, disait-on en coulisses, rescapé d'extrême justesse. Arancam est monté en puissance pendant le concours, alors que d'autres s'étiolaient. En tout cas, nous devons à cet artiste le moment fort de la soirée de finale, une prestation renversante dans l'air de Zarzuela, No puede ser. Si le chant était du sport, à ce moment-là Arancam était Usain Bolt.
Le syndrome danois
À propos de sport, notre cher Jean Dion vous dirait sans doute que le vainqueur, le ténor portoricain Joel Prieto, a bénéficié de ce qu'en soccer on appelle le «syndrome danois». C'était en 1992, au Championnat d'Europe des Nations. L'équipe du Danemark ne s'était pas qualifiée, mais comme la Yougoslavie était en guerre, son équipe s'était disloquée et fut écartée de la phase finale. Les Danois arrivèrent et damèrent le pion à tous les ténors (!) du soccer en devenant champions. Oui, le grand vainqueur, Joel Prieto était sur la liste d'attente des candidats sélectionnés et n'a dû sa participation qu'au désistement de trois candidats, parmi lesquels la mezzo québécoise Michèle Losier!
Prieto, le ténor à la voix d'ange, est né pour chanter Mozart et des rôles de ténor léger dans Rossini et
Donizetti. Il est, semble-t-il, déjà engagé à Salzbourg l'an prochain dans Cosi fan tutte et son air Un aura amorosa sera aussi mémorable que lorsque Leopold Simoneau le chantait. Il a davantage «assuré» sa finale qu'Arancam, peut-être parce que ce dernier avait un sacré retard à rattraper. Le troisième prix a été décerné à l'impressionnant baryton hongrois qui a, hélas, chanté très faux mercredi et ne méritait pas donc tant d'honneurs, contrairement à Stephen Hegedus, le baryton canadien, impeccable dans l'air de Sancho
Pança du Don Quichotte de Massenet.
En Zarzuela (opérette espagnole), Prieto et Arancam se sont partagé le premier prix. Arancam a remporté le prix du public.
Crève-coeur féminin
Chez les candidates, la situation était bien plus complexe et pouvait basculer dans n'importe quel sens. Le choix des airs a beaucoup contribué à décanter les choses. Ma favorite, la soprano Marjorie Owens, n'avait pas eu de chance en passant la première. Elle a ajouté d'autres handicaps à cela en choisissant le grand air d'Elvira dans Ernani de Verdi. Elle aurait dû rester dans le répertoire allemand. Mais, comme me le confiait un membre du jury: «L'air Dich teure Halle de Tannhäuser, elle le chantera au Metropolitan Opera!» Autre Américaine fourvoyée: Jacquelyn Wagner, qui s'est condamnée avec le Freischütz de Weber. Elle aussi oubliera bien vite, quand elle sera sur la scène du Staatsoper de Berlin.
Une qui ne comprendra pas de sitôt est la Georgienne Ketevan Kemolidze, une tigresse sur scène et une grande chanteuse, irrésistible mercredi (avis à ceux qui veulent programmer Carmen). Le prix de la Zarzuela ne la consolera pas vraiment. Sa compatriote Anna Kazian avait choisi Haendel, car les partitions de la Lucrezia Borgia de Donizetti n'étaient pas accessibles. Fatalitas! Ce fut le seul accompagnement discutable de la soirée d'un orchestre par ailleurs plus que remarquable...
Le 2e prix est allé aussi logiquement à l'Ukrainienne Oksana Kramaryeva chez les femmes que celui décerné à Arancam chez les hommes. Sa voix est une bombe et elle en a caché au mieux les défauts (sons tubés sur les voyelles fermées) dans l'air d'Aïda.
Le premier prix à Maria Katzarava, une Mexicaine, salue une actrice-chanteuse, qui a étudié la «gestique» des artistes de music-hall. La voix est saine, mais les gesticulations peuvent lasser.
Bilan
Au-delà des préférences des uns et des autres, on peut tirer plusieurs enseignements de cette semaine opératique. Un coup de chapeau immense va à Grégoire Legendre, directeur de l'Opéra de Québec, qui s'est battu pendant des années pour accueillir Operalia pour le 400e. Le public du Grand Théâtre lui a réservé une juste ovation.
L'Orchestre symphonique de Québec a été splendide, même dans le répertoire si pointu de la Zarzuela. L'équipe de l'OSQ a travaillé toute la nuit pour annoter les partitions de la finale. Avec tant de beaux ferments, Grégoire Legendre caresse l'idée de monter à l'horizon 2011 ou 2012 un grand festival estival d'opéra. Le plan d'affaires est en train d'être constitué. Il est entre de bonnes mains.
L'événement a été couvert par la chaîne spécialisée de musique classique Mezzo, disponible dans 39 pays, mais pas au Canada. Des négociations avec Videotron pour l'inclure ici dans les bouquets de câble traînent en longueur. Mais la finale sera disponible en audio pendant un an sur espace classique, le site Internet d'Espace Musique.
Operalia a, de l'avis de tous, connu à Québec l'un de ses meilleurs millésimes, voire le meilleur de son existence. Québec restera donc, largement au-delà des noms figurant sur le palmarès, comme un moment marquant de l'histoire de ce concours et met ainsi son nom sur la carte lyrique.
C'est plus qu'espéré et ça fait chaud au coeur.
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