lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 01h03


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Musique classique - Knowlton, le Glyndebourne du Nouveau Monde?

Christophe Huss   9 août 2008  Musique
Source Accademia Nazionale Santa Cecilia de Rome
Le directeur de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Bruno Cagli. À ses yeux, il est important de cultiver le bel canto, ne serait-ce que pour contrebalancer certains excès. «Il y a une tendance e
Source Accademia Nazionale Santa Cecilia de Rome Le directeur de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Bruno Cagli. À ses yeux, il est important de cultiver le bel canto, ne serait-ce que pour contrebalancer certains excès. «Il y a une tendance e
Du 15 au 24 août, l'Orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano seront les chevilles ouvrières d'un nouveau festival dédié au bel canto. Il aura lieu à Knowlton, dans les Cantons-de-l'Est, et inaugure une collaboration entre l'OSM et l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia de Rome.

L'Académie Sainte-Cécile de Rome (Accademia Santa Cecilia) est une institution séculaire, puisqu'elle a été fondée en 1585. C'était alors l'ère des grands polyphonistes, tels que Palestrina et Vittoria, mais aussi Gesualdo, ce compositeur génial mais personnage troublant, mort, dit-on, au cours d'une séance de flagellation.

Plus de quatre siècles plus tard, la directrice actuelle du studio d'opéra de l'Académie n'est autre que la grande soprano Renata Scotto. Elle est par là même la patronne de ce Festival bel canto, qui aura sa contrepartie à Rome du 12 au 29 septembre. Madame Scotto ne sera pas au Québec, car le mois d'août est dédié à sa famille.

Une institution ancestrale

Par contre, nous attendons la visite du professeur Bruno Cagli. Le directeur de l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia est un vrai personnage. Musicologue, longtemps directeur artistique de la Fondation Rossini de Pesaro (à partir de 1971), il a été le maître d'oeuvre de la renaissance rossinienne, phénomène marquant de la scène lyrique de l'après-guerre.

Il est «président-superintendant» de l'Académie depuis 2003, après avoir occupé ce poste de 1990 à 1999. Comme l'Académie organise également plus de deux cents concerts par an, cela fait des années que Bruno Cagli connaît Kent Nagano, avec lequel il estime travailler «en synergie» et apprécie d'échanger des vues convergentes sur le bel canto («beau chant») français et italien. C'est ensemble qu'ils ont eu l'idée de ce partenariat.

«L'OSM a voulu bonifier sa programmation estivale — qui existe depuis de nombreuses années — en repositionnant, entre autres, la période, le lieu de diffusion et le répertoire de son festival d'été, et ainsi accroître le développement de son auditoire», stipule le communiqué de notre orchestre, qui semble se détacher d'un amphithéâtre de verdure pouvant accueillir 5000 mélomanes pour se tourner vers un «chapiteau pouvant accueillir 600 spectateurs», le chapiteau Tibbits Hill de Knowlton.

Le professeur Bruno Cagli a, lui, trouvé une perspective plus parlante: il se demande si Knowlton ne pourrait pas devenir «le Glyndebourne du Nouveau Monde», en référence au fameux festival anglais créé en 1934 dans une (grande) ferme du Sussex. La ferme d'origine (trois cents sièges) y a cédé la place en 1992 à une vraie salle pouvant accueillir 1200 spectateurs.

Bel canto

Le franc-parler de Bruno Cagli, dans un français chantant et posé, fait tout son charme. «Avec Kent Nagano, nous avons beaucoup parlé du répertoire de bel canto français et italien. Il est en décadence, parce qu'il n'y a plus de chanteurs qui l'interprètent bien», dit-il en entrevue au Devoir.

