Hommage des FrancoFolies à un homme de paroles - Félix, dans leurs mots
Photo : Jacques Nadeau
Richard et Marie-Claire Séguin participeront demain à l’hommage rendu à Félix Leclerc.
Le parti pris du metteur en scène Dominic Champagne est clair pour le spectacle de demain soir à Maisonneuve: du Félix, rien que du Félix. Les mots de ses chansons, de ses poèmes, de ses pièces de théâtre. Ses mots écrits. À Champagne et aux dix-huit participants à l'hommage, gens de chanson, de poésie, de théâtre, Le Devoir a envoyé un petit questionnaire facultatif, histoire de recueillir leurs mots, sous la même forme: écrite. Quelques réponses.
En début de semaine, Andrée Gendron, des FrancoFolies de Montréal, a transmis un «petit questionnaire facultatif» de la part du Devoir aux artistes et au metteur en scène du spectacle Félix - L'homme de paroles. Une demi-douzaine de questions, presque toutes en rapport avec la pertinence de Félix en 2008, à quelques jours des 20 ans de sa disparition, le 8 du huitième mois 1988. L'idée était d'établir une sorte de portrait de Félix au présent, à travers ceux qui le portent, encore et toujours. Questions simples. La principale motivation de votre participation à ce spectacle? Connaît-on l'oeuvre de Félix dans votre entourage? Y a-t-il du Félix dans votre iPod? Pouviez-vous nommer dix titres de Félix avant de préparer ce spectacle? Le spectacle a-t-il changé votre perception de Félix? Qu'a apporté Félix à la société québécoise?
Ça ne peut pas être un hasard: le premier courriel reçu a été celui de Jean Lapointe. Remarquez, tout le monde ne vérifie pas les arrivages toutes les demi-heures, et le «petit questionnaire facultatif» a parfois emprunté des voies de contournement — agents, relationnistes de presse et autres intermédiaires — avant d'atteindre les destinataires. Et chacun pèse ses mots avec un temps variable à l'infini: écrire des réponses à un questionnaire portant sur Félix Leclerc n'est pas répondre en entrevue à des questions sur le même Félix. N'empêche que Jean Lapointe, comme il l'écrit dans la petite note qui précède le questionnaire rempli, a répondu «avec empressement». Impossible de ne pas y lire à quel point Félix Leclerc a compté et compte encore pour le chanteur, l'imitateur, l'auteur-compositeur, l'ancien Jérolas et le sénateur. «Pour moi, c'est le roi... point. Il a apporté l'espoir, l'amour de notre langue et tracé les sentiers dans lesquels ont suivi les Vigneault, Ferland, Rivard, Léveillée, Piché, Gauthier, Létourneau et j'en passe.»
Monique Miville-Deschênes n'a pas tardé non plus. Question de proximité, comprend-on. Elle est de la génération héroïque des chansonniers, a côtoyé Félix, assuré ses premières parties. Elle déclare participer au spectacle «par devoir de reconnaissance», déplore que les jeunes ne connaissent que peu ou «rien du tout» de l'oeuvre, mais note avec acuité qu'«il en était de même quand [elle avait] 16 ans»: «Tandis que j'écoutais Félix, mes copines écoutaient Elvis.» Et elle n'a que faire d'un iPod pour écouter du Félix: «Il y a du Félix dans mes oreilles depuis que j'entends.»
Fascinant, le rapport au iPod: JF Moran n'en a pas, Mireille Deyglun non plus (elle écoute les disques), mais Jean Lapointe a farci le sien de chansons de Félix, et Dominic Champagne y a fourgué l'intégrale et plus (un spectacle enregistré par un amateur à Nicolet). Richard Séguin y dénombre pas loin de 300 titres, du Félix par Félix, du Félix par Hugues Aufray (un grand double album méconnu), ainsi que du Félix chanté par les Catherine Durand, Catherine Major et autres Jorane sur la compilation Chapeau! Félix (le très beau livre-disque La Montagne secrète). Daniel Boucher ne dit pas s'il y a du Félix dans son iPod, mais il assure qu'«il y en a» dans sa maison. «J'ai souvent endormi mon fils sur du Félix.» Pareillement, Yann Perreau nomme les recueils de Félix dans sa bibliothèque, les albums dans sa discothèque (notamment «une compilation de grands succès que l'on m'a remise lorsque j'ai reçu le prix Félix-Leclerc en 2003»). «IPod?», se questionne Fred Pellerin, interloqué pour rire. «Aucune idée de quoi il s'agit.»
Sans se consulter, elle de Verdun et lui de Saint-Venant-de-Paquette ont répondu en même temps. Gémellité oblige. Pour Marie-Claire Séguin, aimer Félix est indissociable d'un travail de transmission. À ses élèves de l'École nationale de la chanson, elle fait d'abord découvrir les chansons de Félix, «le premier après La Bolduc à ouvrir le chemin», et de là les «Vigneault, Brel, Ferré, Pauline et Clémence». Pour Richard Séguin, c'est à l'enfance que tout se décide, que Félix s'impose presque... mystérieusement. «Ça part de loin, dans le salon de notre maison de carton à Pointe-aux-Trembles, il y avait là un cahier de partitions, le seul en chansons populaires, tous les autres, des pièces classiques pour piano ou encore des chants pour chorales, mais là, mystère... pourquoi ces partitions de chansons dans la maison? On y voyait un homme accoté sur une clôture de perche, face au vent, un homme libre, des mots, de la poésie, des airs simples qui donnent à rêver. Mes parents s'étaient reconnus dans ces chansons. Dans une maison, un espace vital pour rêver. J'avais une guitare, ma première, j'avais 14 ans, on pouvait lire les accords facilement, alors ma soeur et moi on a appris quelques-unes de ces chansons du cahier magnifique.» Écho de Marie-Claire: «Le livre des chansons de Félix se trouvait sur le piano chez moi quand j'étais petite. Il était là, au milieu d'autres partitions, surtout de chansons françaises. C'était le début des mots et des musiques d'ici, de notre terre; Félix faisait partie de notre vie.»
Ce qu'il reste de Félix
Et Félix aujourd'hui? On ne le connaît «pas assez, malheureusement», déplore Boucher. Qui a une explication: «On va se remettre à écouter Félix Leclerc le jour où on va arrêter de renier ce qu'on a déjà été [...]» Yann Perreau constate: dans son entourage, peu de Félix. «À part Le Petit Bonheur par BARF et l'album de Johanne Blouin.» Catherine Major fait la part des choses: «Tout le monde sait qui est cet homme, seulement il est certain que les générations en dessous de la mienne ne pourraient nommer plusieurs de ses chansons.» Pour Champagne, si «le Félix de la chanson est relativement connu, le poète, surtout celui des Calepins et de Pieds nus dans l'aube, mérite qu'on s'y attarde, le temps qu'il faut... On a une mémoire à nourrir.» C'est un répertoire qui se mérite, observe Boucher: «Je pense que l'on va vers Félix comme on va vers Léo Ferré: quand une cloche sonne en dedans, stridente, irrésistible. Elle sonne en disant: "Faut que j'écoute ce gars-là." Normalement, le son de cloche se transforme en dépendance auditive. Ça prend ça, parce que le matériel demande un certain degré d'écoute.»
L'héritage, au sens plus large, transcende les générations: tout vient de Félix, écrivent-ils tous, que l'on s'en rende compte ou pas. «C'est notre plus grand poète», tranche Deyglun. «Félix est une conscience pour la société québécoise», résume Miville-Deschênes. Pellerin offre cette image: «Une figure de proue.» Yann Perreau en rajoute: «M. Leclerc était l'incarnation de la confiance et de la dignité.» Laissons à JF Moran, lauréat de Ma première Place des Arts, récent champion de la chanson d'auteur, le dernier mot. Ça tombe bien, il en a plusieurs. «Il a fait la preuve qu'en étant rien d'autre que lui-même, un Québécois pouvait avoir quelque chose à dire et surtout se faire entendre ailleurs dans le monde. Il a fait se tourner le regard de la francophonie vers le Québec. Il a défriché tous les sentiers que l'on m'invite à emprunter en France. Invitation que j'accepte fièrement, aussi grâce à lui. Il a mis une guitare dans mes bras, une voix dans mon ventre et il m'a appris à voyager dans mes propres souliers.»