Bruno Cagli est un spécialiste mondial reconnu du répertoire de Bellini, Donizetti et Rossini. Il a supervisé l'édition critique des opéras de Rossini. Trente opéras déjà ont été revus et littéralement restaurés à leur vérité première. Pour restaurer de la même manière la tradition du beau chant, celui qui cite Joan Sutherland, Marilyn Horne et Rockwell Blake comme les trois figures majeures du renouveau rossinien a créé avec Renata Scotto, à Parme puis à Rome, une école, l'Opera Studio. «Nous avons à présent trente ou quarante chanteurs en carrière qui parcourent le monde. La méthode est juste, mais le danger face à de mauvais choix de répertoire par les agents d'artistes demeure. Nous avons donc l'intention que la formation soit encore plus solide, se déroule sur trois ans et permette aux jeunes chanteurs de bénéficier d'un suivi de carrière avec des conseils. Et, pour les faire chanter, rien ne vaut un festival!»

Pour Bruno Cagli, la tendance interprétative «musicologiquement informée» de ce répertoire devrait nous amener logiquement vers un allégement de l'accompagnement orchestral: «Nous avons l'habitude d'entendre des opéras de Bellini, Donizetti et du jeune Verdi avec des orchestres à la sonorité post-wagnérienne. Mais j'ai écouté Tancredi et La Cenerentola avec des instruments de l'époque de Rossini et le rapport entre la voix et l'orchestre change du tout au tout. Les chanteurs ne sont pas obligés de pousser la voix.» Très récemment, Bruno Cagli a eu des contacts privilégiés avec certaines figures de proue du mouvement baroque, tel René Jacobs. Les années prochaines nous en apporteront peut-être les fruits...

Le programme

Le Festival Bel Canto à Knowlton se tiendra principalement pendant deux fins de semaine. Le 15 août, c'est Jennifer Larmore, grande chanteuse rossinienne, qui ouvrira le festival avec les compositeurs majeurs du coeur de ce répertoire: Rossini, Bellini et Donizetti. Le lendemain, June Anderson sera accompagnée par de jeunes chanteurs dans Rossini et Donizetti.

Enfin, le dimanche 17 août sera donnée la première de deux représentations de Norma, de Bellini, avec, dans le rôle-titre, la prise de rôle de Micaela Carosi. Kate Aldrich chantera Adalgisa, Francisco Casanova sera Pollione et John Relyea tiendra le rôle d'Oroveso. L'opéra de Bellini sera repris le dimanche suivant, fin de semaine lors de laquelle on pourra également entendre Sumi Jo, le vendredi, et Gino Vanelli, le samedi. À cela s'ajoutent plusieurs événements gratuits, dont des projections d'opéra animées par Michel Veilleux et des concerts de Marianne Fiset, Kimy McLaren, Pascale Beaudin et Lesley Ann Bradley.

Aux yeux de Bruno Cagli, il est important de cultiver ce répertoire, ne serait-ce que pour contrebalancer certains excès: «Il y a une tendance en musicologie à considérer que l'évolution musicale vient de l'Allemagne ou à travers les deux écoles de Vienne. Je crois qu'il y a eu des évolutions majeures du style musical en France et en Italie.»

Dans ses propos, le directeur de l'Académie n'oublie jamais le répertoire français, celui de Bizet, Gounod, Adam, Auber ou Halévy: «Il y a un répertoire charmant dans les deux langues. Je n'aime d'ailleurs pas quand on chante Guillaume Tell ou Le Comte Ory, de Rossini, en italien. Cela a été écrit pour la langue française. Idem pour La Favorite, de Donizetti: si vous regardez l'édition critique publiée il y a trois ans, vous pourrez lire une lettre de Donizetti que j'ai retrouvée et où le compositeur s'insurge contre la traduction italienne en la traitant de trahison. Si la traduction de La Fille du régiment a été approuvée par Donizetti, il n'en reste pas moins que l'utilisation du français est préférable. Et pour Verdi, avec Les Vêpres siciliennes, c'est pareil.»

On ne s'étonnera pas que l'édition 2009 soit déjà en ligne de mire, avec un programme autour... du bel canto français!

***

FESTIVAL BEL CANTO

Avec l'OSM et Kent Nagano. Artistes invités: Jennifer Larmore, June Anderson, Sumi Jo, etc.

À Knowlton, du 15 au 24 août.

Renseignements: % 514 842-9951






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009