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Collaborateur du Devoir
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FÉLIX - L'HOMME DE PAROLES, spectacle de clôture des FrancoFolies, présenté au théâtre Maisonneuve de la PdA, demain à 20h.
En début de semaine, Andrée Gendron, des FrancoFolies de Montréal, a transmis un «petit questionnaire facultatif» de la part du Devoir aux artistes et au metteur en scène du spectacle Félix - L'homme de paroles. Une demi-douzaine de questions, presque toutes en rapport avec la pertinence de Félix en 2008, à quelques jours des 20 ans de sa disparition, le 8 du huitième mois 1988. L'idée était d'établir une sorte de portrait de Félix au présent, à travers ceux qui le portent, encore et toujours. Questions simples. La principale motivation de votre participation à ce spectacle? Connaît-on l'oeuvre de Félix dans votre entourage? Y a-t-il du Félix dans votre iPod? Pouviez-vous nommer dix titres de Félix avant de préparer ce spectacle? Le spectacle a-t-il changé votre perception de Félix? Qu'a apporté Félix à la société québécoise?
Ça ne peut pas être un hasard: le premier courriel reçu a été celui de Jean Lapointe. Remarquez, tout le monde ne vérifie pas les arrivages toutes les demi-heures, et le «petit questionnaire facultatif» a parfois emprunté des voies de contournement — agents, relationnistes de presse et autres intermédiaires — avant d'atteindre les destinataires. Et chacun pèse ses mots avec un temps variable à l'infini: écrire des réponses à un questionnaire portant sur Félix Leclerc n'est pas répondre en entrevue à des questions sur le même Félix. N'empêche que Jean Lapointe, comme il l'écrit dans la petite note qui précède le questionnaire rempli, a répondu «avec empressement». Impossible de ne pas y lire à quel point Félix Leclerc a compté et compte encore pour le chanteur, l'imitateur, l'auteur-compositeur, l'ancien Jérolas et le sénateur. «Pour moi, c'est le roi... point. Il a apporté l'espoir, l'amour de notre langue et tracé les sentiers dans lesquels ont suivi les Vigneault, Ferland, Rivard, Léveillée, Piché, Gauthier, Létourneau et j'en passe.»
Monique Miville-Deschênes n'a pas tardé non plus. Question de proximité, comprend-on. Elle est de la génération héroïque des chansonniers, a côtoyé Félix, assuré ses premières parties. Elle déclare participer au spectacle «par devoir de reconnaissance», déplore que les jeunes ne connaissent que peu ou «rien du tout» de l'oeuvre, mais note avec acuité qu'«il en était de même quand [elle avait] 16 ans»: «Tandis que j'écoutais Félix, mes copines écoutaient Elvis.» Et elle n'a que faire d'un iPod pour écouter du Félix: «Il y a du Félix dans mes oreilles depuis que j'entends.»
Fascinant, le rapport au iPod: JF Moran n'en a pas, Mireille Deyglun non plus (elle écoute les disques), mais Jean Lapointe a farci le sien de chansons de Félix, et Dominic Champagne y a fourgué l'intégrale et plus (un spectacle enregistré par un amateur à Nicolet). Richard Séguin y dénombre pas loin de 300 titres, du Félix par Félix, du Félix par Hugues Aufray (un grand double album méconnu), ainsi que du Félix chanté par les Catherine Durand, Catherine Major et autres Jorane sur la compilation Chapeau! Félix (le très beau livre-disque La Montagne secrète). Daniel Boucher ne dit pas s'il y a du Félix dans son iPod, mais il assure qu'«il y en a» dans sa maison. «J'ai souvent endormi mon fils sur du Félix.» Pareillement, Yann Perreau nomme les recueils de Félix dans sa bibliothèque, les albums dans sa discothèque (notamment «une compilation de grands succès que l'on m'a remise lorsque j'ai reçu le prix Félix-Leclerc en 2003»). «IPod?», se questionne Fred Pellerin, interloqué pour rire. «Aucune idée de quoi il s'agit.»
Sans se consulter, elle de Verdun et lui de Saint-Venant-de-Paquette ont répondu en même temps. Gémellité oblige. Pour Marie-Claire Séguin, aimer Félix est indissociable d'un travail de transmission. À ses élèves de l'École nationale de la chanson, elle fait d'abord découvrir les chansons de Félix, «le premier après La Bolduc à ouvrir le chemin», et de là les «Vigneault, Brel, Ferré, Pauline et Clémence». Pour Richard Séguin, c'est à l'enfance que tout se décide, que Félix s'impose presque... mystérieusement. «Ça part de loin, dans le salon de notre maison de carton à Pointe-aux-Trembles, il y avait là un cahier de partitions, le seul en chansons populaires, tous les autres, des pièces classiques pour piano ou encore des chants pour chorales, mais là, mystère... pourquoi ces partitions de chansons dans la maison? On y voyait un homme accoté sur une clôture de perche, face au vent, un homme libre, des mots, de la poésie, des airs simples qui donnent à rêver. Mes parents s'étaient reconnus dans ces chansons. Dans une maison, un espace vital pour rêver. J'avais une guitare, ma première, j'avais 14 ans, on pouvait lire les accords facilement, alors ma soeur et moi on a appris quelques-unes de ces chansons du cahier magnifique.» Écho de Marie-Claire: «Le livre des chansons de Félix se trouvait sur le piano chez moi quand j'étais petite. Il était là, au milieu d'autres partitions, surtout de chansons françaises. C'était le début des mots et des musiques d'ici, de notre terre; Félix faisait partie de notre vie.»
Ce qu'il reste de Félix
Et Félix aujourd'hui? On ne le connaît «pas assez, malheureusement», déplore Boucher. Qui a une explication: «On va se remettre à écouter Félix Leclerc le jour où on va arrêter de renier ce qu'on a déjà été [...]» Yann Perreau constate: dans son entourage, peu de Félix. «À part Le Petit Bonheur par BARF et l'album de Johanne Blouin.» Catherine Major fait la part des choses: «Tout le monde sait qui est cet homme, seulement il est certain que les générations en dessous de la mienne ne pourraient nommer plusieurs de ses chansons.» Pour Champagne, si «le Félix de la chanson est relativement connu, le poète, surtout celui des Calepins et de Pieds nus dans l'aube, mérite qu'on s'y attarde, le temps qu'il faut... On a une mémoire à nourrir.» C'est un répertoire qui se mérite, observe Boucher: «Je pense que l'on va vers Félix comme on va vers Léo Ferré: quand une cloche sonne en dedans, stridente, irrésistible. Elle sonne en disant: "Faut que j'écoute ce gars-là." Normalement, le son de cloche se transforme en dépendance auditive. Ça prend ça, parce que le matériel demande un certain degré d'écoute.»
L'héritage, au sens plus large, transcende les générations: tout vient de Félix, écrivent-ils tous, que l'on s'en rende compte ou pas. «C'est notre plus grand poète», tranche Deyglun. «Félix est une conscience pour la société québécoise», résume Miville-Deschênes. Pellerin offre cette image: «Une figure de proue.» Yann Perreau en rajoute: «M. Leclerc était l'incarnation de la confiance et de la dignité.» Laissons à JF Moran, lauréat de Ma première Place des Arts, récent champion de la chanson d'auteur, le dernier mot. Ça tombe bien, il en a plusieurs. «Il a fait la preuve qu'en étant rien d'autre que lui-même, un Québécois pouvait avoir quelque chose à dire et surtout se faire entendre ailleurs dans le monde. Il a fait se tourner le regard de la francophonie vers le Québec. Il a défriché tous les sentiers que l'on m'invite à emprunter en France. Invitation que j'accepte fièrement, aussi grâce à lui. Il a mis une guitare dans mes bras, une voix dans mon ventre et il m'a appris à voyager dans mes propres souliers.»
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Collaborateur du Devoir
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FÉLIX - L'HOMME DE PAROLES, spectacle de clôture des FrancoFolies, présenté au théâtre Maisonneuve de la PdA, demain à 20h.
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